21/03/2016

Genève n'est pas Vaud

Dimanche, les Vaudois ont accepté, à une majorité écrasante, l'accord interpartis sur la troisième réforme de l'imposition des entreprises (RIE III). Le canton était ainsi le premier de Suisse à voter un tel projet, qui plus est par anticipation, le parlement fédéral devant voter en juin seulement la loi-cadre qui instaurera la nouveauté demandée à la Suisse par la communauté internationale: l'unification du taux d'imposition, en lieu et place de deux taux distincts (à Genève par exemple, les sociétés "ordinaires" sont imposées autour de 23%, les sociétés "à statut" autour de 10%). Malgré des appels nombreux formulés à l'endroit de la classe politique genevoise pour imiter nos voisins, il est manifeste que le modèle vaudois est difficilement transposable à Genève.

 

Si Vaud a réussi à trouver une solution consensuelle, cela est principalement dû aux dynamiques politiques particulières du canton. Deux partis (PLR et PS) détiennent une large majorité des sièges au niveau cantonal, et lorsqu'ils ont décidé de s'asseoir à la même table pour négocier une solution, chacun acceptant par ce fait de ne pas obtenir tout ce qu'il souhaite pour en obtenir au moins une partie, ils partaient déjà avec une bonne longueur d'avance sur un succès. Contrairement à Genève, le PS y est davantage un parti institutionnel qu'un parti d'opposition, et le PLR y est composé davantage d'anciens radicaux que d'anciens libéraux (donc une posture moins "anti-Etat" qu'à Genève). Enfin, il faut relever que deux sommités du monde politique romand (Pierre-Yves Maillard, PS, et Pascal Broulis, PLR, tous deux anciens candidats au Conseil fédéral) ont mené les discussions, et que la réforme vaudoise a donc pu bénéficier d'un leadership important.

 

A Genève, les dynamiques sont plus complexes, car au Grand Conseil, il faut au moins trois partis pour former une majorité, et aucun de ce qu'on appelle les "trois blocs" (gauche, droite et extrême-droite) n'en a la capacité. Le compromis à la vaudoise semble encore moins probable lorsqu'on se rend compte que chaque "bloc" est lui-même clivé, ces alliances reposant le plus souvent sur un contexte électoral, leur durabilité au fil de la législature est donc plus que douteuse. Mentionnons enfin que le duo Maillard-Broulis n'a pas "d'alter ego" genevois.

 

L'accord vaudois a été quasi-unanimement reconnu comme équilibré. Il comprenait un taux à 13.8% qui était suffisamment bas pour rassurer ceux qui craignent qu'une fiscalité trop contraignante fasse fuir les entreprises, ainsi que diverses mesures étendant la protection sociale de la population, dont un droit à un subside partiel d'assurance-maladie dans les cas où le montant des primes dépasse 10% du revenu. Relevons que lesdites mesures ne compensent pas les pertes fiscales que provoquerait une baisse globale du taux d'imposition, mais le canton de Vaud peut se le permettre, vu sa santé financière notoire.

 

Genève, au contraire, vit une double crise économique. Une crise des recettes d'abord, plombée par 15 ans de baisses d'impôts (évaluées à plus d'un milliard de francs par an selon la Tribune de Genève). Une crise de la dette ensuite, qui a nettement augmenté depuis le début du siècle, en particulier, par exemple, en raison du sauvetage de la BCGE par l'Etat. Un éventuel accord genevois devra donc miser sur une solution qui ne baisse pas les recettes ni n'augmente la dette. En vertu de ce qui précède, il faut donc soigneusement distinguer les acteurs et le contexte entre les deux cantons, afin de comparer ce qui est comparable.

 

Dans la mesure où c'est le Conseil d'Etat, en particulier son ministre des finances Serge dal Busco (PDC), qui détient toutes les informations, il faut en premier lieu s'intéresser à ce qu'il propose. En son temps, le prédécesseur de Serge dal Busco, David Hiler (Verts), avait affirmé que Genève suivrait la voie d'un taux à 13%, et le gouvernement cantonal s'en est tenu à cette posture depuis lors, même après son départ. Sur le plan politique, un taux à 13%, pris individuellement, impliquerait des baisses de recettes se chiffrant à plusieurs centaines de millions de francs par an auxquelles il est certain que la gauche ne pourra pas souscrire, sous réserve d'éventuelles compensations. Or, sur ce plan-là, le gouvernement cantonal a avancé une proposition de compensations sur les charges patronales tant dans l'économie privée que publique, pour une somme dérisoire. Mais au-delà de l'annonce du taux et d'éventuelles compensations, Serge dal Busco s'est laconiquement contenté d'affirmer que nous n'aurons pas plus de nouvelles avant que le parlement fédéral vote en juin.

 

Le Conseil d'Etat en fonction depuis fin 2013 s'est montré à de nombreuses reprises incapable de fédérer les acteurs politiques, notamment sur des sujets importants, comme le budget 2016, dont l'entrée en matière a été refusée à la quasi-unanimité du Grand Conseil. Je rectifie: le Conseil d'Etat sait fédérer... contre lui. En matière de finances, Serge dal Busco ne se montre pas très compétent dans la défense des projets gouvernementaux, souvent refusés, ou du moins fortement contestés. Il s'agit probablement d'une des raisons pour lesquelles le Conseil d'Etat a décidé de ne pas lui laisser l'entier de la responsabilité du chantier de la RIE III, le flanquant pour l'occasion de Pierre Maudet (PLR) et Antonio Hodgers (Verts) au sein d'une délégation gouvernementale.

 

Les communes se montrent actuellement très méfiantes vis-à-vis du manque de communication du Conseil d'Etat, et pas seulement au sujet de la RIE III. Et pour cause: leurs pertes fiscales en cas de taux à 13% s'élèveraient, pour plusieurs d'entre elles, à des millions de francs par an. Raison pour laquelle les six plus grandes communes (toutes membres de l'Union des villes genevoises) sont sur le qui-vive et tentent avec insistance de convaincre le gouvernement d'ouvrir un dialogue. Le PS fut le premier parti à réagir, en mettant sur la table un début de solution: le plus grand parti de gauche estime que le plus important est d'aboutir à une situation qui ne mette pas en danger les prestations publiques (donc: objectif 0 pertes fiscales), sur la base d'une équation équilibrée, dont le taux n'est que l'une des inconnues. Le PS est ouvert à tout taux entre 13% et 16%, à condition que les éventuelles pertes fiscales soient compensées ailleurs.

 

Ces démarches suffisent-elles à entamer un dialogue? Assurément non, puisque les autres partis sont restés relativement muets sur la question. On peut se douter qu'un éventuel accord pourrait se dégager entre les partis dits gouvernementaux, sous réserve de l'imprévisible MCG. Cependant, il faut remarquer que le retrait à Serge dal Busco de la responsabilité exclusive du dossier RIE III (une sorte de mise sous tutelle masquée) fait suite à une situation similaire concernant l'autre PDC au Conseil d'Etat Luc Barthassat fin 2014. Le PDC est ainsi mis sous pression, ses deux ministres se devant de réussir sur au moins un dossier majeur; sinon, le bilan gouvernemental du parti sera particulièrement mauvais. Cette situation intéresse potentiellement le PLR, qui souhaite regagner son troisième siège perdu en 2013 au profit du PDC. En automne 2015, PLR et PDC ont signé un accord stipulant que l'entente enverrait 5 candidats (2 PDC et 3 PLR) au Conseil d'Etat. Il est pressenti que François Longchamp ne se représentera pas, et les noms évoqués actuellement sont tous issus de l'aile libérale, qui ne compte plus de représentant au gouvernement depuis l'éviction d'Isabel Rochat: Nathalie Fontanet, Cyril Aellen et Benoît Genecand. L'ultralibéral Cyril Aellen n'est pas connu pour être un fan du compromis; ses projets aboutissent souvent à une majorité PLR-extrême-droite, contre une minorité gauche-PDC. Son rôle sera déterminant pour l'avenir de l'entente, puisque le PDC est conscient qu'avec la RIE III se joue une partie de son avenir électoral.

 

C'est ainsi que l'on se rend compte de l'urgence de la situation: la méga-période électorale que connaîtra le canton (cantonales en 2018, fédérales en 2019, municipales en 2020) approche à grands pas. Si la Genève politique ne se met pas d'accord d'ici un an environ, il sera trop tard pour le compromis. En effet, un parti ne gagne une élection qu'avec une identité politique claire et convaincante, et la culture du compromis en fait rarement partie: en campagne, c'est le dogme qui compte. Le "premier pas" du PS est encourageant à ce titre, en cela qu'il invite les autres partis à mener le débat en lieu et place d'un Conseil d'Etat qui manque singulièrement d'anticipation. On espère que l'invitation trouvera réponse.

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16/02/2016

Caserne des Vernets: pas si vite!

Doit-on avoir du logement à tout prix? C'est la question fondamentale que je me suis posée au moment de faire mon choix sur le huitième objet cantonal des votations du 28 février. La question du coût a toujours été un élément majeur de l'élaboration de projets de logement, et nombre de ceux-ci ont été rejetés sur cette base. Les finances cantonales et communales ne sont effectivement pas encourageantes, et l'inquiétude ambiante se cristallise dès que l'on parle de logement: les psychodrames tels que ceux qu'ont connus Bernex ou encore Veyrier restent encore bien présents dans les mémoires.

 

La question ici posée par le Groupe pour une Suisse sans armée (GSsA) est différente. Le GSsA ne s'oppose pas au déménagement voulu par la Grande Muette (qui ne souhaite plus maintenir une caserne au plein milieu d'un centre urbain), et ne s'oppose pas non plus à la réalisation du PAV (plus grand projet de logement du canton), contrairement à ce que la campagne-procès d'intention du Conseiller d'Etat Pierre Maudet et de l'ensemble de la droite cantonale laisserait supposer. Le GSsA ne s'oppose pas au paquet de financements destinés à l'armée votés récemment par le Grand Conseil dans son ensemble, car seul celui qui figure dans votre bulletin de vote suscite une certaine opposition: les 21 millions en grande partie destinés au "défraiement" du déménagement de la caserne des Vernets vers Meyrin-Mategnin.

 

Premièrement, l'armée n'a pas à se comporter comme une entreprise privée qui invoquerait comme n'importe quel particulier le droit fondamental de la garantie de la propriété: elle est un service de l'administration fédérale, et doit ainsi répondre à l'intérêt public. Ce qui implique que, dans un canton en pénurie séculaire comme Genève, la construction de logements doit automatiquement prendre le dessus vis-à-vis d'un droit de superficie, tel que celui que détient l'armée sur le site des Vernets. Il est absurde de caresser ainsi un service étatique dans le sens du poil, alors qu'il est censé répondre à l'intérêt public, qu'il soit grassement défrayé ou non. Les éventuelles compensations financières destinées à l'armée ne doivent pas être une condition de son départ: l'armée doit quitter le centre-ville, point final. Les éventuelles contestations financières doivent intervenir a posteriori uniquement, et, contrairement à ce qui a été voté par le Grand Conseil, elles devront être rediscutées pour tenir compte du fait que l'armée nous rend un terrain particulièrement pollué, pour en faire reposer l'ensemble des coûts d'assainissement sur le dos du contribuable, bien entendu.
 
 
Deuxièmement, la Confédération doit faire preuve d'un minimum de cohérence: elle a bloqué jusqu'à nouvel ordre toute demande de déclassement de terrain sur sol genevois, au motif (légitime) que le canton sous-utilise ses terrains constructibles. Il devrait en découler un corollaire, celui pour la Confédération de ne pas freiner les efforts d'utilisation de ces terrains constructibles par des contraintes financières exagérées, comme cette somme de 21 millions! Ces 21 millions sont d'ailleurs inexigibles par l'armée: pour le démontrer, le GSsA invoque à juste titre l'exemple d'une situation similaire au Tessin, où un tel "défraiement" était hors de question. L'armée a donc assumé seule les coûts d'un déplacement de caserne dans le cadre de ses capacités budgétaires (grosso-modo 4 milliards de francs). Demander plus de 20 millions pour un acte effectué gratuitement ailleurs est ce qu'on appelle en langage juridique "un vrai foutage de gueule".
 
 
Troisièmement, les finances publiques souffriront une nouvelle fois d'une dépense somptuaire évitable. Alors que la droite majoritaire prétend couper pragmatiquement toute dépense injustifiée, au moyen de restrictions disproportionnées, et pour des motifs souvent dénuées de base factuelle, imposées aux domaines du personnel de l'Etat, des prestations sociales ou des investissements, elle refuse à la fois de retirer à l'Etat les compétences qu'elle juge trop coûteuses, de même qu'elle refuse simplement d'envisager toute nouvelle recette pour les caisses de l'Etat (même les plus supportables). Cette vision austéritaire des finances publiques est si rigide, que l'acceptation par la droite de cette somme de 21 millions est incompréhensible, sauf en se rappelant que l'armée est une "chasse gardée" de la droite, et que lui faire des largesses au niveau budgétaire aboutit de son côté à un probable retour sur investissement en termes de gain d'électeurs.
 
 
Pour conclure, je rappelle que l'armée est tenue de partir: si elle retarde la construction de logements en annulant son déménagement, pour la simple et mauvaise raison qu'elle n'a pas reçu de compensation financière de la part du canton de Genève, il faudra la pousser au départ, en vertu du besoin prépondérant de construire des logements, qui dépasse nettement son intérêt à garder son droit de superficie. Ensuite, le fait que l'armée fasse partie de l'appareil étatique la rend sujette à des directives venant du Conseil fédéral. C'est au Conseil d'Etat d'expliquer à ce dernier non seulement que les infrastructures de l'armée relèvent du budget de la Confédération et non des cantons, mais également que l'utilisation optimale des terrains constructibles ne peut souffrir un obstructionnisme injustifiable de l'armée. Refuser ce projet en votation signifie que le déménagement de l'armée n'est pas contesté, mais encouragé. C'est son coût pour le canton qui devra être revu à la baisse par le Conseil d'Etat. Si l'armée empêche la réalisation du PAV en restant, des mesures de rétorsion à son encontre devront être décidées. Quant aux questions financières, elles devront être renégociées par le Conseil d'Etat devant le Conseil fédéral, de façon plus favorable aux finances et aux contribuables du canton de Genève.
 
 
Pour toutes ces raisons, je vous invite à voter NON au crédit d'investissements relatif au déménagement de la caserne des Vernets à Meyrin-Mategnin.

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06/01/2016

Catégoriser les jeunes? Impossible!

Lettre ouverte adressée par le Parlement des Jeunes Genevois (PJG) aux médias.

 

Catégoriser la jeunesse : une tâche impossible très prisée dans le débat public

Fin 2015, certains médias avaient une fâcheuse tendance à pratiquer le simplisme lorsqu’ils abordaient un sujet touchant « les jeunes ». Trop souvent, ils ne résistaient pas à l’envie de coller à ces jeunes une étiquette unique. Notre génération doit ainsi subir les conséquences déplorables d’un certain journalisme se contentant de généraliser, alors que – et nous allons tenter de le démontrer – la jeunesse ne se laisse que difficilement catégoriser. Espérons que le monde médiatique prenne pour 2016 la résolution de voir les 50 nuances de gris qui caractérisent les jeunes, et abandonne le portrait noir et blanc qu’il dépeignait généralement jusqu’à présent.

 

« Les jeunes votent UDC » ?

Suite aux dernières élections fédérales, le Matin dimanche du 25 octobre titrait sans nuance dans une manchette : « les jeunes votent UDC ». Cette affirmation présentée comme une révélation remplaçait ainsi la caricature du jeune votant à gauche qui prédominait jusqu’à présent. Ce type de formulation essentialiste est vide de sens et déforme la notion de « jeunesse » : seul le choix politique le plus populaire des jeunes votants est mentionné, au détriment de tous les autres choix (ou non-choix). En réalité, le Matin avait réalisé un sondage sur un échantillon de quelques centaines de jeunes votants : ses résultats plaçaient l’UDC (25%) devant le PS (23%). Si l’on prend les résultats des élections pour l’ensemble de la population, l’UDC a récolté près de 30% des voix ; et à notre connaissance, aucun média n’a titré que « les aînés votent UDC » !

 

La jeunesse est plurielle

De plus, il est étonnant de la part du quotidien de sous-entendre que le comportement des jeunes qui votent est représentatif de toute la jeunesse, alors que seul un jeune sur trois vote. L’ampleur du phénomène abstentionniste en Suisse limite ainsi de facto drastiquement toute tentative de généralisation de la jeunesse. Cependant, les titres sensationnalistes des médias ne connaissent aucun obstacle. Pas même ce rapport (« Ma Suisse et moi ») de la Commission fédérale pour l’enfance et la jeunesse (CFEJ) datant de juin dernier qui constate que les positionnements politiques des jeunes ne diffèrent que peu de ceux de leurs aînés. Selon ce rapport, « la jeunesse n’est pas uniforme » ; « il serait plus juste de parler de jeunesses […], pas une jeunesse ». Le monde médiatique aurait beaucoup à apprendre des constats de la CFEJ.

 

Les jeunes ne sont pas interchangeables

Le Parlement des Jeunes Genevois (PJG) a de son côté vécu très directement les effets négatifs du traitement médiatique des jeunes : dans un reportage diffusé le 10 novembre au 19:30, certains membres du PJG avaient été mis en scène pour que leurs propos soigneusement coupés illustrent certains résultats jugés réactionnaires d’une étude sur les jeunes. Pourtant, lors du tournage, ils avaient été invités à exprimer leur voix propre avec ses nuances et sa singularité. En visionnant les séquences vidéo, les personnes concernées ont eu l’impression d’avoir été instrumentalisées, associées à un message auquel elles n’adhèrent pas à titre personnel. Comme si tout jeune était interchangeable.

 

Généralisations offensantes

La diversité qui caractérise la jeunesse est également à relever à la lumière des événements du 19 décembre dernier à Genève. En effet, à l’issue d’une manifestation qui a mal tourné, « les jeunes » furent pointés du doigt pour les tags, les vitres cassées et autres déprédations constatées. « Tous dans le même sac » : c’est le message blessant qu’ont ressenti plusieurs membres du PJG. Notre association s’engage pourtant pour la culture de la nuit avec 34 autres associations de jeunes au sein du « Collectif pour une vie nocturne riche, vivante et diversifiée » : ces nombreux jeunes qui ont choisi des voies démocratiques pour faire entendre leurs revendications ont ainsi été assimilés à une petite minorité d’autres jeunes ayant choisi la violence. Que plusieurs personnes, dont des élus du Grand Conseil, aient parlé sans nuance de « jeunes » sur les réseaux sociaux pour désigner les auteurs de la casse est tout simplement indécent.

 

Nous ne nions pas que des jeunes votent UDC, commettent des déprédations, aillent au Grand Théâtre et jouent au Scrabble. Il est cependant essentiel pour les médias de savoir manier la nuance lorsqu’elle est nécessaire. Réduire la jeunesse à une entité uniforme et homogène, c’est prendre le risque d’une part de provoquer des stigmatisations indésirables à l’égard des jeunes différant de la « norme », d’autre part d’accentuer le sentiment d’altérité que les jeunes ressentent à l’encontre d’institutions et de médias qui ne cherchent pas assez souvent à les comprendre. La jeunesse est plurielle, inclassable en tant que telle, à l’image des adultes : inutile d’essayer de la catégoriser, cette tâche est impossible.

 

Sylvain Leutwyler, Président du PJG
Diego Alan Esteban, Vice-Président du PJG

10/11/2015

Commémorer dignement la fusillade de 1932

Pour la première fois hier soir, je me suis rendu à Plainpalais, pour commémorer les victimes de la fusillade commise il y a 83 ans, à quelques mètres de l'endroit depuis lequel j'écris ce billet.

 

Commémorer la fusillade de Plainpalais, c'est rappeler l'histoire de la répression - et du meurtre - de manifestants venus clamer leur opposition au fascisme, à une époque où l'Union Nationale (parti suisse antimarxiste et antisémite, sympathisant des nazis) de Géo Oltramare comptait 15 députés au Grand Conseil genevois. C'est rappeler que l'antifascisme est une idéologie qui dépassait déjà les simples frontières partisanes avant même le début de la seconde guerre mondiale. S'opposer au fascisme, c'était (et c'est) s'opposer à l'idéologie de la haine, de la domination, de la division par excellence.

 

La fusillade de Plainpalais représente le paroxysme, à l'échelle genevoise, des tensions politiques des années 30. Les gaffes des autorités de droite de l'époque, largement aidés par une armée incompétente et répressive (dont les recrues inexpérimentées tuèrent 13 manifestants et badauds non-armés), leur ont valu une lourde sanction politique de la part des Genevois en deuil. Cet événement a ensuite mené à une division historique du socialisme qui perdure encore aujourd'hui. Je m'attendais donc logiquement à une commémoration solennelle, reposant sur le message simple et rassembleur de: "plus jamais ça".

 

Je fus déçu en mal. Certes, comme le veut la coutume, on prononça les noms des victimes pendant que les participants à la commémoration déposaient des fleurs au pied du monument. Mais la part de superflu était impressionnante: des banderoles "save the refugees", des pancartes de soutien à la grève de ce mardi, des discours contre le "paquet Berset" et la réforme de l'AVS, etc. J'étais venu pour commémorer un événement symbolique de l'anti-fascisme, j'ai eu l'impression de me retrouver au beau milieu d'un rassemblement d'Ensemble à Gauche, devant subir les mêmes discours que j'entends à n'importe quel événement politique, avec les mêmes arguments, les mêmes revendications. Plusieurs messages brouillés dans une masse hétérogène où les victimes de 1932 disparaissent dans la masse.

 

Je suis bien évidemment pour que les réfugiés soient protégés et accueillis: qu'ils subissent la galère dans leur pays d'origine, sur la route de l'exil ou ici, sur le plancher des vaches. De plus, je soutiens la grève d'aujourd'hui, je m'opposerai vraisemblablement au budget 2016 vu la direction qu'il semble prendre, et je m'opposerai - comme à peu près tout le monde à gauche dans ce canton - aux deux points spécifiques de la réforme de l'AVS qui posent problème (retraite des femmes à 65 ans, baisse du taux de conversion à 6%). Par ailleurs, cette réforme de l'AVS est habituellement nommée "paquet Berset", selon toute évidence par des personnes qui n'ont pas compris que les voix minoritaires du Conseil fédéral sont tenues secrètes en application de la LOGA, rendant impossible la tâche de savoir quelle majorité gouvernementale est à l'origine des points éventuellement problématiques.

 

Dans les commémorations de 1932, il y a une dimension symbolique, solennelle, qui a de toute évidence été abandonnée par les organisateurs. Le soir de chaque 9 novembre est devenu un simple prétexte pour organiser des meetings de gauche sur des sujets qui sont certes importants, mais qui n'ont qu'une pertinence très marginale vis-à-vis de l'objectif de la manifestation. Meeting d'une gauche d'ailleurs si sectaire, que le "paquet Berset" a été jugé plus pertinent en ouverture de la manifestation qu'une intervention d'une représentante du GSsA, quand bien même les événements de 1932 étaient éminemment empreints des idées antimilitaristes.

 

La manifestation en souvenir de la fusillade de 1932 ne doit plus être une simple occasion en or de faire de la comm' pour certains milieux de gauche. Elle doit rester (l'a-t-elle seulement été un jour?) dans le cadre d'une commémoration, où le respect dû aux morts reste la priorité, le message est également important, mais sans oublier que ce message se limite logiquement à l'antifascisme et à l'affirmation des droits fondamentaux, nécessaires à la démocratie. Si la situation ne change pas, alors cette manifestation, au potentiel rassembleur pourtant notable, restera l'apanage d'une minorité. Et je ne serai pas le dernier à trouver que c'est dommage.

Écrit par Diego Esteban dans Genève, Humeur | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer |  Facebook |

17/07/2015

Un festival jeune, local et dynamique

« Prends un bain de musique une à deux fois par semaine pendant quelques années et tu verras que la musique est à l'âme ce que l'eau du bain est au corps. »

Oliver Wendell Holmes

 

 

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En cet été caniculaire, les grosses cylindrées des événements musicaux de l'été, comme le Paléo, le Montreux Jazz ou encore le Verbier Festival, ont tendance à faire de l'ombre aux rendez-vous plus locaux. Pourtant, ceux-ci n'ont rien à envier aux autres. En effet, il y a six ans naquit le Puplinge Classique, initiative orchestrée par son actuel directeur François-Xavier Poizat: ce projet n'a jamais cessé de grandir, grâce aux efforts acharnés d'une toute petite équipe. Le charme du cadre rural ainsi que la qualité de la programmation n'y sont certainement pas pour rien.

 

Originaire de Puplinge, François-Xavier Poizat a ainsi permis aux Genevois friands de musique classique (au sens large) de trouver leur bonheur à l'intérieur de leur canton. Lors de la première édition en 2010, les artistes étaient simplement un groupe d'amis composé de talentueux musiciens tels que Nadège Rochat ou encore Damien Bachmann. Initialement, il s'agissait de permettre à ces jeunes artistes d'effectuer leurs premiers pas dans un festival. Plusieurs d'entre eux y jouent encore.

 

Dès ce samedi 18 juillet 2015 (5 ans jour pour jour depuis la première édition), après une cuvée 2014 gargantuesque (17 concerts), le programme 2015 présentera une carte riche malgré un nombre plus modeste de 12 concerts. Relevons cependant plusieurs innovations intrigantes, comme la participation du renommé Moncef Genoud (piano jazz) ou du très grand Pascal Chenu (improvisation). Ce dernier réussira ainsi à chanter dans l'église de Puplinge le fameux titre "gare au gorille" de Georges Brassens, racontant le destin malheureux d'un homme de foi qu'un primate en rut trouva sur son chemin.

 

Le Puplinge Classique est une vitrine: il a un objectif affirmé de donner la priorité à la qualité, mais donne surtout aux spectateurs un aperçu de la relève musicale genevoise. En effet, on ne change pas une équipe qui gagne: l'édition 2015 donnera une fois de plus à de jeunes stars en devenir, à l'instar du flûtiste Sébastien Jacot ou du violoncelliste Gabriel Esteban, l'occasion de faire leurs preuves. Signe de la montée en grade inexorable du festival, plusieurs stars de réputation internationale seront de la partie, comme le violoniste Tedi Papavrami, la pianiste Anna Vinnitskaya ou encore l'Aviv Quartet.

 

Les perspectives d'avenir comportent cependant quelques zones d'ombre. Tous les concerts (à l'exception du concert de gala fêtant la 5ème édition du festival au Victoria Hall) sont joués au sein de l'église de Puplinge, cette salle ayant une capacité maximale de 250 personnes. Le record est détenu par un concert joué en duo par François-Xavier Poizat et Louis Schwitzguébel-Wang, qui avait attiré près de 400 spectateurs! Le développement de ce festival dynamique repose ainsi en grande partie sur la construction, envisagée par la Mairie de Puplinge, d'une nouvelle salle communale. On peut raisonnablement espérer qu'elle arrive dans un futur proche, tant ce festival est prometteur.

 

Pour toutes ces raisons, je vous recommande vivement de vous rendre à Puplinge, pour vous immerger dans ce festival jeune, local et dynamique, dont le succès lui mérite sans aucun doute le titre de festival classique de référence.

Écrit par Diego Esteban dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer |  Facebook |