09/10/2013

Rari nantes in gurgite vasto

En voyant les résultats de dimanche dernier, j'éprouve beaucoup de peine à me sentir satisfait. Loin de là, je ressens de l'amertume, la même qui vient certainement à la bouche de tout militant qui, pendant des mois, s'est battu loyalement pour ses idées dans un esprit politicien au sens positif du terme, c'est-à-dire par la promotion d'un projet de société qui semble noble à ses yeux, plutôt que par la destruction de celui des autres. Pourquoi cette amertume? Il suffit de se rendre compte des méthodes qui ont permis à certains de vaincre et d'observer ce que les résultats de ces élections signifieront pour les 4.5 années à venir afin que la réponse aille de soi.

 

Trois blocs unis, ou pas.

Préparez-vous à vivre une législature dans laquelle les luttes partisanes primeront toute réflexion pragmatique, à tout le moins dans les votes importants et pour autant que les élus ne soient pas tentés de voter autrement qu'en accord avec leur groupe (quelle horreur, des dissidents!). Entente (35 sièges) contre Alternative (34 sièges) contre extrême-droite (31 sièges), voilà le schéma grossièrement résumé du train-train que constituera la vie de tous les jours de notre parlement cantonal. Pour rappel, la répartition actuelle est de 42 sièges pour l'Entente, 32 pour l'Alternative, et 26 pour l'extrême-droite.

 

Le bloc PLR-PDC est le plus soudé des trois. Cependant, des troubles agitent chacune de ses deux composantes: au sein du PLR, il est impossible de savoir si et à quel point les sceptiques de l'avant-fusion auront influé sur le pourcentage de voix du premier parti du canton, qui se situe à mi-chemin entre son score de 2009 et celui de 2011 (pour les élections fédérales). En revanche, le PDC se prépare à vivre des moments houleux, lors desquels le ras-le-bol de certains ne manquera pas de se faire entendre: il s'agit principalement de jeunes, qui critiquent vertement le favoritisme dont ont fait preuve les caciques de leur parti, particulièrement Philippe Morel, avec les dizaines de milliers de francs qu'il a dépensés pour sa publicité personnelle (dont ses célèbres culs de bus). En partie candidats eux-mêmes, ces jeunes battus par l'opulence insolente de quelques-uns ont raison de s'indigner, sachant que les idées sont censées primer l'argent dans une élection...

 

Le bloc PS-Verts-Ensemble à Gauche, lui, est revenu à la hauteur du bloc de la droite bourgeoise avec 34 députés, contre 35 pour cette dernière. Au Grand Conseil en revanche, il sera plus délicat de mettre d'accord les membres de ce front sur tous les sujets, tout d'abord en raison du fait qu'il compte plus de composantes que pour les deux autres blocs, ce qui est rendu encore plus compliqué par le fait qu'Ensemble à Gauche est déjà en soi une coalition de divers mouvements, qui ont mis huit ans à arrêter de se disputer. On peut également distinguer les rose-verts des rouges au niveau stratégique (PS et Verts ayant été représentés au sein des autorités cantonales durant les huit dernières années, contrairement à Ensemble à Gauche), ce qui rajoute encore de la complexité à cette situation. Malgré une union moins aisée à construire que pour l'Entente, l'Alternative constitue malgré tout un front très engagé dans la défense des droits sociaux et des idées écologistes, et n'aura sans doute aucune peine à unir ses éléments sur ces questions dans les épreuves de force que constitueront les débats de la législature 2013-2018.

 

Le bloc de l'extrême-droite n'est de son côté qu'une alliance de circonstance. C'est entre UDC et MCG que l'on a pu observer le plus d'échanges de piques venimeuses durant cette campagne, une des plus remarquables étant l'oeuvre d'Eric Bertinat, député UDC: "le MCG préfère défendre le bougnoule (sic!) qui vit à Genève plutôt que le Suisse qui habite en France." Les divergences entre ces deux partis sont visiblement trop nombreuses pour que l'on y aperçoive les signes d'une véritable alliance. D'ailleurs, il est probable que le MCG (comme il en a l'habitude) décide "comme ça" de voter avec le front de l'Alternative, simplement car c'est "marrant" de transformer une majorité PLR-PDC-UDC-MCG (66 députés) en une majorité EàG-PS-Verts-MCG (54 députés), juste pour montrer que le slogan "ni à droite, ni à gauche" a un semblant de vérité.

 

Bref, c'est déjà la gabegie stratégique, et il y a fort à parier que le jeu des alliances dictera véritablement la direction politique du canton jusqu'au printemps 2018. Voilà la première cause de mon amertume de militant: on se bat des mois durant pour faire valoir une vision de société, qui devient la raison idéale de notre engagement, et on s'aperçoit qu'au final les décisions seront prises selon le jeu de "qui a la plus grosse." C'est sans même mentionner l'élection de personnes n'ayant pas de projet de société du tout, mais des cordes vocales en bon état de marche et/ou un riche vocabulaire scatologique dont raffolent les collaborateurs de la presse de caniveau.

 

Un progrès pour Genève? 

Le changement est la revendication incontournable des partis minoritaires, ainsi que de leurs électeurs. La nouvelle Constitution devait justement amener un vent de réformes sur la République, mais comme le relève le blogueur Olivier Perroux, les rares anciens constituants ayant été élus comptaient pour la majorité dans les opposants à la révision totale de l'an dernier. Ainsi, ces derniers sont représentés dans un Grand Conseil chargé précisément de l'appliquer: il y a là un conflit d'intérêts évident, auquel s'ajoute un sérieux risque de stagnation, quand bien même le peuple genevois avait appuyé la nouvelle Constitution ainsi que toutes les modifications qu'elle implique. Vu le manque d'enthousiasme dont fait preuve l'Entente pour appliquer la jeune loi fondamentale, les partis qui militeront pour sa mise en oeuvre apparaissent peu nombreux. Qui d'autre, à part le PS et les Verts, voudra donc bien se charger d'appliquer la volonté populaire exprimée il y a un an?

 

De plus, le changement réclamé à peu près par tous les partis n'a globalement pas été suivi par les électeurs, puisqu'une nette majorité des sortants a pu conserver ses sièges. Une seule parmi les quatre sortants au Conseil d'Etat n'a pas franchi le premier tour, et seulement 25% des députés sortants ont été sanctionnés par les urnes. Vous trouverez ci-dessous les chiffres de ce très timide remue-ménage:

  PS Verts PDC PLR UDC MCG
Sortants réélus 6 4 7 19 7 11
Non-réélus 4 4 0 6 0 4

 

Dans un système politique tirant dangereusement vers la macho-gérontocratie, seuls trois candidats de moins de 30 ans ont franchi l'étape des élections: Lisa Mazzone (25 ans, les Verts), la nouvelle benjamine Caroline Marti (23 ans, PS) et Romain de Sainte Marie (28 ans, PS). On observe également une certaine diminution du nombre d'éluEs au Grand Conseil, qui passe de 30 à 25-28 (les chiffres varient en fonction de l'issue du second tour des élections gouvernementales). Ces carences en termes de représentativité de la population sont un manque certain et regrettable, avant tout car la majeure partie des députéEs de ces quatre dernières années ont montré qu'elles avaient véritablement la vocation de siéger dans l'organe législatif cantonal, contrairement à quelques-uns des mâles, qui s'étaient manifestement trompés de salle en cherchant l'entrée de la Comédie... En ce qui concerne les jeunes, il est regrettable de voir que dans certains partis, leur route aura été barrée par une flopée de fossiles, qui pour la plupart ne se sont de toute évidence pas rendus compte que la retraite est la moins moche de leurs options, parmi les différentes formes que peut prendre la conclusion de leur engagement politique.

 

Enfin, notons que 5% des votants auront vu leur vote s'écraser contre le mur du quorum. Dans une démocratie véritablement directe, les électeurs Vert'libéraux auraient pu être représentés par deux élus, et les Pirates auraient pu placer un député. Pourquoi priver de siège ceux qui obtiennent suffisamment de suffrages du peuple pour en décrocher? Les raisons justifiant la situation actuelle semblent à première vue difficiles à défendre. Mais plus inquiétante encore est la proportion de Genevois n'ayant pas même participé au vote: 60%. Dans une démocratie qui fonctionne, on peut s'attendre à ce que les votants représentent au moins la majorité du corps électoral. Ici, c'est une minorité qui décide pour toute la population, alors que tous les outils permettant d'embrasser la fonction étatique d'électeur, automatiquement octroyée aux citoyens, sont à leur disposition pour qu'ils expriment leur choix de manière libre et avertie. A ce titre, les efforts que produisent des associations comme le Parlement des Jeunes Genevois, Eclaire mon vote ou T'es toi et vote! pour informer et expliquer de manière objective les enjeux des rendez-vous électoraux sont encourageants, surtout face au laxisme dont les autorités font preuve relativement à la désuétude dans laquelle la démocratie genevoise semble être tombée.

 

Dans cette hypothèse, mon amertume de militant trouve une autre source: vous pouvez comprendre que je sois déçu de m'être battu pour qu'au final, le député moyen soit masculin et âgé de plus de 50 ans, ou encore pour ne m'être adressé dans les faits qu'à deux Genevois sur cinq, comme s'ils étaient les seuls concernés par les questions capitales pour Genève qui se sont notamment posées dans le contexte de ces élections. Il est également attristant de voir un si grand nombre de personnes snober une démocratie pour l'obtention de laquelle nombre de personnes ont péri, comme nous le montre l'histoire de Genève et de la Suisse jusqu'au début du XIXe siècle.

 

Et après le 10 novembre?

Après ce premier tour des élections du Conseil d'Etat, le nombre de candidatures devrait drastiquement diminuer, rendant beaucoup plus lisible chacune d'entre elles. Vraisemblablement, seule l'Entente peut se payer le luxe de maintenir l'ensemble de ses candidats dans la course. Du côté de l'Alternative, il se dessine une liste comprenant trois noms, sans réellement savoir ce qui se trame du côté d'Ensemble à Gauche, mais il est impossible de prédire avec certitude ce que ces partis décideront de faire tant que leurs membres ne se seront pas exprimés (pour le moment, les Verts lancent Antonio Hodgers dans la bataille, dans le but de faire liste commune avec le PS). De leur côté, le MCG et l'UDC sont en passe de valider un ticket à trois noms également. Les candidats indépendant et Vert'libéral ayant retiré leurs candidatures, il reste encore à savoir si les Pirates resteront en course. Dans le cas contraire, il resterait "seulement" 11 ou 12 candidats pour sept sièges au second tour.

 

Dans ce contexte, tentons de nous projeter dans l'avenir et nous pencher sur l'aptitude de chacun-e à siéger dans un exécutif, car c'est au fond de ce côté-là que les candidat-e-s seront jugé-e-s de manière stricte. A l'exception du Conseiller National Luc Barthassat, les candidats de l'Entente ont déjà tous fait partie d'un corps collégial, où ils ont été reconnus comme plus ou moins (mais suffisamment) "aptes" à la fonction, c'est-à-dire capables de travailler avec collégialité, intégrité et initiative. Nombreux sont ceux qui estiment que Luc Barthassat n'aurait également aucun souci à se fondre dans le moule, et qui en pensent de même des trois mieux classés de l'Alternative (c'est-à-dire Anne Emery-Torracinta, Thierry Apotheloz et Antonio Hodgers), même si ceux-ci n'ont pas tous siégé dans un exécutif. En somme, il n'y a pas grand-chose à reprocher à ces personnes, relativement aux trois qualités formelles, officieuses et incontournables du "bon" Conseiller d'Etat, mentionnées plus haut (collégialité, intégrité et initiative).

 

Quant à l'extrême-droite, bien que la candidature du Conseiller National Mauro Poggia - reconnaissons qu'il est le premier musulman à obtenir un score aussi élevé dans une élection à Genève - soit substantiellement identique à celle de son colistier Eric Stauffer, il est généralement reconnu comme ayant la carrure de Conseiller d'Etat, car il est beaucoup plus tempéré - du moins formellement - que son camarade de parti (à titre personnel, je ne pense pas qu'une personne devrait être considérée comme compétente simplement parce qu'une autre du même parti l'est moins). Difficile en revanche pour moi de m'exprimer sur son esprit d'initiative, puisque son activité au sein de l'Assemblée Fédérale est inconnue de la majorité, voire de la totalité des Genevois. Quant à son intégrité, il ne saute pas aux yeux qu'il ait commis des manquements évidents.

 

De son côté, Eric Stauffer a un bilan bien plus mitigé, ce qui peut s'expliquer en principalement deux points: le premier est la rupture de la collégialité au Conseil Administratif d'Onex qu'il a provoquée en juin dernier, et qui témoigne de sa difficulté à fonctionner avec d'autres personnes au sein d'un même organe. Il est possible (pour ne pas dire probable) que l'attitude explosive dont il fait preuve au Grand Conseil soit en effet incompatible avec l'exercice d'un mandat exécutif collégial: il ne fait donc pas preuve d'intégrité non plus lorsqu'il balaie cette question (comme sur infrarouge hier soir) sans autre forme de procès, affirmant que les choses se passent "très bien" à la Mairie d'Onex. Enfin, de l'aveu d'un Conseiller municipal, Eric Stauffer n'aurait fait preuve de persévérance que dans sa volonté d'inviter des artistes de notoriété internationale à se produire chez lui (les Rolling Stones, David Guetta et d'autres, mais on les attend toujours), ce qui interroge quant à son esprit d'initiative. Mais quoi qu'on dise à son sujet, il ne peut que mieux faire par rapport au précédent et premier MCG à accéder à un exécutif communal (Thierry Cerutti à Vernier entre 2007-2011), dont les graves manquements à sa fonction (clés de bras sur un collègue, "salissures" dans le bureau de son successeur, etc.) ont amené la majorité des Verniolans à se sentir soulagés de sa non-réélection il y a deux ans. 

 

Le Parti Pirate n'ayant pas encore décidé de sa stratégie pour le second tour (il le fera ce soir), il ne reste plus que Céline Amaudruz. La Conseillère Nationale (qui n'a jamais siégé dans un exécutif) me fait sérieusement douter de sa capacité à être collégiale, vu les diatribes dont elle a été l'auteure durant cette campagne, en tenant des propos d'une agressivité rare. Malhonnête à l'excès, je me rappelle en particulier d'une réaction venant de sa part en rapport avec l'affaire du meurtre de Marie plus tôt dans l'année, accusant les socialistes d'être à l'origine de ce crime. En termes d'initiative, il ne semble pas impossible que la présidente de l'UDC Genève soit capable de parler d'autres choses que de sécurité, d'étrangers et de traversée de la rade. Ne manque plus qu'elle le prouve.

 

En l'état, le gouvernement serait formé de Pierre Maudet, François Longchamp, Serge Dal Busco, Luc Barthassat, Isabel Rochat, Mauro Poggia et Anne Emery-Torracinta. Je suis convaincu que l'éventuelle arrivée d'Eric Stauffer (classé 8ème) au Conseil d'Etat est à distinguer de celle du MCG (même s'il se trouve qu'il est le président d'honneur, ainsi que le fondateur de ce parti qu'il avait créé sous le nom de "mouvement blochérien genevois"), et si l'arrivée de cette formation politique ne justifie pas forcément une opposition non-idéologique, celle de l'actuel Maire d'Onex, à mon sens, oui. Le fait d'avoir assisté à plusieurs sessions du Grand Conseil depuis un an m'a convaincu de faire le maximum pour éviter qu'il soit élu.

 

La cruauté des élections

Même au Grand Conseil, les qualités personnelles d'un-e élu-e devraient être plus importantes que son parti. Ainsi, je suis assez effaré de voir élues des personnes comme Henry Rappaz (lisez à son sujet cet article de la blogueuse Catherine Armand), Roger Golay (dont j'avais déjà fustigé les mensonges dans un précédent article), Pierre Weiss (l'attitude profondément irrespectueuse et contradictoire de ce personnage énerve même au sein de son propre parti) ou encore Carlos Medeiros (voir la vidéo) et quelques autres, sachant que ce dernier va sans aucun doute causer un tort immense à la crédibilité de nos autorités. A l'opposé, je suis également attristé de l'absence de plusieurs personnes, dont la vocation établie et fiable laissait présager un mandat excellent, comme Guylaine Antille-Dubois, Miguel Limpo, Marko Bandler, Jean Rossiaud, Yvan Zweifel, Delphine Bachmann et d'innombrables autres...

 

La question qui résume au mieux mon amertume de militant est certainement la suivante: comment est-ce possible que Carlos Medeiros soit élu, alors que Marko Bandler ne le soit pas? Ou Henry Rappaz et pas Jean Rossiaud? Il y a là une grande injustice, qui a une origine absurde: la manière de faire campagne. Un candidat qui gueule, attaque, insulte, stigmatise, ment et manipule est donc mieux servi qu'un autre qui a des projets bien ficelés, une vision politique élaborée de manière réfléchie, un œil attentif aux problèmes à régler et qui est toujours ouvert à l'échange d'idées et de propositions? La réponse est incompréhensiblement positive. Si les candidats "mauvais" ayant été élus représentent certes une minorité du Grand Conseil, ils sont indubitablement les plus bruyants, ce qui implique bien évidemment que leur image sera de facto perçue celle des autorités dans leur ensemble. Je vous invite à observer quels sont les premiers résultats sur youtube lorsqu'on y recherche "grand conseil genève": est-ce cette image-là que nos autorités méritent?

 

Ici, plus que de l'amertume, c'est un véritable désarroi. J'ai milité pour un Grand Conseil qui, certes, contiendrait le plus grand nombre de député-e-s de mon parti (ce qui est d'ailleurs un des seuls points positifs de ces élections: si le PS a maintenu sa représentation et il a progressé dans l'électorat, redevenant la troisième force politique du canton), mais j'ai battu le pavé avant tout car je cherchais à convaincre les passants que les meilleurs élus seraient ceux qui veulent absolument que les problèmes du canton soient résolus. De ce fait, la progression de ceux qui inventent des problèmes (typiquement: le mouvement anti-frontaliers) ou font reposer leur campagne sur des procès d'intention faits à des personnes ne le méritant qu'à peine (le blogueur Grégoire Barbey a trouvé le nom très adéquat de "Künzler-bashing", mais on peut aussi mentionner les flyers du MCG mettant en scène un Conseil d'Etat composé de singes) est tout bonnement ahurissante et scandaleuse.

 

Comment le peuple peut-il être convaincu par de pareils Menteurs, Calomniateurs, Gesticulateurs, surtout lorsque des alternatives saines existent? Nous, qui sommes scandalisés par ces dérives de la politique genevoise, nous sentons nager dans un vaste océan d'incompréhension. Pendant un mois, je serai encore dans la rue, à tenter de faire passer mon message, pour empêcher que ces élections déjà tristes ne deviennent un fiasco.

Écrit par Diego Esteban dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer |  Facebook |

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