19/10/2015

Le syndrome du pseudopyge

Genève a survécu aux élections fédérales, malgré une ambiance politico-médiatique digne des lendemains de coup d'état, propre à nous faire oublier que le seul changement genevois réside dans un seul siège vert devenu bleu, sur un total de treize. L'effervescence du moment est née ce matin, lorsque le Président du PDC genevois Sebastien Desfayes publia une photo d'un café-croissants qu'il partageait avec son candidat malheureux au Conseil des Etats (Raymond Loretan) et sa candidate malheureuse au Conseil National (Sophie Buchs). J'appris par la suite que cette photo était un acte de protestation: le Président démocrate-chrétien avait ainsi refusé de rencontrer au même moment ses homologues de droite (Alexandre de Senarclens pour le PLR, Céline Amaudruz pour l'UDC et Roger Golay pour le MCG), au motif que "the PDC doesn't negociate with terrorists". En effet, une alliance réunissant la droite et la droite extrême à laquelle s'oppose fermement Sebastien Desfayes est en cours de négociation, sa forme sera connue demain dans l'après-midi.

 

Malgré une propagande mensongère massivement financée (PLR et UDC totalisent plus de trois quarts des dépenses électorales à eux seuls), à coups de "Genève est mal représentée" ou "leur bilan est vide", malgré des slogans destinés à avoir du punch (même si parler d'un "nouveau souffle" s'agissant de deux hommes entrant gentiment dans la force de l'âge et qui, au fond, auraient rejoint à Berne une droite déjà majoritaire pour confirmer sagement ses positions, est assez amusant), Liliane Maury Pasquier (PS) et Robert Cramer (Verts) continuent à recevoir la confiance des Genevois-es. Avec 4'600 voix de retard sur le second, Benoît Genecand (PLR) est en quelque sorte le dernier espoir de la droite genevoise pour obtenir un siège au sénat fédéral, mais les voix PLR et PDC sont insuffisantes pour rivaliser avec les sortants de gauche. Yves Nidegger (UDC), meilleur score d'extrême-droite, pourrait ainsi se présenter aux côtés (même si c'est pas "juste à côté", sur la même liste) de Benoît Genecand avec un désistement d'Eric Stauffer (MCG), dans l'espoir de ratisser toutes les voix de droite.

 

Toutes? Non! Après que le PDC ville de Genève se soit fait tirer les oreilles par la section cantonale en raison de sa collaboration un peu trop étroite avec "la nouvelle farce", Sebastien Desfayes veut éviter tout nouveau débordement de son parti sur la droite du PLR. Ce soir, les membres du PDC suivront certainement leur Président dans une campagne pro-Genecand mais anti-Nidegger. Côté UDC/MCG, le ton est différent: une liste avec le meilleur de chaque bloc est largement plébiscitée, malgré le fait qu'il y a moins de 24h, Eric Stauffer affirmait l'exact inverse. C'est au PLR que la communication est la plus amusante: dans un communiqué qui ne fait mention ni de l'UDC, ni du MCG, le nouveau premier parti genevois appelle à faire élire son candidat, au nom de la proportionnalité, principe censé offrir automatiquement et de droit un siège à une entente totalisant plus du tiers des voix. Proportionnalité certes, mais l'élection au Conseil des Etats est une majoritaire, et on entend rarement l'entente se plaindre du système majoritaire, dans la mesure où le PLR et le PDC sont archi-dominateurs dans ce type d'élections.

 

Je me réjouis en tout cas de voir s'affronter deux camps antagoniques: la droite élargie, championne de l'hypocrisie et obsédée par la victoire politique à court terme, et l'Alternative, dont les intentions sont claires et transparentes depuis le début de la campagne, peu importent les résultats.

Écrit par Diego Esteban dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer |  Facebook |

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