02/11/2017

Pas ci vique!

En Suisse, ce n’est pas le peuple qui décide, mais les votant-e-s. Quelle différence? Les votant-e-s ne représentent qu’une partie (un peu moins de la moitié) – souvent non-représentative – du peuple: par exemple, entre un tiers et un quart des jeunes de moins de 30 ans participe aux votations et élections, contre deux tiers des plus de 65 ans (source: OCSTAT). Il en résulte un déséquilibre dans l’expression de la volonté populaire, qui nuit à la légitimité des décisions politiques.

 

Ce problème se pose encore davantage dans les autorités politiques, dont les jeunes de moins de 30 ans forment moins de 2% des élu-e-s (source: Tribune de Genève). Le déséquilibre entre le peuple et ses représentant-e-s politiques était déjà connu s’agissant des femmes, qui constituent la moitié de la population mais très souvent moins d’un tiers des élu-e-s. Mais à Genève, suite aux élections de 2013, seul-e-s 3 Député-e-s sur 100 avaient moins de 30 ans (source: 20 Minutes). Alors que la population genevoise a en moyenne 40 ans (source: RTS), le Grand Conseil en a plus de la cinquantaine. La conséquence est que les décisions politiques touchant les jeunes se prennent le plus souvent sans les associer aux débats.

 

Comment contrer l’abstentionnisme des jeunes ? La faible participation électorale des moins de 30 ans a plusieurs causes possibles (voir Gfs/Bern). Avec l’âge, l’importance de ces causes diminue, l’expérience de la vie tendant généralement à convaincre du fait que le vote a bel et bien une influence directe sur les décisions politiques, et qu'il est donc nécessaire d'exprimer sa voix pour être entendu-e et pour changer les choses. Mais il ne suffit pas d'attendre que l'intérêt naisse tout seul: à travers l'école publique, il faut directement informer les jeunes électeurs-trices des moyens de participer à leur environnement politique à leur disposition.

 

À Genève, l'éducation citoyenne existe au niveau de l'instruction publique, mais elle n'est pas satisfaisante (source: Tribune de Genève). En effet, elle est dispensée trop tôt, en dernière année du cycle d'orientation, lorsque les élèves sont âgé-e-s de 14 ans environ, ce qui laisse 3 années pour oublier la théorie avant de pouvoir la mettre en pratique. Dans la situation actuelle, une formation continue jusqu'à la majorité politique de 18 ans repose en partie sur les efforts bénévoles des associations et du corps enseignant, mais cela ne suffit pas pour garantir une formation civique à tout-e jeune. Par exemple, le Parlement des Jeunes Genevois (PJG), dont j'ai participé à la co-fondation en 2012, est très actif dans le domaine, en promouvant le projet easyvote (vulgarisation du langage politique), en organisant des débats innovants (source: Léman Bleu) et en organisant des votations blanches (source: Tribune de Genève).

 

La réaction des autorités est encore trop frileuse. La Chancellerie d'Etat genevoise a développé une stratégie de sensibilisation à la démocratie directe et aux institutions qui mérite d'être saluée, comprenant des projets comme le concours CinéCivic et la Semaine de la démocratie. Le Département de l'Instruction Publique (DIP) conduit également un certain nombre d'efforts salutaires, dont le projet de loi sur l'enfance et la jeunesse (PL 12054) concrétise plusieurs des recommandations du PJG (plan citoyen): création d'un Conseil des jeunes et augmentation des voies de participation des élèves à leur environnement scolaire. Ce projet de loi est actuellement en cours de traitement par la commission de l'enseignement du Grand Conseil.

 

C'est plutôt au niveau du Grand Conseil que le bât blesse. Notre parlement cantonal est prêt à encourager la participation des jeunes, sauf si cela implique de faire un effort qui dépasse la simple déclaration. Par exemple, les Député-e-s ont accepté la motion soutenant le projet easyvote (M 2203), mais en supprimant les dispositions prévoyant le financement (source: Le Courrier). Le législatif genevois est justement sur le point de faire usage du même stratagème concernant la motion soutenant l'organisation annuelle de votations blanches dans les établissements scolaires (M 2287). Il a même tout simplement refusé d'entrer en matière sur une motion demandant le renforcement de l'éducation citoyenne et la mise en place d'un cours d'introduction à la politique (M 2186). À cela s'ajoute le refus d'un projet de loi sur le droit de vote à 16 ans (PL 11395). En matière de citoyenneté, la majorité du Grand Conseil ne s'est globalement pas montré à la hauteur de la tâche.

 

Que faire pour répondre à ces problèmes? Le programme du PS Genevois pour la prochaine législature contient plusieurs propositions utiles et nécessaires à l'amélioration de la situation:

  1. « Renforcer les cours d'éducation citoyenne, en particulier un cours d'initiation à la politique dans l'enseignement obligatoire. »
  2. « Favoriser les projets de participation des enfants et des jeunes au sein des écoles ainsi qu'aux niveaux communal et cantonal. »

 

La première proposition rejoint ce qui a été développé plus haut: on ne saurait concevoir une véritable démocratie sans que le peuple soit informé des outils lui permettant d'y participer. Au moment d'atteindre la majorité politique à 18 ans, les nouveaux-elles citoyen-ne-s doivent être en mesure de formuler leurs opinions et exprimer leurs choix librement et de manière informée, raison pour laquelle l'instruction publique doit garantir une éducation citoyenne suffisante et adéquate:

  • Combler le vide entre le Cycle d'orientation et la majorité politique de 18 ans en garantissant une formation continue à la citoyenneté au moins lors de la dernière année d'enseignement obligatoire.
  • Prévoir que les cours d'éducation citoyenne soient dispensés par des personnes spécifiquement formées à cet effet (intervenant-e-s externes ou enseignant-e-s spécialisés), afin d'éviter que ces heures de cours soient remplacés par des cours d'histoire, de droit ou de géographie.
  • Mettre sur pied une instruction civique multimodale, dans laquelle les cours sont complétés par des activités pratiques (découverte des institutions, débats en classe, jeux de rôle, rencontre avec les associations, création de projets, etc).
  • Porter une attention particulière à l'enseignement des droits politiques des résident-e-s étranger-ère-s sur le plan communal (bon nombre de personnes concernées ignorent disposer de ces droits).

 

La seconde proposition vise la participation au sens large: la participation des jeunes à leur environnement politique, civique, culturel, économique et social. Jouer de la musique et se produire dans des concerts, créer une association, monter une start-up ou encore récolter des vêtements pour les jeunes dans le besoin sont autant d'exemples de participation. 

  • Aménager des mécanismes permettant aux élèves de participer à la vie de l'école (par exemple, déléguer la gestion du programme de certains événements: fête de l'escalade, fête de fin d'année, journées à thème, etc).
  • Garantir un soutien des établissements scolaires aux associations d'élèves créées en leur sein (dans certains établissements comme le collège Claparède, l'association d'élèves - lorsqu'elle existe - ne bénéficie de quasiment aucun soutien de la direction).
  • Procédures administratives facilitées en matière d'événements associatifs (autorisations de manifestations, obligations dans le cadre de réservations de salles communales, etc), selon les recommandations (sous "cadre administratif") du Collectif pour une vie nocturne riche, vivante et diversifiée.

 

Ces solutions présentent des pistes propres à augmenter la participation des jeunes et réduire l'abstentionnisme électoral. Vous avez d'autres idées pour parvenir à ce but? N'hésitez pas à me les envoyer.

Écrit par Diego Esteban dans Élections 2018 | Lien permanent | Commentaires (6) |  Imprimer |  Facebook |

Commentaires

Je ne comprends pas du tout votre billet. Il est parfaitement normal de s'abstenir lorsqu'on ne se sent pas de taille à répondre aux questions. Je trouve cela très sain. Résident au Burkina-Faso, j'ai reçu une carte d'électeur. Comme je ne connaissais pas suffisamment les enjeux et les personnes, j'ai remercié les autorités du geste et je me suis abstenu. Quoi de plus normal ?

Écrit par : Géo | 02/11/2017

3 règles de base pour que la démocratie soit exercée :

1. Financement des partis et des campagnes de votations et d'élections rendus publics.

2. Participation obligatoire des citoyennes et citoyens aux votations et élections.

3. Plus de 50 % de bulletins blancs ou nuls : votation ou élection à refaire.

Écrit par : Otto Matthik | 02/11/2017

"3 règles de base pour que la démocratie soit exercée :
2. Participation obligatoire des citoyennes et citoyens aux votations et élections."
Bonjour la démocratie...Cela ressemble à la participation obligatoire aux discours de Castro, huit heures sous le soleil...

Écrit par : Géo | 03/11/2017

En ce qui concerne le point 2, il s'agit de l'équivalent de l'obligation pour les citoyennes et citoyens de payer des impôts.
Une participation de tout le monde à la vie commune.
Un devoir justifiant les droits.

Bien entendu les points 2 et 3 ne sont valables que si le point 1 est réalisé.

Écrit par : Otto Matthik | 06/11/2017

Cette obligation est inutile, voire malsaine. Si les gens s'abstiennent de voter, c'est qu'ils ne se sentent pas à même de répondre. C'est une attitude parfaitement honnête. De plus, cela ne changerait rien. On sait que les sondages sur 1000 personnes donnent déjà des résultats proches de la réalité (si la question est posée honnêtement. Avec une participation de 40% ou de 100%, il n'y aurait aucune différence. Marine le Pen aurait été perdante dans les mêmes proportions, mais avec des millions d'électeurs de plus...

Écrit par : Géo | 06/11/2017

En ce qui concerne le point 2, il s'agit de l'équivalent de l'obligation pour les citoyennes et citoyens de payer des impôts.Une participation de tout le monde à la vie commune. Un devoir justifiant les droits.

Bien entendu, les points 2 et 3 ne sont valables que si le point 1 est réalisé.

Écrit par : Otto Matthik | 08/11/2017

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