22/12/2012

Michèle Künzler, la mal-aimée

Députée au Grand Conseil de 2001 à 2009, elle est aujourd'hui Conseillère d'État depuis 2009, en charge du Département de l'Intérieur, de la Mobilité et de l'Environnement. Un parcours cantonal on ne peut plus accompli.

 

Être élu au Grand Conseil est déjà atteindre un niveau prestigieux. Les critiques dont on peut faire l'objet sont plus souvent dirigées contre un parti plutôt que contre une personne. Le Conseil d'État, voilà une toute autre histoire! Un(e) candidat(e) voit sa photo placardée partout, va défendre sa candidature des dizaines de fois pendant sa campagne, se fait railler avant même d'avoir pu être jugé(e)... Bref: un travail épuisant.

 

Une fois en exercice de sa magistrature, un(e) Conseiller(ère) d'État n'a pas de répit. Pierre Maudet, en s'attaquant enfin au problème urgent de Champ-Dollon, en raison de l'impopularité des dossiers qu'il traite, se fait amèrement critiquer. Les commentaires à ce sujet sur la page Facebook de la TDG montrent que certains font de la critique de l'autre un métier (maladroitement exercé): "Ils [les détenus] ont déjà un toit, et de quoi manger,pas mal..il faut arrêter les conneries." (j'espère bien que Genève sache garantir ce strict minimum!) 

 

De tout le Conseil d'État, c'est certainement à Michèle Künzler que le public inflige le pire traitement, surtout en ce qui concerne son travail de gestion des TPG. Le Genevois moyen n'avait pas tardé, fin 2011, à exprimer ce qui lui est si propre: l'hostilité au changement. En effet, le réseau ayant été modifié, nombreux ont été ceux dont les habitudes ont été légèrement perturbées. Michèle Künzler est ainsi devenue un bouc-émissaire, sujet à toute raillerie imaginable. Le pire étant bien sûr les menaces de mort qui lui ont été adressées.

 

Qu'a-t-elle donc fait pour mériter telle hostilité? Ce n'est pourtant qu'une écologiste convaincue, respectueuse et sympathique... Un épisode récent illustre bien le caractère déplorable de l'anti-künzlerisme ambiant: la nomination d'un Français de Toulouse à la tête des TPG. Aucun journal ne semble avoir voulu informer le public sur autre chose que l'étape de la nomination même, laissant l'impression que la Conseillère d'État a tout entrepris arbitrairement et égoïstement.

 

Mais il y a eu non pas une, mais deux appels d'offres: aucune réponse. Il a donc fallu aller le chercher, ce nouveau directeur. En Suisse, les endroits où l'on trouve des personnes compétentes pour un tel poste habitent généralement Bâle ou Zurich, mais ils n'ont aucune envie de venir (on peut les comprendre, surtout lorsque l'on voit l'accueil qui avait été fait à Guy Vibourel, le candidat précédent, un Français si mal reçu en raison de sa nationalité qu'il en a retiré sa candidature).

 

Au fil de ces recherches, ce monsieur qui semblait avoir comme unique défaut sa citoyenneté toulousaine s'est montré intéressé par le poste, et c'est dans l'ordre logique des choses qu'il a été sélectionné. La suite fut effectivement déplorable: la grogne genevoise s'est faite savoir par le biais du MCG, reprenant son thème de campagne préféré dans son communiqué de presse: "Michèle Künzler continue à dénigrer les Genevois au profit de ses amis les frontaliers. La conseillère d’Etat est allée récupérer bêtement un pseudo-directeur à Toulouse, pour superviser les Transports publics genevois, selon Le Matin de ce jour (24.10.2012)" 

 

Faut-il donner au MCG des cours de géographie afin qu'ils comprennent que la désignation de frontalier ne s'applique qu'aux travailleurs français du pays de Gex ou de la région d'Annemasse qui viennent travailler à Genève et inversement? Ils font fi du fait qu'aucun Genevois, aucun Suisse même n'a fait part de son intérêt pour le poste de directeur des TPG en sautant du coq à l'âne. Leur message veut faire comprendre que Michèle Künzler n'a rien à faire des Genevois, alors qu'elle a montré le contraire par des actions qui n'ont bien évidemment pas fait les choux gras, quand bien même elles l'auraient bien mérité, par exemple le fait d'avoir donné une formation puis un emploi de chauffeur de tram à 40 chômeurs genevois, en pleine crise de l'emploi.

 

Un autre exemple: les nouveaux trams Tango. Les TPG furent l'objet de critiques idiotes à chacune des innovations qu'ils ont apportées à leurs services. Ces trams avaient la particularité d'avoir des parties surélevées par rapport au sol, ce qui a étonnamment énervé des gens, et ce jusqu'à les faire exprimer leur rage (clairement disproportionnée) à ce sujet. La Conseillère d'État ayant commandé ces trams parce qu'il sont fabriqués en Suisse, favorisant ainsi l'industrie nationale, je trouve particulièrement stupide que certains puissent prendre tant à coeur de petits détails si insignifiants... D'autres sont moins chanceux! (lire à ce propos mon billet intitulé "le syndrome d'Orly")

 

Un petit conseil à ceux qui tiennent automatiquement une attitude anti-Künzler: c'est une des membres du gouvernement les plus accessibles. Elle parle d'égal à égal et n'est pas constamment sur la défensive. Si vous doutez de sa compétence, si vous lui reprochez quelque chose, allez lui en parler! C'est très simple et agréable à faire, car il n'y a pas besoin de l'agresser dans la rue pour qu'elle s'explique sur ses actions avec lesquelles vous ne seriez pas d'accord. Si vous arrivez à tenir une discussion constructive, vous repartirez avec la certitude d'avoir un avis fondé sur elle. Si vous ne vous basez que sur des a priori, il est certain que votre vision est faussée, quelle que soit la personne.

 

Si vous êtes titulaire des droits politiques sur le canton de Genève, je vous engage à la rencontrer, car elle est candidate à sa ré-élection. Je vous signale également que vous pouvez rencontrer trois autres candidats au Conseil d'État l'an prochain (MM. Apotheloz, Seydoux et Barthassat) lors de la prochaine table ronde du Parlement des Jeunes Genevois (voir à ce sujet mon billlet intitulé "Table Ronde du PJG"). 

Écrit par Diego Esteban dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer |  Facebook |

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