29/10/2015

Cacophonie de la vie nocturne genevoise

Le Conseil municipal a donc voté sur l'Usine, et annulé les subventions que lui adressait jusqu'ici la ville de Genève. Vote opportuniste purement contextuel fondé sur des tags et l'étiquette gauchiste attribuée hâtivement à tout établissement autogéré et qui se décrit comme "alternatif".

Y avait-il une véritable raison, juridique, politique, à supprimer ces subventions? Non. Le but: faire chier. Montrer que la droite peut mordre, simplement parce qu'elle le peut quand elle le veut. "Mater" la gauche qui avait l'outrance d'être majoritaire par le passé. Mais sans arguments. Sauf pour les tags.

Les tags ont été réalisés par les manifestants de samedi dernier, pas par le comité de PTR ou de Kalvingrad. Sauf que lorsque l'objectif politique, en période électorale, c'est de gagner un rapport de force, ce qui compte, ce sont les muscles, pas le cerveau. Sinon, la droite aurait compris que le seul argument pouvant jouer en défaveur de l'Usine (la question des autorisations) relève d'une compétence exclusivement cantonale, pas communale.

Mais en ville de Genève, une bonne partie des élu-e-s sont convaincu-e-s que cette dernière est toujours au sommet de la hiérarchie des normes. C'est même connu que l'avis de la ville de Genève est déterminant dans le conflit israélo-palestinien (un vote est d'ailleurs prévu pour la semaine prochaine, sur demande de la droite unique PLR-PDC-UDC-MCG). C'est pas pour rien que le slogan de la plus grande commune du canton, c'est "Genève, un monde en soi".

Surtout qu'en réalité, la loi n'exige pas spécifiquement qu'une autorisation doive être délivrée pour chacun des bars situés dans un même établissement. C'est une invention de Maudet à la limite de la légalité (cette phrase est devenue un pléonasme, tant sa politique est condamnée par le tribunal fédéral à intervalles réguliers).

J'aimerais bien que cette droite municipale à l'indignation sélective nous dise ce qu'elle pense des buvettes du stade la Praille, qui ne délivrent pas d'autorisation pour chacune d'entre elles (ni d'autorisation tout court aux dernières nouvelles). Pour autant que faire des efforts dans le débat de fond soit encore dans ses priorités.

Cependant, tout le monde est d'accord de dire que l'Usine, c'est un ensemble, qu'il n'est pas nécessaire de diviser en sous-parties (cet excès de lourdeur administrative n'est d'ailleurs jamais l'apanage de la droite, mais avec la proposition du MCG de convertir l'Usine en centre d'accueil pour réfugiés, on n'est pas à une incohérence près).

Au département de Maudet, on s'en fout, car tuer la vie nocturne à petit feu est carrément un objectif programmatique. Les mesures du DSE assomment le secteur économique de la vie nocturne, et contribuent à diminuer encore plus l'offre. Calvin, loin de se retourner dans sa tombe, est aux anges: Genève redevient une ville dont les nuits sont chiantes et morbides, sauf pour les fêtards qui ont les moyens de se payer un coca à 25 balles.

Cette décision stupide m'énerve parce que dans les élu-e-s de droite, il y en a plein qui sont capables d'avoir de la distance avec la discipline de vote de leur parti portant sur de simples démonstrations de force. Mais ils-elles ne le font pas. Oui, il y a une guerre politique gauche-droite d'une rare intensité en ville de Genève, mais ça ne les autorise pas à s'en foutre des conséquences de leur vote. Je pars donc du principe que ces personnes adhèrent - ou du moins cautionnent - un comportement politique d'une petitesse indigne de leur serment.

Quand on vote, en politique, on ne choisit pas les conséquences comme sur un menu. La droite a l'air de s'en battre les steaks de la baisse de l'offre en matière de vie nocturne, mais pour les jeunes, c'est une question importante, qui définit la place que veulent bien leur donner les "vieux" dans la société. 40 organisations de jeunes s'étaient réunies pour demander aux autorités de faire un effort, la grande majorité de ces autorités les ont tout simplement ignorées.

La vie nocturne a une offre déjà faible, qui a pour conséquence de pousser un certain nombre de fêtards au "binge drinking" dans des lieux pas très adaptés. Qu'imagine la droite, en votant la suppression des subventions? Qu'il n'y aura pas de problèmes supplémentaires?

La vie culturelle et festive des jeunes peut ainsi être rayée d'un budget sans que ça ne provoque le moindre remords? Une telle incapacité à penser aux jeunes ou à la vie nocturne me rappelle dans tous les cas de ne jamais voter pour un élu-e de la droite unique du Conseil municipal de la ville de Genève.

Aux mille jeunes qui ont manifesté, aux sympathisant-e-s de l'Usine, aux adeptes de la vie nocturne: la droite se fout de votre gueule. Elle a jugé que vos lieux de sortie préférés étaient moins importants que leur volonté de dominer leurs adversaires politiques. Elle ne veut pas mettre le moindre centime dans une offre culturelle accessible.

La meilleure façon de soutenir l'Usine, d'améliorer la situation de la vie nocturne, c'est que les jeunes investissent le monde politique. Rejoignez ou créez des associations, rejoignez ou créez des partis. Faites porter votre voix, participez aux votations et aux élections. Ecrivez, exprimez-vous pour une amélioration de votre environnement.

La démocratie suisse permet à des idiots de fermer l'Usine, elle peut certainement permettre à des jeunes motivés de renverser la situation. Ne manque plus que de passer à l'action. J'espère voir que notre génération aura pu changer les choses d'ici quelques années, mais il faut que l'on sorte du bois.

Avertissement:

Cet article coup de gueule volontairement méprisant envers une décision, des arguments et des partis éminemment ahurissants vise à compenser notamment le "merditorial" de la Tribune de Genève sur la question, et la masturbation intellectuelle des petits soldats de la droite sur les réseaux sociaux et dans les médias.

En réponse au traitement infligé à la vie nocturne, adeptes et fournisseurs y compris, en réponse au mépris opposé une fois de plus aux jeunes, et surtout vu leur mise à l'écart des priorités politiques de la droite municipale, je n'approuverai pas sur cet article de nouveaux commentaires méprisants qui relayent la propagande des ennemis des jeunes et de la vie nocturne.

Indivisibilité!

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Écrit par Diego Esteban dans Humeur | Lien permanent | Commentaires (2) |  Imprimer |  Facebook |

Commentaires

USINE STAND STRONG !

Écrit par : Jonas Tirabosco | 30/10/2015

merci Diego!

Écrit par : Alexandre Patti | 30/10/2015

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