08/12/2014

TPG: la valse des communiqués

Bref, y'avait une grève aux TPG.

La décision du SEV (Syndicat du Personnel des Transports) de faire grève le mercredi 19 novembre a fait couler beaucoup d'encre, tant pour débattre intelligemment de la situation que pour raconter des conneries en tous genres. Au rang des conneries, il y avait bien sûr les habituels quolibets haineux des primates anti-français/anti-frontaliers, mais aussi les réactions officielles de quelques partis politiques de droite donnant l'impression d'être les derniers au courant de cette grève (quand bien même tous les médias avaient mis en évidence cette nouvelle). Au total, j'ai trouvé quatre communiqués publiés à ce sujet et qui émanaient de partis. Le PS, les Verts et Ensemble à Gauche, en tant que participants au front commun soutenant la grève, ont co-rédigé le premier d'entre eux. Ils furent suivis du PLR, du MCG et de l'UDC, qui en ont écrit un chacun (sauf le MCG, qui en a fait deux), dans cet ordre, le jour même de la grève. Les autres partis (à l'image du PDC) ont préféré ne pas s'exprimer à chaud, à juste titre, sans doute. Chacun dira ce qu'il veut, mais l'analyse de ces différents communiqués, souvent écrits avec les pieds, fut relativement amusante.

 

La plus "soft" des prises d'otages

Le communiqué unitaire (à lire ici), publié la veille de la grève, devait a priori laisser suffisamment de temps aux autres partis pour réagir intelligemment. S'il devait expliquer les raisons de la grève, ce texte fut le premier à parler de "prise d'otage" (de la part du Conseil d'Etat contre la population). Ainsi, à en croire ce terme utilisé par le comité de soutien à la grève, les mesures envisagées par le Conseil d'Etat (incluant notamment une soixantaine de licenciements) mériteraient la même qualification que ce crime très prisé des terroristes. Conseil d'Etat - Al-Qaïda: même combat? Luc Barthassat serait-il le Ben Laden du bout du lac? Cet excès de langage évident a par la suite été ôté des communiqués du comité de soutien. Une prise de conscience encourageante, qui a certainement rassuré tant Max Göldi et Rachid Hamdani que le personnel de l'ambassade américaine en Iran de 1979. Le PLR (lire ici) et l'UDC (lire ici), ainsi que la Jeunesse MCG (sur une page facebook créée à cet effet), ont également parlé de "prise d'otage", cependant selon eux ses auteurs seraient non pas les membres du gouvernement cantonal, mais les syndicats et par extension tous les employés des TPG. Ainsi, le SEV serait l'Etat islamique de la Rome protestante, et Valérie Solano la version longeole du calife Baghdadi. Mais que font les USA?

 

Grève = France

C'est grosso-merdo par cet amalgame que l'UDC introduisit son communiqué de presse. Finalement, le fait que le droit de grève soit un droit fondamental inscrit tant dans la Constitution suisse que dans la Constitution genevoise ne change rien: la lutte syndicale, les gens qui expriment leur désaccord sur leurs conditions de travail, c'est si peu suisse... S'ils écoutaient Blocher, un type qui a fait sa fortune sur le dos des victimes de l'Apartheid, ils comprendraient qu'en Suisse il faut être linientreu (donc fermer sa gueule). Pour l'UDC, ce n'est pas parce qu'il y a un droit fondamental qu'il est moral de l'utiliser, car ce qu'il faut protéger en priorité, ce sont "l'économie" et la "paix du travail" (une bonne partie des salarié-e-s vous parleront sans doute plutôt d'une "trève du travail", vu les tensions qui ont conduit à la grève), et non pas les gens qui choisissent de se comporter comme de sales Français. On s'attendait au même ton au MCG (lire ici), mais le parti du "y'en a marre" a surpris: son communiqué exceptionnellement modéré a qualifié de "français" non pas le mouvement syndical, mais le Conseil d'Etat, pour avoir choisi la pire des solutions. En revanche, le MCG ne se gêna pas pour proposer six jours plus tard des coupes massives dans le DIP qui pourraient provoquer des pertes d'emploi bien plus nombreuses: faites ce que je dis, pas ce que je fais (projet de slogan du MCG, refusé car jugé trop honnête).

 

Le peuple doit voter! Mais sur quoi?

Le communiqué du PLR quant à lui tient en cinq phrases. Heureusement qu'Alain-Dominique Mauris était là pour démontrer qu'un dessin vaut mieux qu'un grand discours, seulement voilà: ce dessin a sans doute été réalisé par un gamin de 3 ans pendant un tremblement de terre. Ce chef-d'oeuvre du raisonnement minimaliste nous a effectivement pondu un véritable bordel de mots-clés placés en vrac dans cinq misérables phrases. "Cette action est scandaleuse et totalement anti-démocratique!": ce que le Président mal-aimé du PLR ne sait pas est que la grève n'est pas un droit politique, qui implique un vote de toutes et tous les électeurs-trices, mais un droit syndical, qui implique un vote interne aux salarié-e-s de l'entreprise. De plus, vu l'urgence de la question et le temps nécessaire à l'organisation d'une votation, on voit mal demander aux Genevois-e-s de voter avant qu'il soit trop tard et que les 63 licenciements aient été décidés. Mieux vaut prévenir que guérir un mort. De plus, le PLR nous ressort la désormais classique "prise d'otages", rouspète contre les effets de la grève sans jamais les mentionner, appelle à des sanctions contre des inconnus et fait une vague référence à une loi apparemment mal comprise. Bref, voilà une belle leçon d'amateurisme de la part de celui que les membres du parti le plus fort du canton ont élu à leur tête. Prometteur en vue de la prochaine édition du prix Genferei.

 

"T'es viré": toi-même!

J'ai peu parlé du MCG, mais pourquoi devrait-il être épargné? Le ton faussement conciliateur de son (premier) communiqué cache l'agressivité avec laquelle ses élus ont l'habitude de hurler au Grand Conseil: que ce parti se mette ensuite à accuser le PDC et Luc Barthassat de "provocation", fustiger leurs "menaces" et prôner le débat "constructif", c'est le monde à l'envers. Cet esprit faux-cul poussé à l'extrême est la goutte d'eau qui fait déborder le verre! De plus, le MCG nous apprend qu'on pourrait économiser sans licenciements ni baisse des prestations, mais vu son mépris bien connu des transports publics, on peut douter de sa sincérité. A l'instar du PLR, le MCG ne détaille pas ses idées, qui restent floues tout en donnant l'impression que le parti "agit pour les citoyen-ne-s". En parallèle, critiqué sur son hypocrisie par un député PDC sur facebook, le MCG a dans un second communiqué repris la posture qui a fait sa notoriété: vu que le MCG a été élu par le peuple (comme les autres partis), dès qu'un adversaire critique le MCG, il ne respecte pas le peuple (comme quand des MCG critiquent les autres partis) et doit donc démissionner. Eric Stauffer, Roger Golay et François Baertschi (l'oligarchie monarchique à la tête du parti) ont corrigé l'absence tragique de cette rhétorique populiste dans leur premier texte, et ont immédiatement demandé la démission dudit député (pourtant élu par le peuple).

 

Y'en a qui auraient mieux fait de se taire...

L'impasse mexicaine qui résulte de cette foire aux accusations entre partis, Conseil d'Etat et syndicats n'a rien arrangé à la situation. Les employé-e-s des TPG ont dû compter sur eux-mêmes pour faire avancer les négociations avec le gouvernement, et y sont enfin parvenus, sans devoir recourir à une nouvelle grève. Mais ils n'ont guère été entendus par les principaux acteurs politiques: outre les partis qui faisaient partie du comité de soutien, seul le MCG a vaguement évoqué les raisons de la grève, donnant à celle-ci une certaine légitimité. Le PLR et l'UDC? Rien à foutre: une grève c'est une grève, quelles qu'en soient les raisons. Le terme de "prise d'otages" n'a d'ailleurs pas suffi au député Daniel Zaugg (PLR), qui parla même de "terrorisme". On sait que le problème central n'est que la quantité de fric disponible: il n'y a pas besoin de s'inventer de fausses questions de principe ou de nobles intentions pour cacher le fait que ce débat est tout simplement budgétaire. Dans ce cas, autant s'en tenir aux "prestations" et aux "moyens", seules notions ayant un semblant de pertinence dans ce contexte. Car quand certains en viennent à parler de prise d'otages ou de terrorisme, c'est soit qu'ils ont une case en moins, soit qu'ils n'attendaient qu'un prétexte pour agresser par le verbe, seule chose qui les intéresse.

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02/12/2014

Scandale: accueillir sa famille chez soi interdit aux pauvres!

Une connaissance a écrit le message suivant pour faire connaître le calvaire que vit une future mère souhaitant simplement organiser l'arrivée du bébé avec l'aide de sa famille. Ce récit hallucinant inquiète en raison des barrières juridiques inadmissibles opposées aux personnes qui ont des revenus modestes. 

 

La retranscription de ce message dans ce blog a été réalisée avec son accord.

 

Un scandale,

comme quoi à Genève les pauvres n'ont vraiment pas les mêmes droits que les autres :

une amie à moi, enceinte, qui veut faire venir un membre de sa famille du pays pour l'aider quand le bébé va arriver, ne peut pas faire d'invitation à un membre de sa famille, car en tant qu'aide soignante elle ne gagne pas
60 000 CHF par année.

Personne dans son entourage ne peut l'aider pour sa demande car ses amies sont soit domiciliées en dehors du canton de Genève, donc ne peuvent pas se porter garantes, soit elles gagnent elles aussi moins que
60 000 CHF par année.

Ce qui fait quand même 5000.- par mois! Ce n'est pas donné à tout le monde de gagner 5000.- par mois. Surtout pas aux femmes migrantes.

Je suis vraiment dépitée pour elle. Dépitée de me rendre compte que parce qu'une personne est pauvre elle ne peut pas simplement pas recevoir un membre de sa famille chez elle.

De plus, il y'a une volonté claire de la maintenir dans la pauvreté alors qu'elle travaille 32 heures par semaine dans un EMS en tant qu'aide soignante. Comme beaucoup de femmes migrantes qui travaillent pour 3 clous dans l'économie domestique et dans les EMS. Pour prendre soin des personnes âgées avec des horaires coupés, irréguliers, les week ends, et jours fériés... Pour gagner un salaire minable avec une classe de salaire 6!!

C'est scandaleux de ne pas lui permettre d'inviter une soeur ou un frère ou une mère, une cousine, alors qu'elle ne bénéficie d'aucune aide sociale, qu'elle n'a jamais commis aucun délit, qu'elle a un logement et un contrat de travail à durée indéterminée. Elle n'a aucun membre de sa famille à Genève pour l'aider à accueillir son bébé qui va arriver. Franchement en tant que Suisse et genevoise, j'ai honte.

Écrit par Diego Esteban dans Humeur | Lien permanent | Commentaires (2) |  Imprimer |  Facebook |