19/12/2012

Le Syndrome d'Orly

Le 5 mars dernier, le temple de la Fusterie a accueilli la conférence "les religions vont-elles disparaître?" du philosophe et journaliste français Jean-Claude Guillebaud.

 

Outre son analyse de l'évolution du sentiment religieux chrétien entre l'Europe et l'Asie par exemple (tandis que les curés français doivent gérer six ou sept paroisses en même temps, les églises de Thaïlande sont débordées), il a parlé de ses nombreux voyages.

 

Son récit d'un voyage à Calcutta et son séjour chez une famille parmi les plus pauvres que l'on peut trouver au monde était le plus passionnant de tous. Imaginez une dizaine de personnes confinées dans un espace de huit mètres carrés avec un seul lit (une simple planche), et rien que ça, à l'intérieur d'une maison en terre cuite sans porte ni fenêtre et fréquemment sujette aux inondations. J'ai moi-même séjourné dans un petit village camerounais lors de l'été 2011, mais je n'y ai rien vu de semblable.

 

Ce genre d'expérience provoque une grande remise en question des acquis. Généralement, on s'y attend, mais la confrontation avec la réalité reste frappante. J'ai ainsi constaté que l'eau potable et courante (sans même parler de l'eau chaude), tout comme l'électricité, la possibilité de se déplacer autrement qu'à pied, etc. ne sont pas un acquis pour tout le monde. Et ce ne sont que les aspects matériels.

 

L'influence que cette expérience exerce sur toute personne qui la vit se manifeste dès le retour. Jean-Claude Guillebaud parle du Syndrome d'Orly, parce qu'en aterrisant à Paris, il ne voit ni village en feu, ni bidonvilles, mais de verts pâturages, des routes goudronnées, de belles maisons et de riches métropoles. Tout d'un coup, le monde occidental n'est plus "normal", mais "privilégié". Le syndrome d'Orly atteint son point culminant dans le taxi à la sortie de l'aéroport, avec un énervement violent contre le chauffeur de taxi, qui se plaint des embouteillages, du prix de l'essence et du gouvernement.

Écrit par Diego Esteban dans Petite Philosophie | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer |  Facebook |

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