11/05/2014

NON à une initiative qui exclut les jeunes!

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Le 18 mai prochain, le peuple genevois se prononcera à nouveau au sujet de l'initiative cantonale intitluée "stop aux hausses des tarifs des transports publics genevois", rédigée par la branche politique du DAL (Défense des Aînés et du Logement), l'AVIVO. Comme il y a un an, je saisis mon clavier pour rappeler que cette initiative, quoi qu'on dise de l'idée de base qu'elle renferme, exclut purement et simplement une partie entière de la population (les jeunes de 18 à 25 ans), ce qui est inadmissible non seulement de mon point de vue, mais également de celui du Parlement des Jeunes Genevois, qui a décidé pour la première fois de prendre position politiquement afin de prôner un NON ferme à cette initiative aux effets anti-jeunes.

 

Des absurdités dans le texte

 

Pour rappel, l'initiative de l'AVIVO cherche à inscrire les tarifs des TPG (plus bas qu'actuellement) dans la loi, afin que tout changement puisse à l'avenir passer par un référendum populaire. A la vue de la très mauvaise qualité juridique (en certains points, cette initiative est susceptible d'être contraire à la loi fédérale sur les transports) et logique (vous trouvez la mention d'une "carte journalière tout Genève 60 minutes") du texte, il est évident que cette initiative a été écrite sur un coin de table en fin de soirée dans un bistrot, ses auteurs ayant mis tous leurs efforts dans le titre (car au fond, qui refuserait une initiative intitulée "stop aux hausses des tarifs"?), plus que dans le texte.

 

Comme mentionné plus haut, la première conséquence inadmissible est l'exclusion des jeunes de 18 à 25 ans du projet des initiants, qui souhaitaient une baisse pour tous mais qui risquent de provoquer une hausse pour celles et ceux qui représentent 30% des utilisateurs-trices des TPG. Rappelons que les étudiants, apprentis et autres stagiaires ne sont pas un groupe social dont les éventuels revenus permettraient de supporter les coûts qui leurs seraient imposés à travers des initiatives sérieusement bancales. D'un autre côté, les seniors, que cherchent à défendre l'AVIVO par cette initiative, ne sont pas non plus les membres les plus favorisés de la population. Mais pour ces deux catégories, il y a déjà des solutions: réductions pour les jeunes ayant jusqu'à 25 ans, réductions pour les retraités (à Genève, il s'agit des tarifs "seniors" les plus bas de Suisse), voire un abonnement à seulement 60.- pour les AVS/AI. Dès lors, prétendre qu'une réduction supplémentaire de 20-25% en moyenne pour les seniors et une augmentation soudaine et inexplicable des tarifs contre les jeunes soit une solution, est tout simplement absurde.

 

Une alternative aux moyens proposés

 

Cependant, pas tout dans cette initiative n'est à jeter à la poubelle. Je partage la frustration d'une bonne partie de la population à l'idée du fait que les TPG puissent décider d'augmenter les tarifs, à huis clos, alors que leurs administrateurs ne payent pas eux-mêmes leur propre abonnement (faites attention, cet argument est également utilisé par des élus d'Ensemble à Gauche et du MCG, qui sont pour l'initiative alors qu'ils profitent eux-mêmes d'un abo gratuit; hypocrisie quand tu nous tiens...).

 

Une solution plus efficace et qui irait dans le sens de l'AVIVO serait de rendre public le processus des décisions sur les hausses des tarifs, et permettre au Grand Conseil d'approuver ou rejeter le rapport des TPG non plus globalement, mais par sujet, afin que la population sache (enfin) ce qui se passe, et que le parlement cantonal ait (enfin) le pouvoir de contester véritablement cette décision sur les tarifs, que seuls les administrateurs des TPG et le Conseil d'Etat peuvent faire actuellement.

 

Des effets néfastes pour tout le monde

 

Mais ce que l'initiative demande, c'est que le peuple se prononce uniquement sur un prix. Je n'ai pas trouvé d'exemple semblable dans l'histoire de la politique suisse; si voter sur des projets coûteux (par exemple le crédit d'achat de 22 avions de chasse de type Gripen E pour plus de 3 milliards de francs) est habituel pour le peuple, ces projets sont souvent acceptés, car c'est le projet qui est au premier plan et non pas son prix. L'initiative de l'AVIVO est dans ce sens assez machiavélique: si on vous proposait seulement d'augmenter le prix d'un bien essentiel, diriez-vous vraiment oui? Et si on vous proposait seulement de le réduire, le refuseriez-vous? Je suis convaincu que ce ne serait le cas pour personne.

 

De plus, elle a un défaut grave (qui cette fois-ci n'est pas de la faute de l'AVIVO mais des autorités genevoises): elle modifie les "tarifs TPG". En réalité, les tarifs TPG ont disparu en 2001, lorsque les TPG, les CFF et les mouettes genevoises ont créé la communauté tarifaire "UNIRESO" (dans le but d'éviter aux Genevois-es de payer plusieurs billets pour un seul trajet), raison pour laquelle on parle actuellement de "tarifs UNIRESO". Or, en 13 ans, personne n'a pensé à changer la formulation de la loi, qui parle toujours de "tarifs TPG". Conséquence? Si seuls les tarifs des TPG sont soumis à une loi spéciale, alors que les tarifs de toutes les autres compagnies de transports publics de la région restent tels quels, UNIRESO n'a plus de raison d'être, et chacun reviendra à l'époque des tarifs spécifiques aux trajets qu'ils couvrent (et je ne sais pas si l'on peut espérer garder les mouettes genevoises en vie dans ce contexte). Les autorités l'ont d'ailleurs déjà annoncé: si elle est acceptée, cette initiative fera tomber UNIRESO, ainsi que tous les avantages que ce système fait profiter aux Genevois-es.

 

Des arguments maladroits

 

L'AVIVO se veut rassurante sur la facture financière de son initiative, en affirmant que la baisse des tarifs, et par extension la baisse de revenus pour les TPG, ne nécessitera pas de couper dans les prestations (suppression de lignes de bus, diminution du personnel, etc). C'est faux, car à Genève, il faut le dire, on a de la chance d'avoir des tarifs aussi bas: le ticket "tout genève - 60 minutes" coûterait peut-être 8.50 CHF si les TPG n'avaient que cette unique source de financement, mais heureusement l'Etat de Genève octroie une monumentale subvention de 220 millions de francs qui permet aux TPG de survivre tout en évitant de faire payer un poids financier trop lourd aux utilisateurs-trices. Ce que je réponds à l'AVIVO c'est qu'ils ne doivent pas s'attendre à obtenir le beurre et l'argent du beurre dans la situation d'aujourd'hui, car celle-ci est la moins dommageable pour le plus grand nombre.

 

L'AVIVO affirme ensuite que les erreurs de son initiative (ils ont au moins le courage d'admettre leurs erreurs) peuvent être facilement modifiées par le Grand Conseil après (l'éventuelle) acceptation de l'initiative. Je ne partage pas du tout ce point de vue: d'une part, quand on lance une initiative, on perd le contrôle sur le contenu du texte dès le début de la récolte de l'initiative (en effet, le texte doit rester tel quel, sauf s'il est en partie ou entièrement contraire aux conditions de validité d'une initiative populaire), et si on la rédige n'importe comment, on doit en assumer les conséquences. Et justement, d'autre part, si le peuple accepte l'initiative, il l'accepte en entier, pas seulement les parties qui arrangent l'AVIVO: celle-ci ne peut donc pas "autoriser" le Grand Conseil à modifier un texte qui vient d'être accepté en entier par la population, ce serait totalement anti-démocratique.

 

NON à l'initiative

 

Pour les raisons énoncées ci-dessus, je vous invite à voter NON à l'initiative. Si celle-ci est finalement refusée, l'AVIVO peut envisager de mettre en oeuvre son idée par d'autres moyens, notamment ceux que j'ai mentionnés plus haut. En effet, ce n'était pas le cas l'an dernier lorsque l'initiative a été votée pour la première fois, mais l'AVIVO a maintenant des représentants au Grand Conseil, et peut donc officiellement participer aux travaux parlementaires, qui lui permettront peut-être de se rendre compte des erreurs de ses propositions avant qu'il ne soit trop tard.

 

Donc votez NON à l'initiative de l'AVIVO, comme vous le proposent non seulement plusieurs partis, mais surtout le Parlement des Jeunes Genevois (PJG), le Groupe de Liaison des Associations de Jeunesse (GLAJ) et les jeunesses de partis (sauf la Jeunesse Socialiste, qui a complètement retourné sa veste par rapport à sa prise de position de l'an dernier, abandonnant les conséquences anti-jeunesse, c'est-à-dire le texte de l'initiative, pour soutenir l'idée plus ou moins démocratique de l'AVIVO, c'est-à-dire le titre de l'initiative, qui n'a aucune valeur légale).

Écrit par Diego Esteban dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer |  Facebook |

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