15/11/2017

(Re)construire l'école genevoise

En 2015, la carte scolaire a connu un chamboulement (source: Tribune de Genève): le collège de De Staël et l'école de commerce Aimée-Stitelmann ont été rendues mixtes par l'ajout d'une filière d'école de culture générale (ECG), et le cycle de la Seymaz a été fermé pour accueillir le collège de Candolle, lui-même remplacé par une nouvelle ECG. Cette année, une nouvelle école de commerce a été construite à Frontenex, et un nouvel établissement du Secondaire II devrait également voir le jour en 2022 (source: 20 Minutes).

 

L'école est victime d'un mal qui touche toutes les infrastructures publiques genevoises: la saturation. Cette saturation est notamment due à une population grandissante, une évolution dont les autorités n'ont pas suffisamment su tenir compte, mais pas seulement. L'augmentation du nombre d'élèves par classe, qui a grimpé de 18.97 à 20.55 entre 1990 et 2004 (source: DIP), continuera à grimper tant que la pénurie dans la capacité d'accueil des établissements publics perdure. Cela entraînera une diminution aggravée de la qualité de l'encadrement, tant il est difficile d'offrir une formation adéquate à chaque enfant lorsque l'enseignant-e doit s'adresser à un nombre trop important d'élèves.

 

Les écoles ne sont pas les seules touchées: l'aéroport de Meyrin-Cointrin, la gare CFF Cornavin et la prison de Champ-Dollon sont également dans une situation difficile. C'est pourquoi plusieurs projets de construction sont en cours: un nouveau terminal pour l'aéroport devrait être achevé en 2020 (source: RTS), l'extension souterraine de la gare se ferait à plus long terme (souce: Tribune de Genève) et l'agrandissement de la prison de la Brénaz a été achevé il y a deux ans, un an après la construction de Curabilis (source: Tribune de Genève).

 

On dit qu'une école en plus, c'est une prison en moins: les criminologues nous le confirment (source: Swissinfo), la criminalité étant le plus souvent le fait de personnes disposant d'une formation et de moyens d'existence insuffisants. Il faut donc mettre la priorité sur la construction de bâtiments scolaires afin de renforcer la scolarisation de la population, une décision qui incombe principalement au département des finances (DF). En l'absence d'une claire volonté politique dans ce sens (le projet de budget 2018 ne prévoit pas de nouvel établissement scolaire), le Conseil d'Etat contraint le département de l'instruction publique (DIP) de procéder à des bricolages avec très peu de marge de manœuvre, comme celui qui a eu lieu en 2015.

 

Le canton peine également à entretenir les infrastructures existantes. Les écoles sont loin d'être épargnées par cette situation, l'état piteux d'Uni Bastions et du collège de Saussure (source: Le Courrier) ayant par exemple fait l'objet de revendications adressées par les étudiant-e-s aux autorités. Le canton a également pris du retard dans le programme de désinfection des bâtiments contenant de l'amiante. Le Conseil d'Etat a certes prévu plusieurs projets de rénovation dans le budget 2018, mais il ne faudrait dans l'idéal pas attendre la chute de morceaux de béton, des infiltrations d'eau et la panne totale des lumières dans une bibliothèque universitaire pour commencer à réagir.

 

Le Grand Conseil pourrait débloquer la situation, à travers une motion déposée en 2015 (M 2277) et approuvée en commission des travaux par tous les partis, à l'exception du PLR et du PDC. Elle est toujours en attente de traitement par le Grand Conseil. Si elle est acceptée, ce serait déjà un bon pas en direction des progrès nécessaires dans le domaine des infrastructures publiques. Mais il faudra ensuite une mise en oeuvre par le Conseil d'Etat, qui ne semble pas particulièrement ouvert à la discussion sur des investissements supplémentaires (source: Tribune de Genève), bien que le DIP ait pu obtenir quelques garanties dans le domaine des établissements scolaires (source: GHI).

 

Le Parti Socialiste genevois mesure l'importance de ces questions, et adhère aux principes exprimés dans la motion susmentionnée. Le programme du parti les formule ainsi: « Le PS s'engage pour accompagner chaque projet de construction de logements de projets d'équipements publics [...] La question des établissements scolaires est lancinante. D'une part, une meilleure planification des besoins de nouveaux bâtiments et, d'autre part, la construction de ceux-ci, les rénovations et les assainissements nécessaires des bâtiments existants, ainsi que les investissements cantonaux pour ce faire sont prioritaires ».

 

Mais les moyens d'actions sont limités: en matière d'investissements publics, la décision des priorités est conditionnée par le rapport entre les forces politiques au Conseil d'Etat et au Grand Conseil. Ce rapport de forces est flou en ce qui concerne le Grand Conseil, mais au Conseil d'Etat, la droite détient une claire majorité. C'est à ce niveau qu'il s'agit d'apporter davantage d'équilibre (suivez mon regard...) afin de garantir un cadre adapté aux besoins de la population et pour assurer une scolarisation appropriée des enfants et des jeunes du canton.

Écrit par Diego Esteban dans Élections 2018 | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer |  Facebook |

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