20/12/2012

Comment débattre?

Le 17 juin 2012, la France a vécu le renouvellement de son parlement, l'Assemblée Nationale. La campagne était particulièrement acharnée dans la circonscription de Hénin-Beaumont, où se sont affrontés les candidats de l'élection présidentielle recyclés en candidats au parlement, Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen. (le débat ici: http://youtu.be/Xu6zuXJ9efM)

 

On parlait de "débat" entre les candidats, mais l'affrontement entre le candidat du Front de Gauche et celle du Front National n'a jamais mérité ce nom. L'on assistait aussi pendant la campagne présidentielle à des affrontements sans merci, qui ne s'apparentent pas du tout à ce que doit être un débat, c'est-à-dire un échange constructif d'idées. (l'échange en question: http://youtu.be/xFGMI9JhppU)

 

Il ne s'agit encore pas des cas les plus extrêmes, comme en témoignent les divers matches de boxe au parlement ukrainien (voir http://youtu.be/W590pX2ybLA) ou les interventions médiatiques houleuses du parti néo-nazi Aube Dorée en Grèce (voir http://youtu.be/WjrXb2Z2uqM). On est loin des règlements de comptes à la sortie des sessions du Grand Conseil il y a un siècle de cela (encore heureux!).

 

Ces joutes oratoires ou musclées ne sont pas nouvelles, mais c'est pour cette raison qu'il faut s'en indigner. Un échange de paroles irrespectueux, un dicours de sourds est inutile car il ne fait en rien progresser la délibération. Par exemple, le Groupe pour une Suisse sans Armée (GSsA) revendique l'abolition du service militaire obligatoire pour la troisième fois de suite par voie d'initiative populaire, n'étant prêt à faire aucune concession, tout comme ses adversaires. Le conflit reste ainsi bloqué en l'espèce, un compromis à mi-chemin des revendications des deux camps semblant être la meilleure voie de sortie de ce débat stérile. 

 

Le débat, qu'il soit politique, social, économique ou autre est souvent violent. En présence de sujets qui divisent, l'erreur la plus fréquente (hors milieux politiciens) est de considérer ses "adversaires" comme l'incarnation de tout le mal que l'on pense du sujet en question. La discussion est donc d'emblée fermée, surtout si la discussion démarre avec la question "êtes vous de droite ou de gauche", extrêmement simplificatrice, les intervenants se croyant dans une compétition d'arguments ou dans un jeu de sarcasmes assassins et souvent blessants.

 

Mais le pire reste les débats sur internet. Il suffit de parcourir les commentaires de vidéos sur YouTube, surtout celles qui traitent des élections présidentielles françaises de 2012, pour perdre toute foi en l'humanité. Il faut savoir qu'exprimer des propos blessants, racistes, sexistes, homophobes et j'en passe est bien plus facile lorsqu'on ne se trouve pas en face de son interlocuteur.

 

Comment peut-on réagir? Il y a plusieurs moyens, mais le plus compliqué est d'accepter que l'on puisse faire partie d'une extrême minorité d'opinion. Pour prendre l'exemple d'une connaissance, le fait que l'UDC soit le premier parti de Suisse oblige d'en tenir compte et de ne pas repousser ses problématiques d'un revers de la main; cela n'empêche pas d'être en désaccord avec l'UDC, mais il est certain qu'il faut motiver son refus de reconnaître les idéaux de ce parti. Inversément, la Suisse pratiquant un certain respect des minorités, celles-ci doivent avoir leur mot à dire.

 

Le plus simple est de vivre pleinement le débat: les idées des interlocuteurs à l'avis contraire au sien permettront d'enrichir sa propre argumentation et ses connaissances à ce sujet, ce gain est extrêmement profitable. J'ai fait office d'intervenant dans un débat sur la dernière initiative contre le tabagisme passif, et les échanges ont fait beaucoup de bien à la clarté interne de ma perception de cette problématique.

 

Faites attention à certains personnages-type qui montrent en général assez rapidement qu'il seront peu enclins à faire un débat dans les règles de l'art. Le premier est celui qui ne fonctionne que par stéréotypes, c'est-à-dire éprouvant par exemple une haine par principe de Michèle Künzler. Le deuxième est celui qui a l'habitude, lors de votations ou d'élections, de se faire un avis seulement après avoir pris connaissance de celui d'un parti en particulier, afin de le défendre à tout prix. Enfin, le "troll", terme générique désignant le débatteur sur internet, n'ayant pour but que de vous faire abandonner la discussion à coup d'arguments très mauvais.

Écrit par Diego Esteban dans Petite Philosophie | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer |  Facebook |

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