25/12/2012

Internet, un refuge?

Il a toujours existé des gens qui ne pouvaient pas supporter les obstacles que le monde dressait sur leur route. Sans doute s'imaginaient-ils un monde idéal dans lequel la vie serait plus facile. Cependant, une fois confrontés à la réalité, nombreux sont ceux qui ne veulent pas affronter les difficultés du monde, cherchant à tout prix un échappatoire. 

 

On connaît déjà l'alcool et la drogue, des moyens que certains considèrent comme une porte vers un monde libre de soucis, mais extrêmement nocifs car leur consommation est souvent sans retenue, et les conséquences non négligeables. Il y a d'autres échappatoires, comme la quête de sensations fortes (mais revenant presque au même que la drogue, car celles-ci provoquent une production d'adrénaline). Encore une fois, cette voie peut mener à des conséquences dangereuses, voire funestes.

 

Aujourd'hui, les jeunes ont leur premier coma éthylique de plus en plus tôt, et la drogue peut frapper très tôt également, mais l'échappatoire le plus en vogue est l'écran d'ordinateur, une fenêtre qui s'ouvre vers un monde aux horizons infinis: internet. Les jeunes adorent ce que leur propose leur ordinateur, car le monde virtuel qui s'y cache est modelable à leur bon plaisir. À quoi bon se soucier des impôts, des factures, des études, de tout ce qui nécessite un effort, si le monde idéal se cache derrière quelques pixels?

 

Il faut avouer que le concept du monde virtuel a tout pour plaire. Bon nombre d'interdits de la société y sont disponibles, comme la zoophilie et l'inceste, pour ne citer qu'eux. Internet est en soi un monde parallèle sans loi, à l'exception de quelques mesures heureuses dans le domaine de la lutte contre la pédophilie et la publicité du meurtre (il s'agit, par exemple, des vidéos d'exécutions publiées par les organisations terroristes). Dans ces conditions, il peut plaire par ce côté hors-la-loi.

 

Mais les excès sont fréquents. L'addiction à l'écran implique une diminution progressive de l'attention accordée à sa santé. Le sommeil est sacrifié, et, aussi incroyable que cela peut sembler, manger importe de moins en moins, certains se livrant à des marathons de jeux vidéo si longs (voir à ce sujet cet article http://news.bbc.co.uk/2/hi/technology/4137782.stm) que leur corps ne peut le supporter.

 

Les jeux vidéo


L'addiction à l'écran peut s'exprimer sous plusieurs formes, et les jeux vidéos en représentent une part importante. Ils remplacent les jeux traditionnels de plus en plus tôt, surtout car ils sont au moins tout aussi ludiques, mais certains exploitent directement l'addiction de certains au jeu. L'exemple principal est le jeu World of Warcraft (le plus souvent abrégé "WoW"): ses joueurs sont récompensés en fonction de leur temps de jeu. Ainsi, bon nombre de joueurs donnent plus d'importance au jeu qu'à leur vie quotidienne en passant parfois plus de dix heures par jour devant l'écran, avec des conséquences évidentes sur les études, l'emploi et la vie sociale. Il est évident que ce jeu est malsain à plusieurs niveaux. Je ne veux pas faire de raccourcis trop simplistes, mais ce jeu était le préféré du terroriste norvégien Anders Behring Breivik.

 

On distingue les jeux vidéo violents des autres. Ceux-si sont la victime expiatoire de l'addiction au virtuel, car un raccourci relativement hardi est le plus souvent fait entre la violence physique dont certaines personnes font usage, et les jeux violents auxquels elles jouent. La tuerie récente, dans une école, de plusieurs enfants au Conneticut a été causée par un jeune homme dont on soupçonnait que les jeux violents auxquels il jouait auraient facilité son passage à l'acte. L'opinion tient ce soupçon pour une règle, alors que la question est bien plus complexe.

 

Si l'on suit le principe de la violence qui entraîne la violence, chaque contact avec elle la perpétuerait. Dans ce cas, il n'y aurait pas une seule personne paisible dans le monde; nous avons tous vu à la télévision des images de conflits dans le monde (rappelez-vous la vidéo de Kadhafi, le visage en sang et lynché, qui a largement été diffusée par les médias), sommes-nous forcément violents pour autant? L'explication qui me semble plus juste fait référence à Freud dans ses théories sur la violence. Selon lui, celle-ci est la manifestation des pulsions de mort (Thanatos) contenues à l'intérieur de tous. Afin qu'elles ne rongent pas l'individu de l'intérieur, il faut les expulser. La violence physique n'est pas le seul moyen de les expulser (et heureusement, car c'est le plus dommageable): le sport est le moyen "classique" par lequel le détournement du Thanatos s'effectue.

 

M'est avis que le même résultat est possible avec les jeux vidéos violents. User virtuellement de violence permet de vider ces pulsions mortelles de son corps, de manière plus saine et moins dangereuse que par la violence physique réelle. De plus, les jeux vidéos violents, en devenant un déversoir à aggressivité d'une personne, permettent à celle-ci de mieux les distinger du monde réel, sur lequel elle ne déchaîne au contraire pas ses pulsions destructrices. De nombreux adeptes de jeux vidéos peuvent être addictes aux jeux vidéo, mais, comme je l'explique ici, ce n'est pas aussi grave que ce que l'opinion laisse penser.

 

Les réseaux sociaux


Les réseaux sociaux se rapprochent d'une problématique qui concerne beaucoup les jeunes: le besoin d'appartenir à une communauté, qui apparaît à l'adolescence dans le processus d'autonomisation que connaissent une grande majorité des jeunes. Ces réseaux donnent l'impression d'appartenir à une grande famille, et les chiffres parlent d'eux-mêmes; les noms de Facebook ou Twitter vous évoquent forcément quelque chose, vu leur succès: plus de 500 millions d'utilisateurs pour le second, plus d'un milliard pour le premier!

 

Facebook vous permet de créer une page à votre nom sur le site, d'ajouter des "amis", ayant eux aussi leur page, et d'interagir avec eux. On crée ainsi une représentation virtuelle de soi-même, à l'intérieur d'une communauté, elle aussi virtuelle. Créer sa page donne la possibilité de choisir les informations que l'on révèle aux "amis": le nom, la photo, les intérêts... Contrairement à ce que l'on pourrait croire, Facebook n'est pas une manière pour les autres d'espionner sa propre vie, car on choisit seul quelle matière à espionner l'on donne aux autres. Une personne qui détaille chaque aspect de sa vie s'expose quasi volontairement à tout le monde, et, à un moment donné, à des personnes mal intentionnées. 

 

Étant moi-même utilisateur de Facebook, je peux comprendre que l'on prenne plaisir au fait que, lorsque l'on publie quelque chose, plusieurs dizaines, voire centaines (ou milliers, mais rarement plus) "d'amis" voient cette publication et puissent y réagir. Un besoin que l'autre fasse attention à soi motive peut-être l'activité excessive des réseaux sociaux. En effet, certaines personnes usent de la communauté virtuelle comme si tous ses utilisateurs étaient sans arrêt disponible à elles. 

 

Conclusion


Ayant parlé d'internet, des jeux vidéos et des réseaux sociaux, alors que d'autres aspects du monde virtuel peuvent devenir une source d'addiction (comme la pornographie, par exemple), j'ai choisi les thèmes desquels je me sentais le plus proche. Ce billet, le plus long de ce blog pour le moment, ne repose que sur quelques bases scientifiques et philisophiques, mais le sujet est trop vaste et complexe pour que je puisse prétendre à la profession de ses vérités. 

 

La problématique est récente, et des chercheurs sont en cours de compréhension de tous ses aspects. Je suis certain qu'elle aura une importance capitale dans un avenir proche, car elle influe principalement sur une génération qui devient de plus en plus adulte, ainsi que ses descendants, que de personnes qui feront le monde de demain.

 

Le discours politique a encore de la peine à aller en profondeur du sujet, sauf en ce qui concerne la protection des données (avec l'accord ACTA) récemment. Je vous recommande de vous intéresser au discours du Parti Pirate, qui fait des thèmes liés à la technologie, l'informatique et à la protection des données ses principaux combats (parmi d'autres).

Écrit par Diego Esteban dans Petite Philosophie | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer |  Facebook |

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