27/11/2013

Le retour triomphant de la peste brune

Lorsque l'on pense au racisme, l'on se pose souvent la question de savoir à partir de quel seuil l'intolérable peut être atteint. Il est clair pour à peu près tout le monde que l'antisémitisme, exprimé de manière à rappeler le génocide commis contre les juifs par Adolf Hitler et son régime en Allemagne nazie lors de l'entre-deux-guerres et de la seconde guerre mondiale, franchit ce seuil critique. L'holocauste demeure encore et toujours l'exemple par excellence des pires horreurs dont l'être humain puisse être capable. Mais il ne s'agit malheureusement pas d'une évidence pour tout le monde, plus particulièrement pour des personnes qui croient que la liberté d'expression est sans limites, quand bien même elles formulent des appels au génocide ou en font l'apologie, en raison d'un refus de reconnaître à certains groupes d'êtres humains la dignité qui leur est due, selon tous les principes élémentaires des droits fondamentaux démocratiques.

 

Ce refus de reconnaître à des personnes leur appartenance à l'espèce humaine en raison d'une caractéristique qui est indissociable de leur personne (sexe, âge, apparence, langue, religion, origine, orientation sexuelle, santé, opinions politiques...) est justement ce que l'on appelle le racisme. Si j'ai un jour décidé de m'engager en politique, de rejoindre un parti, de participer à des actions, à plusieurs associations, de mener des campagnes, de débattre, de défendre des idées, c'est justement car je voyais que notre environnent politique et social avait perdu de vue les horreurs du XXe siècle, puisqu'il les laissait - par laxisme - revenir à nouveau s'installer dans les esprits comme des éventualités tolérables, voire souhaitables.

 

L'extrême-droite est actuellement la faction du spectre politique d'où vient systématiquement l'incitation à la désinhibition raciste. En effet, on assiste à une certaine libération de la parole raciste, due au manque de réactivité de la société dite humaniste: même à Genève, capitale des droits de l'Homme, on parle encore de "dérapages" face à des propos pourtant intentionnellement et ouvertement haineux. Ce retour dans les bas-fonds de l'Histoire ne suscite pour l'instant qu'une faible opposition, quand bien même nous nous en approchons à grands pas; alors que le racisme est à combattre fermement, au nom des valeurs humanistes et démocratiques qui animent nos contrées, les phobies agressives parviennent aujourd'hui jusqu'au sein des autorités politiques de notre société. Et hier soir, Denis Menoud (Conseiller municipal MCG en ville de Genève) m'a donné la preuve que l'infection dont souffrent nos institutions a atteint son paroxysme, lorsqu'il écrivit sur facebook:

 

 

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"l'essentiel, c'est qu'Israël soit sur la voie de la carbonisation."

(Denis Menoud, Conseiller municipal MCG)

 

C'est en lisant ce genre d'horreurs - qui se passent d'explications - que je me souviens pourquoi je me suis lancé dans la défense de valeurs désormais très sérieusement mises en danger, telles que le respect de l'autre et le rejet du racisme. Il faut dire que Denis Menoud n'en est pas à son coup d'essai: en mai, il avait déjà comparé les homosexuels à des pédophiles, et plus récemment accusé des élu-e-s naturalisé-e-s d'être des "traîtres à la patrie", en les invitant à rendre leur passeport.

 

Pourtant, il serait bien naïf de croire que Denis Menoud est un précurseur en la matière à Genève: il y a Henry Rappaz (Député MCG), qui compara il y a quelque jours Christiane Taubira (ministre française d'origine guyanaise) à un singe (cliquez ici), faisant ainsi écho à la même comparaison réalisée en France par la candidate du Front National Anne-Sophie Leclere, Eric Bertinat (Conseiller municipal UDC), qui appela il y a plusieurs mois à l'interdiction pure et simple de l'islam, Julien Fonjallaz (candidat UDC au Grand Conseil), un révisionniste antisémite de réputation (comme révélé dans cet article), ou encore Jérémy Gardiol (lui aussi candidat UDC), pour lequel "l'homosexualité est une maladie." Je remarque - au passage - que les polémiques provoquées par ces personnes, comme les propos d'hier soir, sont le plus souvent nées sur le réseau social Facebook.

 

Et justement, suite aux déclarations honteuses de Denis Menoud, les réactions sur facebook furent nombreuses. Des propos aussi explicitement antisémites et contraires à tout ce que nous dictent les valeurs des droits de l'homme ne peuvent absolument pas passer inaperçus et impunis. Dans ce cas, pourquoi des réseaux comme Genève Antifa sont-ils aux abonnés absents? A l'heure où les nombreuses déclarations vomitives de l'extrême-droite tendent inexorablement vers une banalisation du racisme, ceux qui se déclarent être en première ligne pour contrer ce retour - en l'état insuffisamment contesté - de la peste brune sont aux abonnés absents! De plus, pourquoi les médias restent-ils muets sur cette affaire? 

 

Il revient donc à chacune et chacun d'entre nous de faire entendre notre voix contre cette normalisation inadmissible. Pour l'instant, ni les médias ni le MCG n'ont donné des signes de protestation: si le MCG - par le biais de son président Roger Golay - ne sanctionne pas aujourd'hui par une expulsion du parti Denis Menoud pour ses propos, c'est un signe évident qu'il les cautionne - du moins partiellement. Et dans ce cas, ce parti aura révélé la totale incohérence de son slogan "ni à gauche, ni à droite."

 

Mais en attendant, il s'agit de répondre fermement aux propos immondes proférés hier soir. Vous pouvez également participer à l'appel aux sanctions contre l'indigne Conseiller municipal Denis Menoud, en exprimant votre indignation aux adresses des responsables politiques figurant ci-dessous, et en leur appelant à prendre des mesures.

 

Le Bureau du Conseil Municipal de la ville de Genève:

  • Pascal Rubeli (président): pascal.rubeli@cm.ville-ge.ch
  • Olivier Baud (vice-président): olivier.baud@cm.ville-ge.ch
  • Carlos Medeiros (vice-président; président du MCG communal): carlos.medeiros@cm.ville-ge.ch
  • Rémy Burri: remy.burri@cm.ville-ge.ch
  • Martine Sumi: martine.sumi@cm.ville-ge.ch
  • Lionel Ricou: lionelricou@hotmail.com
  • Julide Turgut Bandelier: julide.turgut@cm.ville-ge.ch

 

Le Conseil administratif de la ville de Genève:

  • Sandrine Salerno (maire): sandrine.salerno@ville-ge.ch
  • Guillaume Barazzone: guillaume.barazzone@ville-ge.ch
  • Sami Kanaan: sami.kanaan@ville-ge.ch
  • Esther Alder: esther.alder@ville-ge.ch
  • Rémy Pagani: remy.pagani@ville-ge.ch

 

Le Président cantonal du Mouvement Citoyen Genevois:

  • Roger Golay: roger.golay@gc.ge.ch

 

Le MCG a annoncé jeudi soir qu'il avait réclamé la démission de son Conseiller municipal Denis Menoud avant vendredi midi, faute de quoi son expulsion serait prononcée.

Je suis déçu qu'il a fallu attendre des déclarations antisémites pour que des mesures soient enfin prises, mais - malgré le fait qu'il siégera toujours au Conseil municipal de la ville de Genève - il est encourageant de savoir que la vie politique locale sera débarrassée d'un de ses plus sinistres éléments.

Écrit par Diego Esteban dans Humeur | Lien permanent | Commentaires (28) |  Imprimer |  Facebook |

20/11/2013

Pagani et Barazzone, un cul entre deux chaises

Le 6 octobre dernier, Rémy Pagani, déjà Conseiller administratif en ville de Genève, fut élu député au Grand Conseil du canton de Genève. Nombre d'observateurs se sont demandés comment l'ancien maire de Genève pourrait assumer simultanément ses deux fonctions, tant la charge de membre de l'exécutif communal genevois est exigeante, et celle de député chronophage. Le 12 novembre dernier, suite à l'élection du Conseiller national Luc Barthassat au Conseil d'Etat, Guillaume Barazzone fut soumis au même interrogatoire: en effet, Conseiller administratif en ville de Genève également depuis un an, il a annoncé qu'il accepterait de remplacer l'agriculteur Bardonnésien aux Chambres dès la prochaine session de l'Assemblée fédérale. Alors que la Ville de Genève est un des plus grands centres urbains de la Suisse, il est surprenant de voir deux des cinq membres de son exécutif prendre des responsabilités politiques conséquentes en sus de celles qu'ils assument déjà. Le choix de ces deux hommes pose des questions de principe, mais également d'autres - très concrètes - sur leur capacité individuelle à siéger.

 

Sur le plateau de Léman Bleu mardi soir, Rémy Pagani affirmait qu'il ne siégerait "que" dans deux commissions parlementaires du Grand Conseil (dont la commission de l'enseignement supérieur, qu'il présidera pendant un an), en sus de sa charge de Conseiller administratif. Ses détracteurs lui reprochent sa volonté de s'accrocher désespérément au pouvoir et de tromper ses électeurs: partant du principe qu'il est impossible pour lui de réellement prendre le temps d'exercer pleinement toutes ses fonctions politiques en même temps, ils prédisent qu'une telle dispersion de son travail ne pourra aboutir qu'à un engagement diffus et insuffisant, péjorant tant le travail du canton que celui de la ville. Ils sous-entendent également que ce cumul de mandats procède de la cupidité, puisqu'il toucherait les jetons de présence du Grand Conseil en plus de son salaire de Conseiller administratif. A cet argument, les soutiens politiques de Rémy Pagani répondent que ce dernier reversera de toutes façons 75% de ses jetons de présence à son parti (SolidaritéS) et n'en encaissera qu'une petite partie. Ils relèvent aussi qu'il a déjà siégé en tant que député entre 1997 et 2005, son expérience lui permettant parfaitement d'assumer son mandat en maîtrisant tous ses aspects. Cependant, ils ne disent rien du fait que si Rémy Pagani avait refusé de siéger au Grand Conseil, il aurait ainsi laissé sa place à Vera Figurek, une jeune femme qui représente la relève d'un parti vieillissant et peinant à se renouveler.

 

Dimanche 4 novembre 2012, le député PDC Guillaume Barazzone fut brillamment élu au Conseil administratif de la ville de Genève (il attendit cependant près de trois mois avant de quitter son siège au Grand Conseil). Désormais, il siégera tant au Conseil national qu'à l'exécutif communal genevois, un cumul pour le moins ambitieux, sachant qu'il débute dans chacun de ses deux rôles. En effet, Guillaume Barazzone n'a jamais siégé au niveau fédéral, et achève sa première année dans un exécutif (communal) après une dizaine d'années passées au législatif communal, puis au Grand Conseil. Cherchant à témoigner de sa bonne volonté, il annonçait mardi son intention de reverser une partie conséquente de ses jetons de présence à la ville de Genève: de la poudre aux yeux, selon ses opposants. Sachant qu'il faut plusieurs années avant de maîtriser la fonction de parlementaire fédéral et les dossiers thématiques y relatifs, certains doutent de la capacité de Guillaume Barazzone à remplir ses fonctions de manière proactive: si toutefois il devait y arriver, n'oublions pas qu'au moins quatre sessions fédérales de trois semaines consécutives chaque année, entrecoupées de plusieurs séances de commissions, constituent l'agenda de base de l'élu national. Dans quelles commissions siégera-t-il? A quelle fréquence participera-t-il aux séances? A ma connaissance, le principal intéressé n'a pas encore été amené à répondre à ces questions.

 

Sur la base des éléments présentés ci-dessus, il est difficile de voir d'un bon œil le cumul des mandats qu'effectueront Rémy Pagani et Guillaume Barazzone. Ces cumuls mettent cependant en avant l’ambiguïté de l'engagement politique des deux hommes: lors des élections administratives (2011) et cantonales (2013), respectivement lors des élections fédérales (2011) et partielles (2012), les Conseillers administratifs susmentionnés ont pris des engagements différents envers des électeurs différents. Pour être crédibles, Rémy Pagani et Guillaume Barazzone vont donc devoir jongler habilement entre deux rôles souvent antagoniques (même si l'élu de SolidaritéS n'adopte qu'une seule et même attitude d'opposition, qu'il se trouve dans un législatif ou dans un exécutif). La partie n'est de loin pas gagnée d'avance, tant la frontière entre la polyvalence et la posture de celui qui se trouve avec le cul entre deux chaises, assis que d'une fesse sur chacune d'entre elles, est maigre. 

 

Et vous, que pensez-vous du cumul de mandats, particulièrement entre des mandats parlementaires, respectivement gouvernementaux?

Écrit par Diego Esteban dans Genève | Lien permanent | Commentaires (6) |  Imprimer |  Facebook |

15/11/2013

Les faits divers sont avant tout des tragédies humaines

Mercredi 13 novembre 2013, le Parlement des Jeunes Genevois organisait un débat entre jeunes et politiciens. Le terrible accident de la rue de Lyon, ayant causé la mort d'une personne et grièvement blessé 4 autres personnes, s'est déroulé sous leurs yeux.

L'ensemble des personnes présentes au Parlement des Jeunes ont souhaité exprimer leur ressenti face à ce drame.

Nous avons écrit le texte suivant:

Nos pensées vont tout d'abord aux victimes et à leurs proches. Aucun mot ne sera jamais suffisamment fort pour décrire leur douleur, ni la soulager. 

Nous tous, signataires, ne pouvons que dénoncer l'injustice de la vie dont nous avons été brutalement témoins et l'irresponsabilité des auteurs. Nous tenons à saluer l'intervention des secours et de la police qui, dans une situation si critique, ont su aussi gérer humainement l'ensemble des témoins pour qui la blessure n'est pas moins grande. Les sentiments nous traversant tous sont multiples. La colère, le sentiment d'impuissance, l'idée de vengeance, la fatalité, le dégoût, l'incompréhension sont des sentiments partagés par toutes les victimes, tous les témoins de catastrophes.

Mais cet événement souligne le contraste saisissant d'une jeunesse engagée qui cherche d'un côté à construire la démocratie de demain face à l'inconscience d'autres jeunes qui, au mépris de la vie d'autrui, la détruisent de l'autre côté au volant de leurs puissants bolides. Et pourtant, il y a un point commun entre les chauffards, les victimes, les proches et plus largement tous les témoins de cette tragédie: ils seront tous marqués à vie par cet accident.

Nous, jeunes et moins jeunes, présents ce soir sur les lieux alors que nous nous débattions pour faire vivre notre démocratie, nous nous engageons à garder ce drame en mémoire. Il restera pour nous une leçon de vie, de citoyen et de citoyenne. Nous nous trouvons renforcés dans nos convictions qu'une société démocratique active, qui sait tisser des liens entre les individus, est la plus à même à prévenir et gérer de tels événements.

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Valentin

Gaëtan

Ilias

Alexandre

Victor

Alexis

Jeremy

Segen

Glenn

Alia

Nicolas

Diego

Lucie

Timothée

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