05/08/2013

Portraits de candidats: Marko Bandler

Marko Bandler (Parti Socialiste), 38 ans.

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On ne les imagine pas comme cela, les politiciens: costauds au coeur d'or. Pourtant, voilà une descri- ption relativement exacte de Marko Bandler, un Verniolan dont la franchise du rire est à l'image de sa person- nalité. "Comique, mais pas rigolo", précise-t-il, tout en affirmant être plutôt bon camarade (au sens non- politique du terme).

 

Ses autres traits de caractère? Il se décrit pêle- mêle comme enthousiaste, humaniste,  dynamique, volontaire, profondément convaincu et acharné. Ce licencié et titulaire d'un master en sciences politiques, ainsi que d'un diplôme en management, analyse et politiques publiques, est aussi et surtout un fervent militant. Il fut d'ailleurs secrétaire permanent de la CUAE pendant deux ans (Conférence universitaire des associations d'élèves), lorsque les actions militantes étaient au coeur des actions de ce qui est la plus grande organisation étudiante de l'Université de Genève.

 

Suite à ses études, il travailla au sein de la CEPP (Commission d'évaluation des politiques publiques) en tant qu'évaluateur, puis à l'Université de Genève comme assistant de cours au département de sciences politiques pendant cinq ans (dont une année passée aux USA), et enfin au poste de chef du service de la cohésion sociale de la commune de Vernier, où il travaille depuis 2007. S'il affirme volontiers occuper son temps libre par les échecs (le jeu, bien entendu), des promenades, un peu de course à pied ou même du ski, aucune de ses passions (pas même la politique, à mon avis) ne saurait égaler celle qui anime son amour pour Vernier, sa commune de domicile.

 

Il le dit lui-même: "Vernier, c'est la grande passion de ma vie. J'adore cette ville: elle me rappelle d'où je viens, on voit que l'égalité des chances et l'égalité des opportunités, ce n'est pas la même chose [...] Il y a des vrais gens à Vernier." Pourtant, Marko Bandler n'a pas vécu toute sa vie dans sa commune de coeur. C'est un enfant de Versoix (il en fut le premier Président du Parlement des Jeunes), élevé au sein d'une famille 100% étrangère. "J'étais étranger dès ma naissance alors que j'ai toujours vécu ici, à une époque où on te le faisait bien ressentir." Si son père a lui-même été Conseiller municipal à Versoix, son intérêt pour la politique remonte à plus loin, à l'histoire de sa famille, dispersée par la seconde guerre mondiale dans toute l'Europe. De ce fait, Marko Bandler a rapidement compris ce qui l'identifiait: "ma première sensibilité politique est le fait que je suis un étranger". La seconde lui vient de son caractère de prolétaire italien très attaché à ses racines: son rejet et son dégoût du fascisme. Mais tout ça, c'était avant Jean Ziegler.

 

La rencontre avec cet ancien Conseiller national lui a "changé la vie." Au moment de choisir ses études universitaires, Marko Bandler hésitait entre des études en droit ou en sciences politiques; c'est parce que Jean Ziegler enseignait au sein de la faculté de sciences politiques qu'il a choisi cette branche. Il dévora tous ses livres, ils se lièrent d'amitié, et une envie de se battre pour un monde plus juste surgit en lui, à l'époque de l'émergence de l'altermondialisme: bref, cet homme fut un choc pour lui. Il se lança par la suite dans des engagements beaucoup plus politiques: sa jeunesse militante fut rhythmée par des manifestations devant l'OMC (Organisation mondiale du commerce), au WEF (World economic forum) à Davos... Il alla même jusqu'à assister au procès de José Bové à Millau!

 

Il rejoignit le Parti Socialiste en 1993, avant de le quitter en 1998: "trop social-démocrate par rapport à mes aspirations militantes." De 1998 à 2007, il était membre de SolidaritéS, mouvement avec lequel il trouvait plus de correspondances, notamment car il s'agissait davantage d'un parti de rue que de discussion: "je suis un homme de terrain. J'ai besoin du terrain. J'aime les bistrots populaires, donc je me sens bien à Vernier, au Lignon." Cependant, il claque la porte en 2007, fâché avec le côté trop stalinien de SolidaritéS, augmenté par un fonctionnement peu démocratique, dans les mains de quelques têtes pensantes, et par le manque de débat (en revanche, il admire encore aujourd'hui le manque de carriérisme de ses membres).

 

Il trouvait également dommage que le journal de SolidaritéS ne contienne pas grand-chose sur Genève. "Si je voulais m'occuper un peu de Genève, il fallait que j'aille au Parti Socialiste"; c'est pourquoi il retourna en 2007 dans son ancien parti, ce qui fît le bonheur de ses anciens camarades de feu les Jeunesses Alternatives (Carole-Anne Kast, Stéphanie Lammar, Anne-Laure Huber et Cyril Mizrahi), qui regroupaient les Jeunesses Socialistes et celles de SolidaritéS. Maintenant responsable communication et presse au sein du Comité Directeur du parti depuis 2008, il veut franchir le pas d'une élection au Grand Conseil.

 

Il souhaite se battre pour la cohésion sociale "qui en a pris un coup depuis quelques années à Genève", à l'aide de sa grande expérience de terrain. Il veut casser l'équilibre entre la population et les nantis: "je vois tous les jours des gens expulsés de leur logement, des gamins qui n'ont pas de veste pour l'hiver, des jeunes en rupture, des seniors de plus en plus isolés, sans liens sociaux, et d'un autre côté on dépense 70 millions pour une tranchée à Vésenaz car les voitures font du bruit à côté des villas: ça ne va pas du tout." Confronté quotidiennement à la dure réalité de la vie de toute une partie de la population, il s'indigne de voir "des gens qui n'ont pas 20 balles pour faire bouffer leurs enfants." C'est pour cela qu'il se présente comme candidat au législatif cantonal, pour regagner la confiance des Genevois.

 

S'estimant surtout compétent dans les domaines du social, de l'emploi, et de tout ce qui touche à la jeunesse et aux seniors, sa priorité (un peu provocatrice, il le reconnaît, mais il y tient à titre personnel) est d'étatiser l'hospice général. Pour lui, celui-ci "n'est pas là pour être une fondation de droit public, car ce statut leur fait faire des imbécilités", comme l'utilisation de leur parc immobilier à des fins purement lucratives. Il sait qu'un tel cheval de bataille lui attirerait les foudres de nombreuses personnes, mais c'est sans importance pour lui, car ce projet lui tient à coeur.

 

Il estime ne pas ressentir de l'aversion pour des personnes en particulier, mais il reconnaît chez le MCG et l'UDC ses principaux adversaires politiques (mais ce n'est pas simple, car un parti n'est pas forcément le même au niveau cantonal qu'au niveau communal), car "lorsqu'ils en ont une, leur idéologie va contre mes valeurs." Leur tendance à faire usage de "l'exclusion et [de] la stratégie du bouc-émissaire" l'insupporte, mais ce n'est rien à côté de la dérive langagière qui accompagne ces méthodes: "on normalise des discours d'exclusion avec des propos alarmants, et comme on est dans la surenchère, chaque barrière franchie légitime la précédente." Il prend l'exemple de Hannah Arendt, au sujet d'Adolf Eichmann, un des moteurs de l'holocauste: cet homme a tant intégré le discours de l'Allemagne nazie qu'il en a perdu tout sens critique. Pour Marko Bandler, il en va de même lorsqu'un certain représentant du MCG affirme que les homosexuels sont des pédophiles, quand les roms sont stigmatisés ou quand on parle de la "racaille d'Annemasse." De plus, le MCG serait uniquement un créateur de problèmes: alors que tous les sondages montrent que les préoccupations des Genevois sont l'emploi, le logement et la santé, ce parti s'obstine à faire croire que le problème, c'est la sécurité et les roms.

 

Pour lui, Genève est la plus petite des grandes villes, et tout le monde la connaît Elle a une histoire internationale, malgré le fait qu'elle soit dans un pays qui refuse d'en avoir une. C'est une ville qui s'est construite grâce à la diversité. Marko Bandler l'estime comme plus cosmopolite que New York, et vraiment multiculturelle: il y voit peu de repli communautaire, sauf peut-être en ce qui concerne certains immigrés de la première génération. Mais il craint que Genève devienne bientôt une société à deux vitesses, compte tenu du fait que de moins en moins de personnes s'en sortent bien, et que de plus en plus de gens ont des difficultés.

 

Pour conclure ce portrait, n'hésitez pas à suivre sa campagne électorale, dont le slogan est "Marko Bandler, des valeurs sûres", soit sur Facebook, soit sur le blog qu'il tient sur ce site.

Commentaires

Cool d'avoir des préjugés, mais la traversée de Vésenaz n'a absolument pas pour but de réduire le trafic en zone villas, mais de réduire le trafic de transit dans l'agglomération de Vésenaz. De manière très similaire à ce qui a été fait pour Meyrin Village.

Il nous parle de cohésion sociale, tout en faisant un discours "anti" digne du MCG, mais avec un autre bouc émissaire, les salauds de riche de la rive gauche (qui financent en très large partie l'état social, cela dit).

Écrit par : Pour être précis | 06/08/2013

@Pour être précis (je suppose qu'il s'agit d'un pseudo...):

Je ne vois pas à quel moment vous pensez que j'attaque les riches. Je souhaite simplement une plus grande cohésion sociale, qui doit passer par une meilleure allocation des ressources. On n'a pas arrêté de couper dans les prestations sociales (chômage, aide sociale, subventions, etc.) ces dix dernières années, sans pour autant renoncer à des projets pharaoniques tels que la traversée de Vésenaz. Je ne trouve pas cela normal, vous si?

Cordialement

Écrit par : Marko Bandler | 08/08/2013

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