05/02/2013

L'initiative Minder

J'ai toujours été fermement en faveur de cette initiative. En effet, avant de la lire, je ne me basais que sur les méthodes de campagne utilisés par les différents bords. Je ne pouvais qu'être hostile à l'égard d'economiesuisse, qui a versé huit millions de francs dans cette campagne (la plus inéquitable que je connaisse), et a tenté d'éliminer la campagne internet du comité contre les rémunérations abusives, dans lequel milite Thomas Minder, seulement parce que la loi ne punissait pas la pratique.

 

Mais je l'ai lue, cette initiative. Et je n'ai rien vu de scandaleux. Rien de l'apocalypse que les opposants à l'initiative nous promettaient. Intrigué par les tenants et aboutissants du texte, j'ai lu le message du Conseil Fédéral relatif à cette initiative et au contre-projet proposé par les Chambres (http://www.admin.ch/ch/f/ff/2009/265.pdf). Au final, rien n'a changé: l'initiative n'a rien de scandaleux.

 

Cela pourrait être dû au fait que je n'ai que très peu de connaissances qui ont trait à l'économie suisse (particulièrement boursière), mais je ne vois qu'une différence majeure entre l'initiative et le contre-projet: la première part d'un faux principe selon lequel il existerait une "démocratie des actionnaires". En effet, cette "démocratie" serait celle de la République Romaine, car un actionnaire qui détient plus de 50% des actions serait à lui seul majoritaire, à l'image des classes sociales romaines, qui votaient par ordre décroissant de leur fortune, et qui avaient un pouvoir de vote plus important en fonction de leur richesse (ce qui avait pour conséquence que les plus pauvres citoyens ne votaient quasiment jamais).

 

Par conséquent, je suis partagé: il est épineux de soutenir l'initiative, car ses intentions honorables et reconnues par tous (exceptés les hégémonistes de l'espèce d'economiesuisse) sont transmises par des méthodes parfois peu adéquates, et extrêmes par endroits. Les propositions en elles-mêmes n'ont rien de négatif, mais c'est en les étudiant par rapport aux pratiques actuelles, ainsi qu'à celles qui ont permis par le passé aux "Top managers" d'abuser du système, que l'on constate que le texte est juridiquement imparfait.

 

En revanche, la refuser n'est pas une solution facile non plus. Je précise que ceux qui sont contre l'initiative ne soutiennent pas forcément la pratique des rémunérations abusives. Être contre, c'est aussi soutenir le contre-projet. Celui-ci est indirect, ce qui veut dire que le peuple pourrait très bien refuser l'initiative, mais qu'ensuite, les Chambres fédérales pourraient elles aussi refuser le contre-projet (même si cela semble irréaliste), et on en resterait au statu quo. En effet, il me semble que jamais un contre-projet n'a été élaboré par l'Assemblée Fédérale sans que l'initiative ait été retirée. De plus, refuser l'initiative, c'est donner raison à economiesuisse, qui mérite le contraire, puisque son attitude dégoûtante trahit le fait que si l'initiative avait été retirée par les initiants, economiesuisse aurait milité contre le contre-projet également et pour les même raisons: pas touche à notre fric.

 

Pour ces raisons, je suis très indécis car les deux solutions se valent très bien l'une et l'autre. Je redoute que cette initiative ne soit pas lue et que le peuple ne vote que sur la base du titre ou des recommandations de vote des différents partis politiques, au lieu de se faire un avis personnel... De mon côté, je pense que ce vote ne doit pas reposer sur l'unique dégoût que je ressens par rapport à economiesuisse pour son manque de fair-play, donc force est de constater que je soutiens le contre-projet, et non l'initiative.

Écrit par Diego Esteban dans Politique | Lien permanent | Commentaires (1) |  Imprimer |  Facebook |

Commentaires

Bonjour, lisez l'avis de Dominique Biedermann, le directeur de la Fondation Ethos (notamment son interview dans le Temps du 26 janvier). Ses états de service lorsqu'il menait la fronde des actionnaires minoritaires d'UBS contre les salaires délirants de Marcel Ospel le mettent au-dessus de tout soupçon. Pourtant il refuse l'initiative, en expliquant de manière circonstanciée et détaillée pourquoi le contre-projet indirect est un solution beaucoup plus réaliste et, finalement, plus efficace.

Écrit par : Mikhaïl Ivanovitch | 06/02/2013

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