20/06/2013

Mais que font les socialistes du Conseil Fédéral?

Ce mois de juin est un mois sombre pour les socialistes suisses: leurs deux représentants au Conseil Fédéral (Simonetta Sommaruga et Alain Berset) se font remarquer en tant que promoteurs de mesures suscitant une vive opposition au niveau des défenseurs engagés en faveur d'une politique sociale (à ce propos, lire le billet de Salika Wenger).

 

En effet, le 9 juin dernier, le peuple suisse a accepté une modification urgente de la loi sur l'asile, présentée par Simonetta Sommaruga, qui, en résumé, vise à fermer une à une toutes les écoutilles de la fameuse "barque" helvète, dans la droite lignée de la politique d'immigration réactionnaire et aveugle menée par l'UDC, et suivie sans concession par le PLR, le PBD et le PDC (mais celui-ci plus modérément). Le PS s'est opposé à ces mesures, car, mise à part la très nécessaire accélération des procédures, elles auront pour conséquences la supression du moyen de requête de l'asile le plus sûr (demande d'asile dans les ambassades) ainsi que d'un des motifs d'asile les plus évidemment fondés (la désertion), et la création de centres pour "récalcitrants" (notion indéterminée et créée de toutes pièces à partir de rien) qui trahissent la volonté de mener une inquiétante politique concentrationnaire à l'égard des requérants d'asile.

 

Quant à Alain Berset, celui-ci défendra prochainement l'adoption de la hausse de l'âge de la retraite des femmes à 65 ans, avec les effets financiers qui en découlent (en ce qui concerne notamment la prévoyance professionnelle), pour mettre celles-ci à égalité avec les hommes, et il envisage également de hausser la TVA. Le PS s'est toujours opposé à la déterioration de la situation de l'emploi pour les femmes, tant que celles-ci subiront encore des discriminations quant à leur sexe et que le principe d'un salaire égal pour un travail de valeur égale (figurant à l'art. 8 al. 3 de la Constitution) ne sera pas réalisé, mais il s'oppose aussi à la hausse des taxes "injustes" (comme la TVA), qui ne dépendent pas du revenu, comme le décrit Salika Wenger.

 

Se pose ainsi la question: que font les socialistes du Conseil Fédéral? Simonetta Sommaruga et Alain Berset ont-ils oublié leurs valeurs quelque part au fond de l'administration et de la paperasse helvétique? La réalité institutionnelle est plus compliquée, et il est facile de se tromper à son sujet, vu notamment la tendance à la personification de la politique.

 

Je m'explique: l'art. 4 de la Loi sur l'Organisation du Gouvernement et de l'Administration (LOGA) impose au Conseil Fédéral de fonctionner de façon collégiale. En d'autres termes, chacun des sept membres du gouvernement est tenu de respecter les décisions prises en son sein. À la lumière de cette réalité, sachant qu'à part les deux socialistes susmentionnés, le collège gouvernemental helvétique comprend des représentants du PLR, du PBD, du PDC et de l'UDC, que de formations politiques qui se mettent plus souvent d'accord entre elles qu'avec le PS. Peu étonnant que la majorité des décisions soit donc contraire à l'opinion de ce dernier.

 

En ce qui concerne la question de la personification de la politique, il est en soi incorrect de dire que la "lex USA" est "le projet d'Eveline Widmer-Schlumpf", car cette loi urgente est un projet du Conseil Fédéral, et non uniquement de cette ministre, même s'il relève de son dicastère (le département des finances). Ainsi, il est tout aussi incorrect de pointer du doigt Simonetta Sommaruga ou Alain Berset pour des projets non-socialistes.

 

Mais une autre question surgit: sachant que les projets présentés par Simonetta Sommaruga et Alain Berset et critiqués par tous les socialistes (au sens philosophique du terme) sont du ressort de leurs départements respectifs, sont-ils à ce point minorisés au Conseil Fédéral que même les sujets dont ils ont la charge sont décidés par les autres ministres? Cette question reste bien évidemment sans réponse, collégialité oblige.

 

Ainsi, les Conseillers Fédéraux socialistes présentent des mesures anti-sociales, mais ils n'y peuvent rien s'ils veulent respecter la loi. Nous, socialistes, pouvons nous réconforter par le fait que nos ministres ne sont "que" les porte-parole d'un Conseil Fédéral de droite, mais ça fait quand même mal. Simonetta Sommaruga a surexploité l'accélération des procédures de demande d'asile pendant la campagne, probablement parce qu'il s'agissait du seul point de la révision qui s'accorde avec les valeurs de son parti: voilà une thèse qui pourrait indiquer que ses valeurs ont survécu à l'épreuve du Conseil Fédéral, même si elles ont souffert de ce jeu de rôle forcé, qui les a mises à l'écart.

Écrit par Diego Esteban dans Politique | Lien permanent | Commentaires (6) |  Imprimer |  Facebook |

Commentaires

On ne peut plus invoquer la présence de Christoph Blocher au Conseil Fédéral ...

"Mais une autre question surgit: sachant que les projets présentés par Simonetta Sommaruga et Alain Berset et critiqués par tous les socialistes (au sens philosophique du terme) sont du ressort de leurs départements respectifs, sont-ils à ce point minorisés au Conseil Fédéral que même les sujets dont ils ont la charge sont décidés par les autres ministres? Cette question reste bien évidemment sans réponse, collégialité oblige."

Voilà, voilà ...

Écrit par : Victor DUMITRESCU | 20/06/2013

quen font les Socialistes ? c'est simple eux vivent dans le nonde des théoriciens ,des statistiques invérifiables car aussi changeantes qu'un taux hormonal bien connu pour être variable en quelques heures
Eux font confiance aux universitaires,la preuve ils sont pour l'élite dès la naissance,tous les parents en sont désormais convaincus,du moins ceux dont les neurones ne sont pas encore encrassés par les pavés numériques
La météo d'hier reflète leur manque de bons sens
Depuis 2000 ils font partie des crieurs catastrophistes pour un réchauffement climatique.Sont pour octroyer des milliards à la recherche ,oubliant que ces milliards se doivent d'être dévolus en premier à la sécurité des citoyens,la nature elle n'en a que faire des variations climatiques existant depuis la nuit des temps .Seule la nature peut dominer les humains,il n'appartient a aucun humain et socialiste en plus de chercher à la remplacer et il n'appartient non plus pas aux Socialistes de se prendre pour des évangélistes ,l'endoctrinement basé sur des fausses peurs ne sont plus d'actualté surtout qu'on sait qu'ils vont tous partir en vacances à l'étranger,se ballader en avion et surtout manger comme des empereurs Romains

Écrit par : lovsmeralda | 21/06/2013

Vous sortez du sujet, mais sachez que les théories sur l'invasion de la Suisse par les étrangers dépassent les autres par leur impertinence.

Écrit par : Diego Esteban | 21/06/2013

L'article paru dans les 3 médias habituels est édifient. Non seulement le Conseil Fédéral ne compte pas toucher à ses propres rentes (l'effort, c'est pour ceux qui galèrent à la fin du mois, pas pour ceux qui se vautrent dans l’opulence et pourraient diviser leur salaire par 4), mais en plus cette chère Mme. Sommaruga, socialiste, qui déclarait lorsqu'elle était encore au Conseil National "Il ne s'agit pas de jalousie ou d'envie mais d'appliquer à soi même ce qu'on impose aux autres." refuse aujourd'hui de s'exprimer sur le sujet maintenant qu'il la concerne directement.

Pour faire court les socialistes (et finalement la grande majorité des élus tous partis confondus, disons que certains ont au moins l'élégance de ne pas avancer "masqués") font ce que n'importe quel être humain fait une fois qu'il accède au sommet : Ils deviennent des technocrates individualistes qui ne pensent qu'à leur petite personne ainsi qu'à leur future retraite grassement payée par le contribuable qui doit constamment se serrer la ceinture.

Écrit par : Trollman | 21/06/2013

Donc, si je vous ai bien compris, Mme Sommaruga et M. Berset défendent avec conviction les idées des autres qu'ils ne partageraient pas.
Ce sont donc de supers acteurs qui se seraient profilés jusqu'à la fonction suprême par calcul électoral et égoïsme pur. Ils mettent leurs conviction au placard pour ne pas se faire éjecter.
C'est beau la politique.

Je pense au contraire, que lorsqu'on atteint la fonction d'un exécutif, on a tout d'un coup une vision grand angle et nous disposons d'informations inaccessibles au commun des mortels. Dès lors on découvre, avec plus ou moins de stupéfaction, que la politique de la gauche est une utopie qui rassure et donne un semblant de débat démocratique.

Écrit par : Pierre Jenni | 24/06/2013

Cher Monsieur,

La politique n'étant qu'un mélange d'utopies, il est malhonnête de les dénoncer en ne pointant du doigt qu'un seul front politique, surtout que la droite élargie n'est certainement pas en reste.

Écrit par : Diego Esteban | 24/06/2013

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