08/12/2014

TPG: la valse des communiqués

Bref, y'avait une grève aux TPG.

La décision du SEV (Syndicat du Personnel des Transports) de faire grève le mercredi 19 novembre a fait couler beaucoup d'encre, tant pour débattre intelligemment de la situation que pour raconter des conneries en tous genres. Au rang des conneries, il y avait bien sûr les habituels quolibets haineux des primates anti-français/anti-frontaliers, mais aussi les réactions officielles de quelques partis politiques de droite donnant l'impression d'être les derniers au courant de cette grève (quand bien même tous les médias avaient mis en évidence cette nouvelle). Au total, j'ai trouvé quatre communiqués publiés à ce sujet et qui émanaient de partis. Le PS, les Verts et Ensemble à Gauche, en tant que participants au front commun soutenant la grève, ont co-rédigé le premier d'entre eux. Ils furent suivis du PLR, du MCG et de l'UDC, qui en ont écrit un chacun (sauf le MCG, qui en a fait deux), dans cet ordre, le jour même de la grève. Les autres partis (à l'image du PDC) ont préféré ne pas s'exprimer à chaud, à juste titre, sans doute. Chacun dira ce qu'il veut, mais l'analyse de ces différents communiqués, souvent écrits avec les pieds, fut relativement amusante.

 

La plus "soft" des prises d'otages

Le communiqué unitaire (à lire ici), publié la veille de la grève, devait a priori laisser suffisamment de temps aux autres partis pour réagir intelligemment. S'il devait expliquer les raisons de la grève, ce texte fut le premier à parler de "prise d'otage" (de la part du Conseil d'Etat contre la population). Ainsi, à en croire ce terme utilisé par le comité de soutien à la grève, les mesures envisagées par le Conseil d'Etat (incluant notamment une soixantaine de licenciements) mériteraient la même qualification que ce crime très prisé des terroristes. Conseil d'Etat - Al-Qaïda: même combat? Luc Barthassat serait-il le Ben Laden du bout du lac? Cet excès de langage évident a par la suite été ôté des communiqués du comité de soutien. Une prise de conscience encourageante, qui a certainement rassuré tant Max Göldi et Rachid Hamdani que le personnel de l'ambassade américaine en Iran de 1979. Le PLR (lire ici) et l'UDC (lire ici), ainsi que la Jeunesse MCG (sur une page facebook créée à cet effet), ont également parlé de "prise d'otage", cependant selon eux ses auteurs seraient non pas les membres du gouvernement cantonal, mais les syndicats et par extension tous les employés des TPG. Ainsi, le SEV serait l'Etat islamique de la Rome protestante, et Valérie Solano la version longeole du calife Baghdadi. Mais que font les USA?

 

Grève = France

C'est grosso-merdo par cet amalgame que l'UDC introduisit son communiqué de presse. Finalement, le fait que le droit de grève soit un droit fondamental inscrit tant dans la Constitution suisse que dans la Constitution genevoise ne change rien: la lutte syndicale, les gens qui expriment leur désaccord sur leurs conditions de travail, c'est si peu suisse... S'ils écoutaient Blocher, un type qui a fait sa fortune sur le dos des victimes de l'Apartheid, ils comprendraient qu'en Suisse il faut être linientreu (donc fermer sa gueule). Pour l'UDC, ce n'est pas parce qu'il y a un droit fondamental qu'il est moral de l'utiliser, car ce qu'il faut protéger en priorité, ce sont "l'économie" et la "paix du travail" (une bonne partie des salarié-e-s vous parleront sans doute plutôt d'une "trève du travail", vu les tensions qui ont conduit à la grève), et non pas les gens qui choisissent de se comporter comme de sales Français. On s'attendait au même ton au MCG (lire ici), mais le parti du "y'en a marre" a surpris: son communiqué exceptionnellement modéré a qualifié de "français" non pas le mouvement syndical, mais le Conseil d'Etat, pour avoir choisi la pire des solutions. En revanche, le MCG ne se gêna pas pour proposer six jours plus tard des coupes massives dans le DIP qui pourraient provoquer des pertes d'emploi bien plus nombreuses: faites ce que je dis, pas ce que je fais (projet de slogan du MCG, refusé car jugé trop honnête).

 

Le peuple doit voter! Mais sur quoi?

Le communiqué du PLR quant à lui tient en cinq phrases. Heureusement qu'Alain-Dominique Mauris était là pour démontrer qu'un dessin vaut mieux qu'un grand discours, seulement voilà: ce dessin a sans doute été réalisé par un gamin de 3 ans pendant un tremblement de terre. Ce chef-d'oeuvre du raisonnement minimaliste nous a effectivement pondu un véritable bordel de mots-clés placés en vrac dans cinq misérables phrases. "Cette action est scandaleuse et totalement anti-démocratique!": ce que le Président mal-aimé du PLR ne sait pas est que la grève n'est pas un droit politique, qui implique un vote de toutes et tous les électeurs-trices, mais un droit syndical, qui implique un vote interne aux salarié-e-s de l'entreprise. De plus, vu l'urgence de la question et le temps nécessaire à l'organisation d'une votation, on voit mal demander aux Genevois-e-s de voter avant qu'il soit trop tard et que les 63 licenciements aient été décidés. Mieux vaut prévenir que guérir un mort. De plus, le PLR nous ressort la désormais classique "prise d'otages", rouspète contre les effets de la grève sans jamais les mentionner, appelle à des sanctions contre des inconnus et fait une vague référence à une loi apparemment mal comprise. Bref, voilà une belle leçon d'amateurisme de la part de celui que les membres du parti le plus fort du canton ont élu à leur tête. Prometteur en vue de la prochaine édition du prix Genferei.

 

"T'es viré": toi-même!

J'ai peu parlé du MCG, mais pourquoi devrait-il être épargné? Le ton faussement conciliateur de son (premier) communiqué cache l'agressivité avec laquelle ses élus ont l'habitude de hurler au Grand Conseil: que ce parti se mette ensuite à accuser le PDC et Luc Barthassat de "provocation", fustiger leurs "menaces" et prôner le débat "constructif", c'est le monde à l'envers. Cet esprit faux-cul poussé à l'extrême est la goutte d'eau qui fait déborder le verre! De plus, le MCG nous apprend qu'on pourrait économiser sans licenciements ni baisse des prestations, mais vu son mépris bien connu des transports publics, on peut douter de sa sincérité. A l'instar du PLR, le MCG ne détaille pas ses idées, qui restent floues tout en donnant l'impression que le parti "agit pour les citoyen-ne-s". En parallèle, critiqué sur son hypocrisie par un député PDC sur facebook, le MCG a dans un second communiqué repris la posture qui a fait sa notoriété: vu que le MCG a été élu par le peuple (comme les autres partis), dès qu'un adversaire critique le MCG, il ne respecte pas le peuple (comme quand des MCG critiquent les autres partis) et doit donc démissionner. Eric Stauffer, Roger Golay et François Baertschi (l'oligarchie monarchique à la tête du parti) ont corrigé l'absence tragique de cette rhétorique populiste dans leur premier texte, et ont immédiatement demandé la démission dudit député (pourtant élu par le peuple).

 

Y'en a qui auraient mieux fait de se taire...

L'impasse mexicaine qui résulte de cette foire aux accusations entre partis, Conseil d'Etat et syndicats n'a rien arrangé à la situation. Les employé-e-s des TPG ont dû compter sur eux-mêmes pour faire avancer les négociations avec le gouvernement, et y sont enfin parvenus, sans devoir recourir à une nouvelle grève. Mais ils n'ont guère été entendus par les principaux acteurs politiques: outre les partis qui faisaient partie du comité de soutien, seul le MCG a vaguement évoqué les raisons de la grève, donnant à celle-ci une certaine légitimité. Le PLR et l'UDC? Rien à foutre: une grève c'est une grève, quelles qu'en soient les raisons. Le terme de "prise d'otages" n'a d'ailleurs pas suffi au député Daniel Zaugg (PLR), qui parla même de "terrorisme". On sait que le problème central n'est que la quantité de fric disponible: il n'y a pas besoin de s'inventer de fausses questions de principe ou de nobles intentions pour cacher le fait que ce débat est tout simplement budgétaire. Dans ce cas, autant s'en tenir aux "prestations" et aux "moyens", seules notions ayant un semblant de pertinence dans ce contexte. Car quand certains en viennent à parler de prise d'otages ou de terrorisme, c'est soit qu'ils ont une case en moins, soit qu'ils n'attendaient qu'un prétexte pour agresser par le verbe, seule chose qui les intéresse.

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14/11/2014

Un budget tragique

Constitution genevoise:

Art. 2 Exercice de la souveraineté 
1 La souveraineté réside dans le peuple, qui l’exerce directement ou par voie d’élection. Tous les pouvoirs politiques et toutes les fonctions publiques ne sont qu’une délégation de sa suprême autorité. 
2 Les structures et l’autorité de l’Etat sont fondées sur le principe de la séparation des pouvoirs. 

 

On ne mentionnera jamais assez le fait que Genève est une démocratie. Une démocratie qui s'organise en fonction de plusieurs principes fondamentaux, dont la séparation des pouvoirs fait éminemment partie. Celle-ci n'est pourtant jamais totalement stricte, pour des raisons pratiques parfaitement compréhensibles: les budgets par exemple sont certes des actes administratifs (l'administration faisant partie du pouvoir exécutif), mais ce sont pourtant les parlements (pouvoir législatif) qui les votent.

 

La raison est légitime: le budget est non seulement l'acte politique qui dirige toute l'action de l'Etat, en raison de l'ampleur des fonds alloués à chaque politique publique, mais aussi l'acte financier qui décide ce que l'Etat pourra ou ne pourra pas faire de l'argent des contribuables, pendant un an. Le fait que le parlement (que ce soit au niveau cantonal ou communal) ait son mot à dire sur le budget donne à celui-ci une visibilité unique parmi les actes administratifs. Et c'est voulu: l'importance du budget dans l'organisation de l'Etat rend nécessaire le contrôle de son élaboration par l'ensemble des contribuables. En ce qui me concerne, je paye des impôts tant à la commune de Thônex qu'au canton de Genève, je m'estime donc légitimé à savoir ce qui est fait de cet argent.

 

Les enjeux d'un budget

 

Généralement, je n'ai pas à me plaindre de l'utilisation qui est faite de l'argent des impôts dans ma commune et mon canton, même si les budgets présentés ces dernières années ne sont pas soustraits à la critique (je pense notamment aux dépenses somptuaires et inutiles réalisées par l'exécutif thônésien en matière d'équipement des pompiers de la commune). Mais le peuple a voulu entre autres un système éducatif basé sur l'école publique obligatoire et gratuite, il a voulu des transports publics développés et à coûts réduits, il a voulu que les personnes handicapées puissent accéder à des bâtiments aujourd'hui difficiles d'accès pour elles, etc. Ces nombreux projets voulus par le Souverain ont un coût minimum non-négociable, qui justifie son financement par l'imposition. Le problème ne réside donc pas dans le simple fait de passer à la caisse.

 

Ensuite, quand un parlement vote un budget, il établit des priorités: il favorise tantôt la mobilité, tantôt la sécurité, tantôt la culture. Les communes genevoises ayant peu de pouvoirs, l'établissement du budget est généralement la prérogative n°1 de la majorité des Conseils Municipaux. Un sujet aussi grave commande donc un minimum de lucidité et de sagesse de la part des parlements. Mais ces qualités indispensables ont parfois tendance à disparaître lorsque nos élu-e-s sentent approcher les échéances électorales. La pollution du débat budgétaire par la malsaine adrénaline électoraliste est le véritable problème ici. Car sans lucidité dans les choix, ceux-ci sont mauvais.

 

Traditionnelles prises d'otage

 

Un budget préparé par la majorité politique n'est jamais censé plaire à la minorité. Cette dernière a donc parfaitement le droit de contester un budget et d'y apporter des propositions de modifications. Cela fait partie du débat démocratique: parce que toutes et tous ont été élu-e-s par le peuple, les membres des parlements ne peuvent voter un budget qu'après une discussion libre où chacun-e aura pu intervenir publiquement. Mais il ne faut jamais perdre de vue le fait qu'en acceptant de siéger dans un tel parlement, chaque élu-e accepte les règles du jeu, et est tenu-e de les respecter.

 

Le Conseil Municipal de la Ville de Genève a de nouveau fait parler de lui à ce sujet: sa commission des finances avait déjà suscité la colère d'une partie de la population l'an dernier lorsque les partis de droite avaient soutenu un certain nombre de coupes budgétaires (davantage motivées par des objectifs partisans que pour des perspectives purement budgétaires), qui ont finalement été refusées de justesse au vote final. Cette fois-ci, le budget 2015 concentrera à nouveau toute la tension politique de ce parlement réputé explosif (voir la vidéo) en une seule session, en témoigne le préavis négatif de la même commission à ce sujet mercredi dernier (lire l'article).

 

Jouer le jeu en démocratie

 

Les partis de droite (à l'exception du PDC, qui n'a pas pris position pour l'instant) s'opposent au budget 2015 tel que présenté par le Conseil Administratif de la Ville de Genève au Conseil Municipal. C'est leur droit le plus fondamental. Mais (car il y a toujours un mais) dans ce cas, il leur faut proposer une alternative, c'est la moindre des choses: en effet, quoi qu'il advienne, un budget devra être voté, donc se contenter de rejeter laconiquement toute proposition sans en avancer de nouvelles relève du chantage et de l'obstruction pure et dure. Le Grand Conseil avait dû consacrer trois sessions entières à l'élaboration du budget 2013, qui aurait dû être voté en décembre 2012, mais son adoption eut lieu avec cinq mois de retard. Faut-il s'attendre à une telle prise d'otage du financement des prestations destinées à la population?

 

Le PLR Adrien Genecand et le MCG Daniel Sormanni laissent présager un nouveau fiasco démocratique relativement au budget 2015 de la commune. Le premier affirmant que "les amendements en commission ne comptent pas vraiment", le second qu'ils vont "tenter de diminuer la voilure en plénière." Ont-ils oublié que la mission d'une commission (les deux élus précités sont membres de la commission des finances, qui prépare le budget) est de travailler sur les projets qui leur sont soumis? A l'évidence ils en sont bien conscients: ce qui les intéresse, ce n'est pas de jouer le jeu de la démocratie, mais de réserver les coups de gueule, les quolibets et les coups de force à la séance plénière, lorsqu'ils pourront se livrer à des joutes oratoires face aux caméras. On en est là: l'irrespect de la démocratie est poussé à l'extrême, quand on observe que des élu-e-s préfèrent draguer des caméras de télévision que d'agir pour l'intérêt de la population.

 

Un serment, ça se respecte!

 

C'est pourquoi j'en appelle à MM. Genecand et Sormanni, ainsi qu'à chacun-e de leurs collègues qui placent leur réélection en priorité devant leurs devoirs d'élu-e-s du peuple, de revenir à la raison. Le conflit ne doit pas être un objectif constant, car la politique n'est pas un jeu. En guise de conclusion, je vous invite, MM. Genecand et Sormanni, à relire le libellé des valeurs que vous avez juré (ou promis) de garder à l'esprit tout au long de votre mandat, lorsque vous avez prêté serment en 2011:


Règlement du Conseil Municipal de la Ville de Genève: art. 9 Serment

1 Les membres du Conseil municipal prêtent le serment suivant:

«Je jure ou je promets solennellement d’être fidèle à la République et canton de Genève; d’obéir à la Constitution et aux lois et de remplir consciencieusement les devoirs de ma charge; de garder le secret de fonction sur toutes les informations que la loi ne me permet pas de divulguer.»

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30/12/2013

La stigmatisation des politiciens?

A lire ce qui est écrit ça et là, dans les journaux ou sur internet, on pourrait penser que - comme il y a maintenant fort longtemps - les "gouvernants" et les "gouvernés" sont deux catégories de personnes strictement distinctes l'une de l'autre. Or, la démocratie a justement pour vocation de tempérer la délimitation autrefois imperméable entre ceux qui détiennent le pouvoir, et ceux qui n'en ont aucun: par conséquent, aujourd'hui en Suisse, chacun-e a le droit de faire valoir sa voix, chacun-e partage le pouvoir étatique avec ses concitoyen-ne-s et chacun-e peut même être élu-e par le peuple sans condition préalable (ou plutôt, sans condition préalable insoutenable).

 

De ce fait, on voit que le principe du politicien-citoyen, ou politicien de milice, est pleinement réalisé: le gouffre que l'on constate entre les élites et la population dans des pays comme la France est inexistant de ce côté de la frontière. J'aime prendre comme exemples Stéphane Florey, chauffeur aux TPG et élu au Grand Conseil, Anne Emery-Torracinta, institutrice et Conseillère d'Etat, ou encore Caroline Marti, étudiante devenue benjamine du Grand Conseil genevois, pour illustrer la réalité du rapport entre élus et population, loin des assemblées parlementaires ou organes gouvernementaux apparemment réservés aux avocats et aux chefs d'entreprise, dans le pire des cas à des politicien-ne-s professionnel-le-s, avares du pouvoir.

 

Par ces écrits, je réagis notamment à cette citation de Frédéric Bastiat, aperçue il y a quelques jours sur le compte facebook du jeune libéral-radical genevois Laurent Naville:

"Partira-t-on toujours de cette fatale hypothèse, que tous les gouvernants sont des tuteurs et tous les gouvernés des pupilles ?"

Pour de très nombreuses personnes, cette phrase est d'une actualité irréfutable en Suisse, quand bien même son auteur (français) naquit en 1801, il y a plus de deux siècles. Pourtant, il n'en est rien: les "gouvernants", en Suisse, font partie du peuple, ils sont simplement des citoyens auxquels une fonction supplémentaire a été conférée démocratiquement. Ils sont comme nous!

 

Une autre richesse que nous offre la politique suisse est l'accessibilité des autorités. L'expérience nous montre quotidiennement que l'erreur est humaine, et que nous ne sommes pas toujours en mesure de réparer celles que l'on commet soi-même. Ainsi, les "gouvernants" étant des êtres humains comme vous et moi, ils commettent des erreurs face aux conséquences desquelles ils peuvent parfois être impuissants, et notre système politique nous permet aisément de contacter ces "gouvernants" pour leur reprocher ces erreurs. Il n'est donc pas question de "tuteurs" ou de "pupilles", mais bien d'échanges entre êtres humains égaux.

 

Cette accessibilité des autorités que l'on trouve en Suisse est extraordinaire. Aller au contact des élu-e-s du peuple est en effet une tâche aisée: l'accès à leurs séances et à leur contenu est ouvert, les possibilités de contact sont étendues, d'autant plus si l'on côtoie ces élu-e-s au quotidien (en effet, dès lors que les fonctions parlementaires et - dans certains cas - gouvernementales sont fréquemment combinées avec l'exercice d'un emploi extérieur à ces fonctions, on se retrouve parfois avec un-e élu-e parmi nos collègues de travail). Pourtant, cette possibilité de contacter les élu-e-s est rarement utilisée par les personnes qui se plaisent à critiquer leurs représentant-e-s, ce qui est pour le moins étrange: quand on veut demander des comptes à une personne, ne les lui demande-t-on pas directement?

 

Je prends l'exemple d'un conflit qui oppose actuellement le député PDC Vincent Maitre au chroniqueur Pascal Décaillet, celui-ci accusant le premier de se moquer du mandat que lui ont conféré les Genevois-es. En effet, Vincent Maitre n'a pas encore siégé au Grand Conseil depuis sa réélection le 6 octobre dernier, il n'a donc même pas pu prêter serment pour inaugurer formellement son nouveau mandat. En substance, Pascal Décaillet l'accuse d'avoir probablement été élu rien que pour la gloire de la fonction, sans montrer de vocation à participer à la résolution des problèmes qui frappent aujourd'hui le canton. Cependant, face à ces accusations relativement graves, Vincent Maitre a réagi en expliquant, par le biais d'une lettre ouverte, que son absence était due à des problèmes de santé (qui sont parfois à ce point graves qu'en parler à sa famille est déjà une épreuve, donc en parler aux médias...) qui l'empêchent de siéger, et qu'il aurait été plus simple, logique, et moins désagréable que Pascal Décaillet lui demande directement les raisons de son absence prolongée.

 

Si la "posture citoyenne" que Pascal Décaillet affirme garder en est réellement une, elle nous révèle un sérieux problème de fond: en effet, il ne vient donc même plus à l'esprit des journalistes les plus aguerris de demander des comptes directement aux politiciens concernés, puisque les rumeurs ou le doute leur suffit pour formuler des hypothèses accusatrices. Ce problème a de surcroît une portée plus large: les menaces de mort constituaient le quotidien des candidat-e-s au Conseil d'Etat durant la campagne, comme me l'ont révélé plusieurs d'entre eux. Ces menaces anonymes montraient justement qu'il n'est jamais venu à l'esprit de leurs auteurs qu'ils pouvaient directement et facilement demander des comptes à leurs victimes, au lieu de passer par des procédés qui peuvent leur faire valoir une plainte pénale ayant de grandes chances d'aboutir.

 

Face à cette histoire entre MM Pascal Décaillet et Vincent Maitre, j'ai le désagréable sentiment que les politiciens font l'objet d'une guérilla auto-proclamée "citoyenne" dirigée à leur encontre: aux yeux de la population, les politiciens forment une "caste" homogène, et dont les pires éléments sont représentatifs de tous les autres. Mais c'est faux: penser que tous les politiciens ressemblent aux plus irrespectueux, insultants, ou indignes des élu-e-s revient à stigmatiser des personnes sur l'unique base de leur fonction étatique, et cela sans fondement justifiable.

 

Les politiciens ne sont pas tous pourris, loin de là. Le procès intenté contre Vincent Maitre est sans aucun doute disproportionné, sans tenir compte du fait qu'il émane d'un auteur n'ayant jamais mis en cause l'élu MCG Thierry Cerutti, absent pendant plusieurs mois du Conseil municipal de Vernier sans justification valable (alors qu'il siège sans problème au Grand Conseil en même temps). Cependant, le sentiment anti-politiciens ambiant, hérité des plus bruyantes cacoglottes de la politique francophone, de Marine le Pen à Eric Stauffer, est hélas largement adopté.

 

Cette tendance mérite une réaction qui valorise le travail mené par l'extrême majorité des élu-e-s (ainsi que des politicien-ne-s non-élu-e-s, ne les oublions pas), si peu reconnus pour leurs qualités et leurs actions pourtant louables, faute de quoi l'aboutissement serait une stigmatisation aveugle des politiciens. Et pourquoi donc? Ben... simplement parce que ce sont des politiciens!

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20/11/2013

Pagani et Barazzone, un cul entre deux chaises

Le 6 octobre dernier, Rémy Pagani, déjà Conseiller administratif en ville de Genève, fut élu député au Grand Conseil du canton de Genève. Nombre d'observateurs se sont demandés comment l'ancien maire de Genève pourrait assumer simultanément ses deux fonctions, tant la charge de membre de l'exécutif communal genevois est exigeante, et celle de député chronophage. Le 12 novembre dernier, suite à l'élection du Conseiller national Luc Barthassat au Conseil d'Etat, Guillaume Barazzone fut soumis au même interrogatoire: en effet, Conseiller administratif en ville de Genève également depuis un an, il a annoncé qu'il accepterait de remplacer l'agriculteur Bardonnésien aux Chambres dès la prochaine session de l'Assemblée fédérale. Alors que la Ville de Genève est un des plus grands centres urbains de la Suisse, il est surprenant de voir deux des cinq membres de son exécutif prendre des responsabilités politiques conséquentes en sus de celles qu'ils assument déjà. Le choix de ces deux hommes pose des questions de principe, mais également d'autres - très concrètes - sur leur capacité individuelle à siéger.

 

Sur le plateau de Léman Bleu mardi soir, Rémy Pagani affirmait qu'il ne siégerait "que" dans deux commissions parlementaires du Grand Conseil (dont la commission de l'enseignement supérieur, qu'il présidera pendant un an), en sus de sa charge de Conseiller administratif. Ses détracteurs lui reprochent sa volonté de s'accrocher désespérément au pouvoir et de tromper ses électeurs: partant du principe qu'il est impossible pour lui de réellement prendre le temps d'exercer pleinement toutes ses fonctions politiques en même temps, ils prédisent qu'une telle dispersion de son travail ne pourra aboutir qu'à un engagement diffus et insuffisant, péjorant tant le travail du canton que celui de la ville. Ils sous-entendent également que ce cumul de mandats procède de la cupidité, puisqu'il toucherait les jetons de présence du Grand Conseil en plus de son salaire de Conseiller administratif. A cet argument, les soutiens politiques de Rémy Pagani répondent que ce dernier reversera de toutes façons 75% de ses jetons de présence à son parti (SolidaritéS) et n'en encaissera qu'une petite partie. Ils relèvent aussi qu'il a déjà siégé en tant que député entre 1997 et 2005, son expérience lui permettant parfaitement d'assumer son mandat en maîtrisant tous ses aspects. Cependant, ils ne disent rien du fait que si Rémy Pagani avait refusé de siéger au Grand Conseil, il aurait ainsi laissé sa place à Vera Figurek, une jeune femme qui représente la relève d'un parti vieillissant et peinant à se renouveler.

 

Dimanche 4 novembre 2012, le député PDC Guillaume Barazzone fut brillamment élu au Conseil administratif de la ville de Genève (il attendit cependant près de trois mois avant de quitter son siège au Grand Conseil). Désormais, il siégera tant au Conseil national qu'à l'exécutif communal genevois, un cumul pour le moins ambitieux, sachant qu'il débute dans chacun de ses deux rôles. En effet, Guillaume Barazzone n'a jamais siégé au niveau fédéral, et achève sa première année dans un exécutif (communal) après une dizaine d'années passées au législatif communal, puis au Grand Conseil. Cherchant à témoigner de sa bonne volonté, il annonçait mardi son intention de reverser une partie conséquente de ses jetons de présence à la ville de Genève: de la poudre aux yeux, selon ses opposants. Sachant qu'il faut plusieurs années avant de maîtriser la fonction de parlementaire fédéral et les dossiers thématiques y relatifs, certains doutent de la capacité de Guillaume Barazzone à remplir ses fonctions de manière proactive: si toutefois il devait y arriver, n'oublions pas qu'au moins quatre sessions fédérales de trois semaines consécutives chaque année, entrecoupées de plusieurs séances de commissions, constituent l'agenda de base de l'élu national. Dans quelles commissions siégera-t-il? A quelle fréquence participera-t-il aux séances? A ma connaissance, le principal intéressé n'a pas encore été amené à répondre à ces questions.

 

Sur la base des éléments présentés ci-dessus, il est difficile de voir d'un bon œil le cumul des mandats qu'effectueront Rémy Pagani et Guillaume Barazzone. Ces cumuls mettent cependant en avant l’ambiguïté de l'engagement politique des deux hommes: lors des élections administratives (2011) et cantonales (2013), respectivement lors des élections fédérales (2011) et partielles (2012), les Conseillers administratifs susmentionnés ont pris des engagements différents envers des électeurs différents. Pour être crédibles, Rémy Pagani et Guillaume Barazzone vont donc devoir jongler habilement entre deux rôles souvent antagoniques (même si l'élu de SolidaritéS n'adopte qu'une seule et même attitude d'opposition, qu'il se trouve dans un législatif ou dans un exécutif). La partie n'est de loin pas gagnée d'avance, tant la frontière entre la polyvalence et la posture de celui qui se trouve avec le cul entre deux chaises, assis que d'une fesse sur chacune d'entre elles, est maigre. 

 

Et vous, que pensez-vous du cumul de mandats, particulièrement entre des mandats parlementaires, respectivement gouvernementaux?

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15/11/2013

Les faits divers sont avant tout des tragédies humaines

Mercredi 13 novembre 2013, le Parlement des Jeunes Genevois organisait un débat entre jeunes et politiciens. Le terrible accident de la rue de Lyon, ayant causé la mort d'une personne et grièvement blessé 4 autres personnes, s'est déroulé sous leurs yeux.

L'ensemble des personnes présentes au Parlement des Jeunes ont souhaité exprimer leur ressenti face à ce drame.

Nous avons écrit le texte suivant:

Nos pensées vont tout d'abord aux victimes et à leurs proches. Aucun mot ne sera jamais suffisamment fort pour décrire leur douleur, ni la soulager. 

Nous tous, signataires, ne pouvons que dénoncer l'injustice de la vie dont nous avons été brutalement témoins et l'irresponsabilité des auteurs. Nous tenons à saluer l'intervention des secours et de la police qui, dans une situation si critique, ont su aussi gérer humainement l'ensemble des témoins pour qui la blessure n'est pas moins grande. Les sentiments nous traversant tous sont multiples. La colère, le sentiment d'impuissance, l'idée de vengeance, la fatalité, le dégoût, l'incompréhension sont des sentiments partagés par toutes les victimes, tous les témoins de catastrophes.

Mais cet événement souligne le contraste saisissant d'une jeunesse engagée qui cherche d'un côté à construire la démocratie de demain face à l'inconscience d'autres jeunes qui, au mépris de la vie d'autrui, la détruisent de l'autre côté au volant de leurs puissants bolides. Et pourtant, il y a un point commun entre les chauffards, les victimes, les proches et plus largement tous les témoins de cette tragédie: ils seront tous marqués à vie par cet accident.

Nous, jeunes et moins jeunes, présents ce soir sur les lieux alors que nous nous débattions pour faire vivre notre démocratie, nous nous engageons à garder ce drame en mémoire. Il restera pour nous une leçon de vie, de citoyen et de citoyenne. Nous nous trouvons renforcés dans nos convictions qu'une société démocratique active, qui sait tisser des liens entre les individus, est la plus à même à prévenir et gérer de tels événements.

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Valentin

Gaëtan

Ilias

Alexandre

Victor

Alexis

Jeremy

Segen

Glenn

Alia

Nicolas

Diego

Lucie

Timothée

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