24/06/2013

Du libre choix du mode d'expression de la bêtise

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Mardi dernier, les Verts genevois ont lancé une initiative visant à donner la priorité aux transports publics dans l'ensemble du trafic routier. Partant du constat que les bouchons sont un vrai problème de mobilité à Genève, ils ont ainsi présenté la pierre qu'ils comptent apporter à l'édifice. Mais dès l'annonce du lancement de l'initiative, les critiques n'ont pas tardé à pleuvoir, venant quasi-exclusivement de la part de ceux qui ne proposent actuellement aucune réelle solution à ce problème, c'est-à-dire ceux dont la politique de mobilité se limite dans les faits à la critique et au blocage des projets de Michèle Künzler.

 

Cela fait depuis environ cinq ans que je ne me déplace qu'en vélo et en transports publics, et je ne souffre jamais des bouchons fréquents, sauf lorsque le nombre important de voitures présentes sur la route empêche le bus ou le tram dans lequel je me trouve de se déplacer à une vitesse digne de ce nom. Ce dernier cas de figure me fâche, car je conçois assez mal qu'un automobiliste seul dans sa voiture soit mis sur un même pied d'égalité avec un tram contenant presque 400 places. En effet, ce n'est pas du tout une forme d'égalité, bien au contraire! 

 

Cette initiative va de mon point de vue dans le bon sens, car elle permettrait de renforcer le rôle même des transports publics, qui est de décharger les routes du plus grand nombre possible de transports individuels en proposant une alternative convenable afin d'éviter la surcharge du trafic. Mais les opposant à cette mesure proclament faussement qu'elle porte atteinte au libre choix du mode de transport. Ce qu'ils omettent sciemment, c'est que jusqu'à preuve du contraire, "donner la priorité" n'est pas synonyme de "donner l'exclusivité". Si l'initiative des Verts aboutit, tout le monde aura le droit de choisir la moto ou la voiture pour se déplacer, même si la tendance sera de privilégier les transports publics. 

 

Mais ceci dit, l'initiative lancée par les Verts est une question qui doit être débattue pour elle-même. C'est pourquoi il faut tenter de dépolitiser au maximum le débat, car il est assez désolant de voir que chaque question touchant aux transports publics genevois est discutée en fonction des rapports de force entre partis politiques et de la seule existence de Michèle Künzler. Cette initiative soulève une question de fond qui doit transcender le seul critère des partis qui la soutiennent (ou la rejettent) et la guéguerre des transports que se livrent pêle-mêle le cycliste qui manque régulièrement de se faire écraser par un automobiliste, le piéton qui n'en peut plus des cyclistes qui roulent sur le trottoir, le motard fâché de ces piétons qui traversent la route n'importe où, et l'automobiliste qui voit des motos occuper les rares places de parking disponibles.

 

La mobilité est une thématique au sujet de laquelle tout le monde peut avoir un avis. C'est pourquoi il est important de se faire sa propre opinion sur la question, et de rester imperméable à des arguments désinformateurs, comme celui de dire qu'une voiture doit être traitée de la même manière qu'un tram.

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20/06/2013

Mais que font les socialistes du Conseil Fédéral?

Ce mois de juin est un mois sombre pour les socialistes suisses: leurs deux représentants au Conseil Fédéral (Simonetta Sommaruga et Alain Berset) se font remarquer en tant que promoteurs de mesures suscitant une vive opposition au niveau des défenseurs engagés en faveur d'une politique sociale (à ce propos, lire le billet de Salika Wenger).

 

En effet, le 9 juin dernier, le peuple suisse a accepté une modification urgente de la loi sur l'asile, présentée par Simonetta Sommaruga, qui, en résumé, vise à fermer une à une toutes les écoutilles de la fameuse "barque" helvète, dans la droite lignée de la politique d'immigration réactionnaire et aveugle menée par l'UDC, et suivie sans concession par le PLR, le PBD et le PDC (mais celui-ci plus modérément). Le PS s'est opposé à ces mesures, car, mise à part la très nécessaire accélération des procédures, elles auront pour conséquences la supression du moyen de requête de l'asile le plus sûr (demande d'asile dans les ambassades) ainsi que d'un des motifs d'asile les plus évidemment fondés (la désertion), et la création de centres pour "récalcitrants" (notion indéterminée et créée de toutes pièces à partir de rien) qui trahissent la volonté de mener une inquiétante politique concentrationnaire à l'égard des requérants d'asile.

 

Quant à Alain Berset, celui-ci défendra prochainement l'adoption de la hausse de l'âge de la retraite des femmes à 65 ans, avec les effets financiers qui en découlent (en ce qui concerne notamment la prévoyance professionnelle), pour mettre celles-ci à égalité avec les hommes, et il envisage également de hausser la TVA. Le PS s'est toujours opposé à la déterioration de la situation de l'emploi pour les femmes, tant que celles-ci subiront encore des discriminations quant à leur sexe et que le principe d'un salaire égal pour un travail de valeur égale (figurant à l'art. 8 al. 3 de la Constitution) ne sera pas réalisé, mais il s'oppose aussi à la hausse des taxes "injustes" (comme la TVA), qui ne dépendent pas du revenu, comme le décrit Salika Wenger.

 

Se pose ainsi la question: que font les socialistes du Conseil Fédéral? Simonetta Sommaruga et Alain Berset ont-ils oublié leurs valeurs quelque part au fond de l'administration et de la paperasse helvétique? La réalité institutionnelle est plus compliquée, et il est facile de se tromper à son sujet, vu notamment la tendance à la personification de la politique.

 

Je m'explique: l'art. 4 de la Loi sur l'Organisation du Gouvernement et de l'Administration (LOGA) impose au Conseil Fédéral de fonctionner de façon collégiale. En d'autres termes, chacun des sept membres du gouvernement est tenu de respecter les décisions prises en son sein. À la lumière de cette réalité, sachant qu'à part les deux socialistes susmentionnés, le collège gouvernemental helvétique comprend des représentants du PLR, du PBD, du PDC et de l'UDC, que de formations politiques qui se mettent plus souvent d'accord entre elles qu'avec le PS. Peu étonnant que la majorité des décisions soit donc contraire à l'opinion de ce dernier.

 

En ce qui concerne la question de la personification de la politique, il est en soi incorrect de dire que la "lex USA" est "le projet d'Eveline Widmer-Schlumpf", car cette loi urgente est un projet du Conseil Fédéral, et non uniquement de cette ministre, même s'il relève de son dicastère (le département des finances). Ainsi, il est tout aussi incorrect de pointer du doigt Simonetta Sommaruga ou Alain Berset pour des projets non-socialistes.

 

Mais une autre question surgit: sachant que les projets présentés par Simonetta Sommaruga et Alain Berset et critiqués par tous les socialistes (au sens philosophique du terme) sont du ressort de leurs départements respectifs, sont-ils à ce point minorisés au Conseil Fédéral que même les sujets dont ils ont la charge sont décidés par les autres ministres? Cette question reste bien évidemment sans réponse, collégialité oblige.

 

Ainsi, les Conseillers Fédéraux socialistes présentent des mesures anti-sociales, mais ils n'y peuvent rien s'ils veulent respecter la loi. Nous, socialistes, pouvons nous réconforter par le fait que nos ministres ne sont "que" les porte-parole d'un Conseil Fédéral de droite, mais ça fait quand même mal. Simonetta Sommaruga a surexploité l'accélération des procédures de demande d'asile pendant la campagne, probablement parce qu'il s'agissait du seul point de la révision qui s'accorde avec les valeurs de son parti: voilà une thèse qui pourrait indiquer que ses valeurs ont survécu à l'épreuve du Conseil Fédéral, même si elles ont souffert de ce jeu de rôle forcé, qui les a mises à l'écart.

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18/06/2013

Portraits de candidats: Philippe Meyer de Stadelhofen

Philippe Meyer de Stadelhofen (Parti Vert'libéral), 53 ans

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C'est un homme calme et réfléchi, avec lequel il saute aux yeux que toute discussion sera forcément constructive. Philippe Meyer de Stadelhofen se définit comme un adepte de l'équilibre et de la négociation; selon lui, les solutions existent toujours, tout comme les terrains d'entente, à chaque fois que l'on privilégie le dialogue.

 

Faisant preuve d'une saine ouverture d'esprit, excluant tout a priori ou étiquette, ainsi que d'une consensualité l'amenant à ne voir nul besoin de hausser la voix pour trouver un accord, il se considère également comme quelqu'un de pragmatique, car il préfère réfléchir à des solutions que de chercher le responsable des problèmes.

 

Après des études en économie politique à l'Université de Genève, Philippe Meyer de Stadelhofen se lance dans le monde bancaire. Passant notamment par une expérience de stagiaire à New York auprès d'American Express, il est actuellement responsable des crédits à la banque Hyposwiss depuis 2009, profession qui ne l'empêche pas de dédier son temps libre à la musique (il est saxophoniste à l'AMR) et au sport.

 

Sa volonté de s'engager en politique date de 2009, à une époque où il s'intéresse de plus en plus à la cause écologiste. Il rejoint les Verts la même année, mais il se rapproche ensuite du parti Vert'libéral, des valeurs duquel il se considère plus proche, et rejoint en 2010 la toute jeune section genevoise, dont il est actuellement le Vice-Président. C'est un contact avec Isabelle Chevalley (Conseillère Nationale vaudoise), seule représentante romande du parti aux chambres fédérales, qui l'a décidé à franchir le pas de l'adhésion. Un des motifs de celle-ci est que, estimant que "l'écologie doit exister pour elle-même", il regrette qu'elle soit devenue trop "politisée". Il privilégie une approche pragmatique, celle de la défense de projets sans a priori sur ses futurs adhérents.

 

Membre du WWF et défenseur de la sortie du nucléaire, Philippe Meyer de Stadelhofen a toujours voulu participer à la promotion des valeurs écologistes, mais le manque de temps l'en a longtemps empêché. Une des raisons de son engagement au parti Vert'libéral est le constat que l'écologie n'est pas assez défendue à droite de l'échiquier politique: "on est à un tournant, il faut donc prendre des décisions importantes pour la suite". Mais dans un canton qui impose à tout parti de convaincre au moins 7% des électeurs pour siéger au Grand Conseil, il va de soi que cette campagne électorale sera un véritable challenge, ce qu'il n'ignore pas: il est au contraire passionné par l'aventure qu'il est en train de vivre avec ce jeune parti.

 

Quant à sa candidature, il ne la considère pas comme individuelle. "Le Grand Conseil, c'est une équipe de 100 membres dans laquelle il faut éviter une guerre de tranchées". Philippe Meyer de Stadelhofen regrette que les différents partis politiques ne dialoguent plus entre eux, car la conséquence inévitable est l'absence de toute construction collective de solutions. Son ouverture d'esprit l'amène par ailleurs à ne pas reconnaître d'adversaire politique en particulier, même si la collaboration s'annonce plus difficile avec les formations dites "extrêmes".

 

Il s'intéresse en particulier aux questions de mobilité et d'énergie (participant d'ailleurs au groupement "coordination énergétique", qui a pour but de trouver des solutions et des innovations dans ce domaine), mais mentionne également la thématique du logement, qui fait partie intégrante de son activité professionnelle. Sa principale préoccupation concerne le bilan énergétique des bâtiments, qui contribue actuellement à hauteur de 40% des émissions de carbone, bilan qu'il souhaite améliorer en luttant contre l'excès de réglementation en la matière et par la répartition de l'effort entre les propriétaires et les locataires.

 

Interrogé quant à son regard sur la vie politique en général, il constate que "les partis historiques ne sont plus à l'écoute de la population [...] et les nouveaux partis au discours populiste arrivent avec des solutions à l'emporte-pièce, qui ne sont pas bonnes. Il n'y a plus aucun discours entre les différents partis, et rien ne se construit. On a besoin de gens qui apportent des solutions sans excessivement se soucier de résultats électoraux: actuellement, on joue à qui pisse le plus loin." Philippe Meyer de Stadelhofen a grand espoir de voir son parti dépasser les 7% de voix en octobre et accéder au Grand Conseil genevois pour la première fois de son histoire, concédant que les Vert'libéraux ne pourront selon lui pas obtenir plus de 9 sièges.

 

De son point de vue, Genève est tout d'abord multiculturelle, c'est-à-dire un assemblage d'énergies venant des quatre coins du monde. Il met en garde contre le fait de se croire les meilleurs du monde: attention à l'arrogance et au fait de se reposer sur ses lauriers; c'est par ailleurs ce que les confédérés reprochent souvent aux genevois. Selon lui, Genève doit savoir se projeter dans le futur et avoir une vision pour l'avenir, car "les succès du passé ne sont pas une garantie pour l'avenir", et doit oser faire des choix.

 

Pour conclure ce portrait, "faire avancer la cause environnementale au-delà des clivages politiques", voilà la phrase qui résume l'engagement de Philippe Meyer de Stadelhofen. Vous pourrez suivre sa campagne dans les médias (il envoie régulièrement des courriers des lecteurs à la Tribune de Genève) et sur le site du parti Vert'libéral genevois.

15/06/2013

Portraits de candidats: Jean Rossiaud

Jean Rossiaud (les Verts), 53 ans

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Si vous avez une fois l'occasion de rencontrer Jean Rossiaud, vous remarquerez dans ses yeux vifs une fureur de militant que l'on retrouve de moins en moins en politique, trahissant un engagement déterminé dans la réalisation de ses idéaux.

 

Son engagement n'a pas débuté avec la politique, mais par une activité associative touchant à de nombreux domaines: membre du conseil de la Fédération Genevoise de Coopération, de groupes antinucléaires, pacifistes, de défense des réfugiés, de protection des droits de l'homme...

 

Ce juriste, docteur en sociologie politique, a touché à tout, tant au niveau local qu'au niveau international: il fut pendant 17 ans enseignant et chercheur à l'Université de Genève, mais aussi à Paris et au Brésil, avant de devenir aujourd'hui coordinateur du Forum pour une Nouvelle Gouvernance Mondiale.

 

Père de famille, Jean Rossiaud est tout d'abord un homme qui rêve d'un monde meilleur, comme le décrivent ses maîtres à penser (Ivan Illich, André Gorz et Edgar Morin), au son de sa guitare et au fil de ses randonnées. C'est sa participation à ces nombreux mouvements de paix ou contre le nucléaire qui l'amena à rejoindre le parti des Verts genevois en 1991, dont il créa par ailleurs la section carougeoise.

 

Il faut souligner qu'il n'en est pas à ses débuts en politique: député de 2003 à 2009, conseiller politique de Sandrine Salerno (actuelle maire de Genève) et d'Esther Alder (Conseillère Administrative en Ville de Genève) pendant quatre ans, membre du bureau des Verts suisses en tant que délégué au parti écologiste européen, enfin récemment élu à la coordination mondiale des partis verts, il existe peu de secteurs de l'activité politique où il n'a pas laissé sa marque.

 

C'est cette expérience locale et internationale solide qu'il fait valoir dans sa candidature, car il estime avoir la capacité à poser les questions de manière globale, ce qui est essentiel s'agissant notamment du projet d'agglomération franco-valdo-genevoise (le "Grand Genève"), dont les soucis de cohérence n'ont à son avis pas été réglés par la nouvelle Constitution genevoise. De plus, une riche expérience internationale a toute sa pertinence sur les bancs du Grand Conseil, Genève étant une capitale de la gouvernance mondiale.

 

Mais pourquoi avoir quitté la politique en 2009? Jean Rossiaud explique que cette pause était nécessaire, compte tenu de la charge de travail qui l'assomait à l'époque. Profitant maintenant d'une nouvelle situation professionnelle et rempli d'une énergie (renouvelable) retrouvée, il est prêt à se relancer dans l'arène, car pour lui "c'est au Grand Conseil que se fait l'essentiel de la politique en Suisse".

 

Quels sont ses domaines de prédiléction? Il assure être polyvalent, donc capable de traiter n'importe quel sujet (ayant présidé la commission de contrôle de gestion lorsqu'il était député), ce qui est rare chez un parlementaire. Cependant, il lui semble prioritaire de diriger la politique cantonale afin qu'elle tienne davantage compte des générations futures, en amenant le "Grand Genève" à devenir durable, c'est-à-dire à consommer uniquement dans les limites de ce que le territoire peut supporter.

 

De son point de vue, Genève vit actuellement une grave crise politique. "Nous assistons à une dégradation de l'éthique, de la manière de faire de la politique: il faut redonner de la légitimité à la politique d'idées et de projets". Jean Rossiaud estime que l'arrivée du MCG sur la scène politique genevoise a fortement contribué à cette dégradation. Il reconnaît ses principaux adversaires idéologiques chez le MCG et l'UDC d'une part, chez le PLR (notamment l'aile libérale qui prône le démantèlement de l'Etat) d'autre part. Le regard qu'il porte sur Genève est celui d'une ville-monde, capitale de la gouvernance mondiale, ville cosmopolite, ville de liberté, de rencontres, ville-carrefour... Que d'expressions vantant ce lieu de l'interconnexion des dimensions locale et internationale des échanges humains.

 

Enfin, interrogé sur son pronostic pour les élections d'octobre, auxquelles il sera candidat, Jean Rossiaud s'attend à un renforcement de l'alternative (par exemple avec l'arrivée d'Ensemble à Gauche) doublé d'une progression des idées écologiques, liée à la montée des Vert'Libéraux, avec lesquels il n'exclut aucune alliance, puisqu'ils élargiraient le front de défense des idées vertes.

 

Jean Rossiaud est, pour conclure ce portrait, un harmonieux mélange entre un infatigable militant n'hésitant pas à descendre dans la rue pour dénoncer des situations qu'il ne peut tolérer, et un intellectuel des idées écologistes, qui l'amène aujourd'hui à les promouvoir au niveau mondial. "Agir local, agir global", tel est le slogan qu'il fait sien pour cette campagne, que vous pourrez suivre en allant à sa rencontre sur les stands des Verts genevois, et en consultant son blog.

11/06/2013

L'information mise en danger

« Le zizi suisse mesure 14,35 cm » ; « étudiante le jour, et pute la nuit » ; « lycéennes privées de soutien-gorge à l’examen » : c’est en-dessous de la ceinture, ça choque, le sujet est banal, voire inintéressant, mais l’envie d’en savoir plus est intentionnellement stimulée. Vous les aurez peut-être reconnues, ces phrases sont tirées de titres qui ont été mis en évidence ces derniers mois respectivement par les journaux Le Matin, GHI et 20 Minutes. Personne n’est assez naïf pour y voir un travail journalistique bien mené : les tentatives des médias d’attirer un lectorat qui se fait de plus en plus rare et friand de scandales sont désespérées. Ce journalisme souffrant subit les conséquences des progrès technologiques, que personne n’a voulu voir arriver avant qu’il ne soit trop tard.

 

La révolution numérique et l’exigence d’immédiateté des informations sont des facteurs qui expliquent partiellement le déclin de la presse écrite. Celle-ci a très mal géré le tournant technologique, chaque journal s’efforçant à être celui qui publiera le plus vite le dernier scoop sur son site internet. Mais comment faire autrement ? En effet, le moindre retard reçoit une sanction inévitable : le lecteur s’en va chercher l’actualité chez un concurrent plus rapide. Les pressions financières sont peut-être la cause principale de la crise médiatique que nous vivons actuellement : en effet, un média, c’est aussi une entreprise, qui doit pouvoir générer des bénéfices pour survivre.

 

Cependant, aucune compassion envers les médias souffrant de divers problèmes ne saurait nous faire oublier les conséquences condamnables de leur crise : elles résident dans la manipulation de l’information par les journalistes afin d’attirer plus facilement l’attention. Dès lors que la mission d’informer d’un média est subordonnée à l’impératif du chiffre d’affaires, la virginité nécessaire des faits s’en trouve violée. Cette conjoncture menace directement l’exercice de la liberté de la presse, destinée à la protection de l’opinion publique face à toute diffusion d’informations déformées ou fausses. Mais comment se manifeste la violation de cette liberté par les médias eux-mêmes ?

 

Pour prendre quelques exemples parlants, la Tribune de Genève dévoilait, il y a quelques temps, une interview de Pierre Maudet (Conseiller d’Etat en charge de la sécurité), titrée « tant que Champ-Dollon est dans les normes européennes, ça me va ». Cette unique phrase ne reflète pas l’entier du propos du Conseiller d’Etat, et le présente comme laxiste face à ce qui est un vrai problème de la politique genevoise. Entre un titre qui résume bien le sujet et une phrase sortie de son contexte, propre à susciter la polémique et donc vendeuse, la Tribune de Genève a fait un choix : cette phrase figurait ainsi sur les très visibles caisses à journaux du jour de la parution de l’article. Ce détournement de l’information pour des motifs économiques était d’ailleurs si évident que la rédaction fut ensuite logiquement invitée à publier un (discret) rectificatif deux jours plus tard.

 

Un autre exemple, qui concerne a priori la majorité des journaux, est le contenu des articles concernant des crimes ou des délits. Nous sommes dans un contexte où le repli identitaire suisse se manifeste de manière de plus en plus prononcée (comme on l’a remarqué lors des dernières votations), alimentant ainsi un sentiment d’insécurité face aux étrangers de nationalité, de culture et surtout d’apparence « différente ». Et dans ce contexte, plusieurs articles sont rédigés de manière à mettre en avant l’origine étrangère de l’auteur, alors que s’il était suisse, comme ce fut le cas pour l’assassinat de Marie par exemple, l’origine n’aurait pas eu d’importance. Ce jeu sur la xénophobie ambiante (car il faut tristement l’avouer, ça vend très bien) est nocif, et cautionné par les médias.

 

Un autre cas, qui concerne Le Matin, est très bien décortiqué sur ce blog : http://pikereplik.unblog.fr/2013/05/29/le-matin-desinform...


Les journaux qui modifient ainsi la présentation des faits, voire les faits eux-mêmes, parce que la rentabilité de leurs éditions s’en trouvera augmentée, ne méritent plus le titre de média. Un média est celui qui seul peut bénéficier du droit fondamental de la liberté des médias (comme son nom l'indique). Mais celui qui en provoque la violation, car il place d’autres priorités au-dessus de celle de garantir l’information libre et utile au public, n’est plus un média, mais un « merdia ». Ce terme est à la hauteur du mépris que méritent les journaux qui acceptent de ne pas remplir dignement leur rôle fondamental pour la démocratie, celui d'informateurs de la population.

 

En politique aussi, la dégradation du discours des élus, devenant de plus en plus démagogue et agressif, suit cette courbe descendante. L’arrivée du MCG à Genève par exemple montre que l’on a bien touché le fond du trou : les projets de société ne sont plus vendeurs, place donc à la politique-spectacle, basée sur l’exploitation des émotions du moment. Rappelez-vous l’assassinat de Marie : bien que sa famille ait pardonné l’agresseur pour son crime et ait demandé à ce qu’il n’y ait pas de récupération politique de ce triste évènement, nombre de personnes (notamment membres de l’UDC) ont plaidé pour un retour en arrière (pour changer…) et la réintroduction de la peine de mort, car la vive émotion du moment représentait un terreau favorable pour stimuler l’instinct de vengeance latent. Ce jeu inquiétant sur les évènements d’actualité est dangereux, car il engendre une « politique du cas particulier », qui fausse le débat en l’empêchant d’avoir une portée globale. Ce fut notamment le cas lors de la votation sur l’initiative contre les rémunérations abusives, à l’occasion de laquelle nombre de Suisses ont davantage voté contre Daniel Vasella qu’en faveur du texte.

 

La dégradation du discours politique se manifeste également sous d’autres aspects. Les mensonges, par exemple, sont fréquents : les « Christoph » de l’UDC (Blocher et Mörgeli) ont ainsi affirmé, préalablement à la votation du 9 juin passé, que plus de la moitié des requérants d’asile étaient des criminels, alors que le vrai chiffre est de 9%. On peut aussi s’inquiéter des amalgames qui s’imposent petit à petit dans le conscient collectif : un étranger n’est pas un criminel (un riche l’est d’ailleurs tout aussi peu), mais les stéréotypes sont tenaces. Le thème de l’étranger-criminel, grande psychose du moment, est un sujet sensible grossièrement surexploité par nombre de politiciens avides d’électeurs. Dans ce dernier cas, la désinformation réside dans la disproportion entre l’ampleur clamée de la question, et son importance réelle, bien moindre que celle de nombreux autres sujets, qui ont le « défaut » de ne pas être électoralement porteurs. On peut aussi mentionner le fait que les débats ayant précédé la votation du 9 juin tournaient autour de « l’immigration massive » et des « requérants criminels », problématiques hors sujet par rapport à la révision qui a été soumise au vote, ce qui a pour conséquence de tromper les citoyens dans les informations qu'ils reçoivent lors d'une votation.

 

Le danger réside donc dans l’inexactitude, voire la fausseté des informations reçues par les électeurs. Là où recevoir des informations subjectives et partiales est normal, c’est inacceptable s'agissant d’informations fausses ou déformées. De ce point de vue, tant la presse que la politique présentent une menace grandissante pour l’information de la population, et il revient à tout un chacun de combattre cette tendance. En effet, peu de personnes souhaiteraient vivre dans une société où les faits vrais n’ont pas la priorité.

 

Ce constat ne se veut pas aussi alarmiste qu’il en a l’air, tant il reste d’exemples qui dérogent à la dégradation évoquée relativement aux « merdias » et au monde politique. Pour s’en convaincre, il suffit d’observer l’admirable travail journalistique effectué par Le Courrier, Le Monde, la RTS, mais aussi la politique menée par la majorité des élus, qui donnent l’espoir d'avoir encore des débats de qualité, malgré les efforts d’Eric Stauffer, de Christoph Blocher, et d’autres encore à détruire toute notion de bon sens.


Ainsi, quelles solutions se présentent à nous face aux dérives des milieux médiatique et politique ? Il y en a une, qui fonctionne à merveille aux USA : le « fact checking ». Il s’agit, littéralement, d’une « vérification des faits », que des instituts civils indépendants et librement constitués effectuent quant aux discours de personnages politiques et à certains articles de journaux. Une telle institution serait bénéfique pour la Suisse, car de plus en plus de journalistes et de politiciens ne reconnaissent plus aucun garde-fou dans l’exercice de leurs activités respectives. De plus, une information est vraie, ou elle ne l’est pas : il n’est nullement ici question de jugements de valeur partisans. Les seuls à souffrir du « fact checking » ne pouvant qu’être ceux qui manipulent effectivement l’information (manipulation qui n’est a priori pas le fait d’une mouvance politique en particulier), rien ne semble raisonnablement s’opposer à l’arrivée de cette institution. C’est pourquoi nous pouvons espérer qu’elle débarque le plus vite possible, et qu’elle réussisse à contrer la désinformation, le mensonge et toute autre forme de manipulation.

Écrit par Diego Esteban dans Air du temps | Lien permanent | Commentaires (2) |  Imprimer |  Facebook |