04/11/2015

Qui représente au mieux Genève? Fact-checking

Le PLR, par son communiqué de presse annonçant la candidature de Benoît Genecand au second tour du Conseil des Etats, nous a vendu du rêve. En voici la teneur:

 

Benoit Genecand, candidat de l’Entente pour le 2e tour du Conseil des Etats

 

Le PLR a pris acte de la décision de Raymond Loretan, candidat PDC, de se retirer de la course au Conseil des Etats. Au vu des résultats obtenus par l’Entente et des forces en présence, il apparaît que la seule stratégie gagnante pour le deuxième tour de l’élection du Conseil des Etats, est le maintien d’un seul candidat. Le PLR remercie vivement Raymond Loretan de sa décision qui démontre son sens des responsabilités et l’importance qu’il accorde à l’Entente. En outre, le PLR lui exprime sa profonde gratitude pour le travail accompli durant le premier tour.

 

Le candidat PLR, Benoit Genecand, va désormais défendre les valeurs de l’Entente. Il est essentiel de tout mettre en œuvre pour que le centre et la droite retrouvent un siège à la Chambre Haute pour une plus juste répartition des forces en présence. Il est rappelé que les représentants de la gauche, Liliane Maury-Pasquier et Robert Cramer, ont été dans tous les « mauvais coups » contre Genève : initiatives 1/12, salaire minimum, 6 semaines de vacances, successions et forfaits fiscaux. Il est temps que cela change.

 

Notons qu’il y a une forme d’arrogance du côté de l’Alternative à présenter 2 candidats alors qu’elle ne réunit que 37 % des voix. Plus consciente des équilibres, l’Entente se concentre sur une personnalité pour faire valoir ses 36% de force électorale. Que dire des Verts qui n’hésitent pas à représenter Robert Cramer alors qu’ils n’ont obtenus que 11 % des voix.

 

Le PLR, avec ses alliés PDC, Vert’libéraux et PBD, mettra tout en œuvre pour convaincre l’ensemble du peuple genevois dans les trois semaines de campagne à venir. Les enjeux sont trop importants : en particulier, la sauvegarde des Bilatérales, des emplois (RIE III) et une saine réforme de nos assurances sociales.

 

Quels sont les arguments du PLR et de ses alliés (PDC, PBD, Vert'libéraux)? La représentativité tout d'abord (en vertu de laquelle la gauche devrait offrir sur un plateau à l'entente l'un des deux sièges qu'elle détient depuis 2007), le bilan des sortants ensuite (les "mauvais coups" en question).

 

Ce communiqué est l'illustration même de ce qui ne fonctionne pas dans le domaine politique: l'entente compte davantage sur l'attaque contre ses adversaires que sur la mise en valeur de son candidat. A priori, celui-ci, par le seul fait de sa désignation comme représentant unique du deuxième bloc politique du canton en termes de force électorale, devrait a priori revêtir suffisamment de qualités pour que l'entente prenne la voie du débat constructif. Au contraire, elle choisit la voie de l'agressivité, en raison du fait qu'elle n'a pas su convaincre avec ses candidats et son programme (comme l'ont montré les résultats du premier tour), ce qui explique la chétivité des arguments invitant à voter pour Benoît Genecand, et la foison d'arguments contre Liliane Maury Pasquier et Robert Cramer.

 

De plus, ce communiqué est révélateur d'une certaine malhonnêteté. En effet, l'entente calcule son droit à la représentativité au Conseil des Etats sur la base des résultats de ses différentes listes pour l'élection du Conseil National: autre élection, autres enjeux, autre système. Il est vrai que les "suffrages de liste" ne sont plus comptabilisés dans les statistiques des résultats de l'élection du Conseil des Etats, depuis que le bulletin de vote connaît sa forme actuelle (il ne s'agit dans tous les cas pas de véritables suffrages de liste, qui sont le propre des élections proportionnelles, alors que le Conseil des Etats est une élection majoritaire). Mais si l'on comptabilise les suffrages, on remarque que - loin du rapport 37%/36% indiqué par le PLR - les candidat-e-s de gauche (Liliane Maury Pasquier, Robert Cramer, Salika Wenger et Jean Batou) en obtiennent 42.5%, contre 30.1% à l'entente (Benoît Genecand, Raymond Loretan et Thierry Vidonne) et 27.4% à l'extrême-droite (Yves Nidegger, Céline Amaudruz et Eric Stauffer). La différence mathématique est donc bien plus nette que ce que le PLR veut admettre, et sur ce point, la gauche est nettement plus représentative du peuple genevois que n'importe lequel des deux blocs de droite.

 

Autre élément révélateur de cette malhonnêteté: la question des "mauvais coups". En vertu du pragmatisme dont les membres du PLR se gargarisent à longueur de campagne, un bilan de législature ne résulte pas d'une sélection restreinte de décisions mais d'une appréciation globale. Pourtant, c'est ce que l'entente a fait: réduire le bilan (4'000-5'000 votes, plusieurs dizaines de textes déposés, plusieurs interventions parlementaires, etc.) de deux Conseillers aux Etats aux seuls votes d'opportunité relatifs à des initiatives particulièrement médiatisées, mais seulement pour les rares fois où la recommandation de vote de l'entente correspondait à ce que le peuple genevois avait voté ET de façon contraire à ce que recommandait la gauche (ce qui correspond à seulement une votation sur quatre lors de la précédente législature). Sans bien évidemment mentionner d'autres votes qui ont passionné l'opinion, lors desquels le peuple genevois s'est clairement prononcé contre la recommandation du PLR, à l'instar de l'initiative Minder, celle sur les résidences secondaires, celle sur une caisse-maladie publique ou encore le référendum contre l'achat du Gripen (ce qui correspond également à une votation sur quatre environ). Mais si l'on se penche sur les votes des deux sortants concernant ces objets, on constate que dans à peu près 70% des cas, leur position - parfois divergente par rapport à celle de leur parti - reflète celle du peuple genevois. L'entente se situe également dans ces eaux-là, ce qui montre que ce critère ne saurait déterminer à lui seul le choix de l'électeur. Dans tous les cas, ces sujets représentent moins de 1% des votes exprimés au Conseil des Etats lors des quatre dernières années et sont ainsi clairement insuffisants pour fonder l'ensemble d'un bilan.

  

De même, ce communiqué revête une hypocrisie assez criante. Le Conseil des Etats est une élection majoritaire, ce qui veut dire que le plus fort gagne. Le PLR appelle la gauche à prôner une certaine représentativité (principe de l'élection proportionnelle), en contradiction avec le fonctionnement du système actuel sans remettre ce dernier en question. La cause est assez évidente: l'entente est d'habitude archi-dominatrice dans les élections majoritaires genevoises. Elle n'a aucun intérêt à réformer ce système majoritaire, dans la mesure où elle aurait davantage à perdre qu'à gagner, aux exceptions notables du Conseil des Etats ou du Conseil administratif de plusieurs communes urbaines, où elle rate systématiquement le coche. Sa seule option est dès lors d'opérer des acrobaties argumentatives pour prôner la représentativité seulement quand ça l'arrange, comme dans le cas présent. Mais lorsqu'il faudra élire le Conseil d'Etat en 2018, gageons que les poncifs de représentativité auront été remplacés par d'autres arguments pseudopyges. La Tribune de Genève nous a d'ailleurs appris que le retrait de Raymond Loretan de la course a permis au PDC d'obtenir du PLR la garantie que la liste de l'entente pour le gouvernement cantonal dans trois ans comporterait 5 candidat-e-s (70% des sièges pour un bloc politique qui ne pèse que 33% des voix). Alors, Mesdames et Messieurs de l'entente, c'est de l'arrogance ou de l'hypocrisie?

 

L'avenir du pays doit constituer la finalité du choix des personnes qui siégeront à Berne. Les enjeux sont multiples et divers: l'application du 9 février et les relations avec l'UE ne sont pas les seules questions majeures de la législature (ce d'autant plus que l'initiative RASA pourrait drastiquement changer le contenu du débat). D'autres questions arriveront tôt ou tard sur le devant de la scène, comme la sortie du nucléaire, que les candidats de gauche sont les seuls à défendre, conformément à ce que le peuple genevois avait voté fin 2012 (art. 169 de la Constitution genevoise). L'extension souterraine de la gare Cornavin fera partie des sujets spécifiquement genevois dont l'essentiel (le financement) devra être décidé aux Chambres fédérales, et Benoît Genecand fait partie des trois seuls députés qui l'ont refusée au Grand Conseil. On peut encore mentionner les révisions de la LRens et de la LSCPT dans la liste des problématiques peu évoquées durant la campagne mais pourtant susceptibles de bouleverser le paysage politique cantonal ou fédéral.

 

Il sera donc important d'avoir des élu-e-s uni-e-s et maîtrisant les dossiers pour défendre les intérêts de Genève. Cela ne pourra pas être le cas avec l'image d'une Genève désunie, ce qui risque fort d'arriver en brisant l'équipe dynamique composée de Liliane Maury Pasquier et Robert Cramer. Les deux sortants ont fait du bon travail jusqu'ici, faisant ainsi honneur aux Genevois-es qui les ont déjà élus à deux reprises, et qui les ont placés en tête lors du premier tour. Elire deux personnes de gauche, c'est d'ailleurs remplir l'objectif d'équilibre visé par le PLR: dans un contexte où la droite gagne quinze sièges supplémentaires au Conseil National alors qu'elle y était déjà largement majoritaire, voter pour la gauche est la seule garantie de cet équilibre.

 

Dans tous les cas, quelle que soit votre orientation politique, n'oubliez pas de remplir votre bulletin de vote. Vous avez jusqu'à jeudi pour voter par correspondance, jusqu'à samedi midi pour déposer votre enveloppe dans la boîte aux lettres du service des votations et élections aux Acacias, ou encore jusqu'à dimanche midi pour voter à l'urne. Si votre commune le permet, vous pouvez également prendre la voie du vote électronique. Et si aucun-e des candidat-e-s ne vous convainc, vous pouvez laisser le bulletin vide tout en le déposant dans l'urne: voter blanc est la meilleure invitation à une remise en question du monde politique que vous puissiez faire, contrairement au réflexe du vote UDC. N'abandonnez pas votre voix à des inconnus avec lesquels vous n'êtes pas d'accord, exprimez-la!

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Écrit par Diego Esteban dans Politique | Lien permanent | Commentaires (1) |  Imprimer |  Facebook |

Commentaires

Une autre grille de lecture pour décrire la représentativité de ses partis est de s'intéresser à leur financement ...

Écrit par : El Captain | 04/11/2015

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