11/06/2013

L'information mise en danger

« Le zizi suisse mesure 14,35 cm » ; « étudiante le jour, et pute la nuit » ; « lycéennes privées de soutien-gorge à l’examen » : c’est en-dessous de la ceinture, ça choque, le sujet est banal, voire inintéressant, mais l’envie d’en savoir plus est intentionnellement stimulée. Vous les aurez peut-être reconnues, ces phrases sont tirées de titres qui ont été mis en évidence ces derniers mois respectivement par les journaux Le Matin, GHI et 20 Minutes. Personne n’est assez naïf pour y voir un travail journalistique bien mené : les tentatives des médias d’attirer un lectorat qui se fait de plus en plus rare et friand de scandales sont désespérées. Ce journalisme souffrant subit les conséquences des progrès technologiques, que personne n’a voulu voir arriver avant qu’il ne soit trop tard.

 

La révolution numérique et l’exigence d’immédiateté des informations sont des facteurs qui expliquent partiellement le déclin de la presse écrite. Celle-ci a très mal géré le tournant technologique, chaque journal s’efforçant à être celui qui publiera le plus vite le dernier scoop sur son site internet. Mais comment faire autrement ? En effet, le moindre retard reçoit une sanction inévitable : le lecteur s’en va chercher l’actualité chez un concurrent plus rapide. Les pressions financières sont peut-être la cause principale de la crise médiatique que nous vivons actuellement : en effet, un média, c’est aussi une entreprise, qui doit pouvoir générer des bénéfices pour survivre.

 

Cependant, aucune compassion envers les médias souffrant de divers problèmes ne saurait nous faire oublier les conséquences condamnables de leur crise : elles résident dans la manipulation de l’information par les journalistes afin d’attirer plus facilement l’attention. Dès lors que la mission d’informer d’un média est subordonnée à l’impératif du chiffre d’affaires, la virginité nécessaire des faits s’en trouve violée. Cette conjoncture menace directement l’exercice de la liberté de la presse, destinée à la protection de l’opinion publique face à toute diffusion d’informations déformées ou fausses. Mais comment se manifeste la violation de cette liberté par les médias eux-mêmes ?

 

Pour prendre quelques exemples parlants, la Tribune de Genève dévoilait, il y a quelques temps, une interview de Pierre Maudet (Conseiller d’Etat en charge de la sécurité), titrée « tant que Champ-Dollon est dans les normes européennes, ça me va ». Cette unique phrase ne reflète pas l’entier du propos du Conseiller d’Etat, et le présente comme laxiste face à ce qui est un vrai problème de la politique genevoise. Entre un titre qui résume bien le sujet et une phrase sortie de son contexte, propre à susciter la polémique et donc vendeuse, la Tribune de Genève a fait un choix : cette phrase figurait ainsi sur les très visibles caisses à journaux du jour de la parution de l’article. Ce détournement de l’information pour des motifs économiques était d’ailleurs si évident que la rédaction fut ensuite logiquement invitée à publier un (discret) rectificatif deux jours plus tard.

 

Un autre exemple, qui concerne a priori la majorité des journaux, est le contenu des articles concernant des crimes ou des délits. Nous sommes dans un contexte où le repli identitaire suisse se manifeste de manière de plus en plus prononcée (comme on l’a remarqué lors des dernières votations), alimentant ainsi un sentiment d’insécurité face aux étrangers de nationalité, de culture et surtout d’apparence « différente ». Et dans ce contexte, plusieurs articles sont rédigés de manière à mettre en avant l’origine étrangère de l’auteur, alors que s’il était suisse, comme ce fut le cas pour l’assassinat de Marie par exemple, l’origine n’aurait pas eu d’importance. Ce jeu sur la xénophobie ambiante (car il faut tristement l’avouer, ça vend très bien) est nocif, et cautionné par les médias.

 

Un autre cas, qui concerne Le Matin, est très bien décortiqué sur ce blog : http://pikereplik.unblog.fr/2013/05/29/le-matin-desinform...


Les journaux qui modifient ainsi la présentation des faits, voire les faits eux-mêmes, parce que la rentabilité de leurs éditions s’en trouvera augmentée, ne méritent plus le titre de média. Un média est celui qui seul peut bénéficier du droit fondamental de la liberté des médias (comme son nom l'indique). Mais celui qui en provoque la violation, car il place d’autres priorités au-dessus de celle de garantir l’information libre et utile au public, n’est plus un média, mais un « merdia ». Ce terme est à la hauteur du mépris que méritent les journaux qui acceptent de ne pas remplir dignement leur rôle fondamental pour la démocratie, celui d'informateurs de la population.

 

En politique aussi, la dégradation du discours des élus, devenant de plus en plus démagogue et agressif, suit cette courbe descendante. L’arrivée du MCG à Genève par exemple montre que l’on a bien touché le fond du trou : les projets de société ne sont plus vendeurs, place donc à la politique-spectacle, basée sur l’exploitation des émotions du moment. Rappelez-vous l’assassinat de Marie : bien que sa famille ait pardonné l’agresseur pour son crime et ait demandé à ce qu’il n’y ait pas de récupération politique de ce triste évènement, nombre de personnes (notamment membres de l’UDC) ont plaidé pour un retour en arrière (pour changer…) et la réintroduction de la peine de mort, car la vive émotion du moment représentait un terreau favorable pour stimuler l’instinct de vengeance latent. Ce jeu inquiétant sur les évènements d’actualité est dangereux, car il engendre une « politique du cas particulier », qui fausse le débat en l’empêchant d’avoir une portée globale. Ce fut notamment le cas lors de la votation sur l’initiative contre les rémunérations abusives, à l’occasion de laquelle nombre de Suisses ont davantage voté contre Daniel Vasella qu’en faveur du texte.

 

La dégradation du discours politique se manifeste également sous d’autres aspects. Les mensonges, par exemple, sont fréquents : les « Christoph » de l’UDC (Blocher et Mörgeli) ont ainsi affirmé, préalablement à la votation du 9 juin passé, que plus de la moitié des requérants d’asile étaient des criminels, alors que le vrai chiffre est de 9%. On peut aussi s’inquiéter des amalgames qui s’imposent petit à petit dans le conscient collectif : un étranger n’est pas un criminel (un riche l’est d’ailleurs tout aussi peu), mais les stéréotypes sont tenaces. Le thème de l’étranger-criminel, grande psychose du moment, est un sujet sensible grossièrement surexploité par nombre de politiciens avides d’électeurs. Dans ce dernier cas, la désinformation réside dans la disproportion entre l’ampleur clamée de la question, et son importance réelle, bien moindre que celle de nombreux autres sujets, qui ont le « défaut » de ne pas être électoralement porteurs. On peut aussi mentionner le fait que les débats ayant précédé la votation du 9 juin tournaient autour de « l’immigration massive » et des « requérants criminels », problématiques hors sujet par rapport à la révision qui a été soumise au vote, ce qui a pour conséquence de tromper les citoyens dans les informations qu'ils reçoivent lors d'une votation.

 

Le danger réside donc dans l’inexactitude, voire la fausseté des informations reçues par les électeurs. Là où recevoir des informations subjectives et partiales est normal, c’est inacceptable s'agissant d’informations fausses ou déformées. De ce point de vue, tant la presse que la politique présentent une menace grandissante pour l’information de la population, et il revient à tout un chacun de combattre cette tendance. En effet, peu de personnes souhaiteraient vivre dans une société où les faits vrais n’ont pas la priorité.

 

Ce constat ne se veut pas aussi alarmiste qu’il en a l’air, tant il reste d’exemples qui dérogent à la dégradation évoquée relativement aux « merdias » et au monde politique. Pour s’en convaincre, il suffit d’observer l’admirable travail journalistique effectué par Le Courrier, Le Monde, la RTS, mais aussi la politique menée par la majorité des élus, qui donnent l’espoir d'avoir encore des débats de qualité, malgré les efforts d’Eric Stauffer, de Christoph Blocher, et d’autres encore à détruire toute notion de bon sens.


Ainsi, quelles solutions se présentent à nous face aux dérives des milieux médiatique et politique ? Il y en a une, qui fonctionne à merveille aux USA : le « fact checking ». Il s’agit, littéralement, d’une « vérification des faits », que des instituts civils indépendants et librement constitués effectuent quant aux discours de personnages politiques et à certains articles de journaux. Une telle institution serait bénéfique pour la Suisse, car de plus en plus de journalistes et de politiciens ne reconnaissent plus aucun garde-fou dans l’exercice de leurs activités respectives. De plus, une information est vraie, ou elle ne l’est pas : il n’est nullement ici question de jugements de valeur partisans. Les seuls à souffrir du « fact checking » ne pouvant qu’être ceux qui manipulent effectivement l’information (manipulation qui n’est a priori pas le fait d’une mouvance politique en particulier), rien ne semble raisonnablement s’opposer à l’arrivée de cette institution. C’est pourquoi nous pouvons espérer qu’elle débarque le plus vite possible, et qu’elle réussisse à contrer la désinformation, le mensonge et toute autre forme de manipulation.

Écrit par Diego Esteban dans Air du temps | Lien permanent | Commentaires (2) |  Imprimer |  Facebook |

10/06/2013

Portraits de candidats: Jean-Charles Lathion

Jean-Charles Lathion (Parti Démocrate-Chrétien), 63 ans

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Jean-Charles Lathion fait de la politique comme il travaille: il n'aspire qu'à atteindre sans détour ni conflit le but qu'il se fixe, un point c'est tout. C'est si rare de se retrouver face à un discours à ce point sérieux, constructif et honnête chez un homme politique, que c'est certainement cette qualité qui le rend unique. Sa devise reflète d'ailleurs ce trait de caractère: "agir avec sérieux sans trop se prendre au sérieux".

 

Valaisan d'origine, vénitien par sa mère, cet homme aux valeurs humanistes, très attaché à ses racines, fait de la politique car il souhaite se rendre utile à une société qui doit évoluer. Il se définit aussi comme créatif, ce qui se vérifie dans son impressionnant parcours professionnel, et à travers tous les projets qu'il a réalisés ou auxquels il a participé.

 

Ayant goûté aux études de droit avant d'obtenir une licence en lettres à l'Université de Genève, puis un certificat d'aptitude de l'enseignement post-obligatoire, Jean-Charles Lathion a participé à la création et à l'installation de la première École de Culture Générale (ECG Henri-Dunant), en a été directeur adjoint pendant sept ans, a officié en tant que responsable de la culture, de l'information et des élèves à la direction générale de l'enseignement secondaire, a ensuite repris en 1989 les rênes du service de la formation professionnelle à la direction générale de l'OFPC (à l'époque: OOFP), pour devenir, après 15 ans à ce poste, directeur chargé du développement et de la promotion de la formation professionnelle.

 

Cette riche expérience dans le milieu de la formation l'a amené à devenir un des pères fondateurs de la cité des métiers (grande exposition trisanuelle se déroulant à Palexpo), à participer à l'ouverture de la cité des métiers permanente, à contribuer à l'adaptation législative découlant de la réforme de la loi sur la formation professionnelle (qui concernait plus de 300 textes administratifs et légaux), à fonder le prix de la meilleure entreprise formatrice... Le projet dont il est le plus fier est la mise en place de la cérémonie de remise des CFC et des prix aux apprentis. En effet, alors qu'en 1989 encore les CFC étaient reçus par la poste, Jean-Charles Lathion a permis aux apprentis de recevoir dignement leurs titres, dans un évènement qui regroupe chaque année plus de 4000 personnes.

 

Il explique avoir beaucoup de plaisir à faire ce qu'il fait, car il a la possibilité de participer à l'amélioration du système et de voir que ses propositions sont écoutées. Il s'est ensuite intéressé à la politique, car, ayant été président de l'Union des Cadres de l'Administration, il a occupé des fonctions similaires à celle des élus qu'il côtoyait fréquemment, ce qui l'a motivé à servir une cause. Le PDC, qu'il rejoignit à 45 ans en 1995, le convainquit parce que les idées défendues en son sein correspondaient à ses valeurs humanistes. Il s'intéressa aux efforts de ce parti pour créer une économie forte, garantir la bonne santé des entreprises, mieux développer les prestations sociales au service de la population, et surtout pour ne pas faire dans l'esbroufe. En effet, Jean-Charles Lathion estime que: "ce qu'il faut dire n'est pas nécessairement porteur médiatiquement, mais fondamentalement utile à la société".

 

En 1999, il est élu au Conseil Municipal de la Ville de Genève, où il a successivement été réélu en 2003, 2007 et enfin 2011, pour sa quatrième législature. C'est cette expérience politique et professionnelle de taille qui l'a amené à avancer sa candidature pour l'élection du Grand Conseil en octobre 2013. Interrogé sur ses priorités pour la prochaine législature, il avance trois sujets: d'une part, l'emploi, composante la plus essentielle de la société active, d'autre part, le développement de l'agglomération ("Grand Genève") qui est actuellement asphyxiée par le manque de collaboration avec nos voisins vaudois et français, car il faut "concrétiser le partenariat par des cofinancements et non par des promesses et des projets à très long terme", et enfin, l'amélioration des relations Ville-Etat, où règnent trop souvent des oppositions d'origine politique et contribuant au blocage des dossiers ("quand les électeurs mettent un bulletin dans l'urne, ils espèrent que le monde politique va se mettre d'accord sans provoquer des conflits; on est beaucoup trop dans la politique-spectacle").

 

C'est justement son mépris envers la politique-spectacle qui l'amène à douter des méthodes du MCG et d'Ensemble à Gauche. Il n'aime pas leur tendance à enfoncer des portes ouvertes et à la gesticulation politique: "ils sont prêts à faire feu de tout bois pour récolter des électeurs sans craindre de tomber dans la démagogie, et je suis désespéré de voir que la population aime ça [...] on a tendance à plus considérer les gros titres que le contenu".

 

Quant à sa vision de Genève, Jean-Charles Lathion parle d'un terminal, une enclave dans la France, mais également une ouverture vers d'autres cultures. Une ville internationale, riche de sa diversité culturelle et du mélange des populations. Une ville généreuse, une ville d'affaires, située sur un site extraordinaire. Mais il se montre quelque peu déçu de voir que Genève ne promeut pas de manière satisfaisante ses nombreuses richesses culturelles. Il met également en garde contre le fait qu'il ne faut pas perdre les organisations internationales et les multinationales situées sur le territoire, et pour ce faire, créer des conditions-cadre pour qu'elles viennent et qu'elles restent.

 

Interrogé sur ses éventuels maîtres à penser, il mentionne Maurice Zermatten (écrivain valaisan), un de ses professeurs, qui a eu beaucoup d'influence sur sa vie. Il lui rend hommage, car c'est grâce à lui qu'il a appris à aimer et à expliquer les oeuvres littéraires, à les analyser, à construire un discours et une présentation à travers elles... Jean-Charles Lathion a appliqué ses méthodes dans la vie de tous les jours, ce qui l'a enrichi intellectuellement et lui a permis de se construire par une approche pragmatique.

 

Pour conclure ce portrait, je ne peux que vous inviter à aller à sa rencontre (au Conseil Municipal de la Ville de Genève) et à suivre sa campagne (sur Facebook) en vue des élections d'octobre prochain.

05/06/2013

Qu'est-ce qu'une idéologie?

"Dans l'usage courant, le mot idéologie est un vague synonyme de philosophie, de système de pensée, souvent utilisé dans un sens péjoratif pour désigner un discours coupé du réel. [...] Il désigne une construction collective de l'esprit dont le but apparent est de dire le sens des choses, mais dont la fonction réelle est de masquer une situation intolérable."


Aujourd'hui, la notion de "pensée unique" fait sa loi dans différents domaines. "L'idéologie [...] est la dictature d'une réalité partielle, qui devient la valeur suprême.", une phrase que l'on serait tenté d'imprimer dans le marbre, dès lors que l'on fait sienne une pensée quelconque, qui porte un nom en "-isme" (libéralisme, nationalisme, anarchisme, écologisme, socialisme, communisme, christianisme, islamisme, machisme, féminisme, terrorisme, capitalisme...). Tous les courants de ce genre méritent de ne jamais être appliqués dans leur ensemble à une société, car c'est bien connu, personne ne peut se vanter de détenir la réponse à tout: aucune idéologie, aussi complète soit-elle, ne saurait devenir la philosophie unique d'un territoire ou d'une population donnés sans conséquences catastrophiques, l'Histoire nous en offrant d'abondants exemples.

 

"A l'origine de toute idéologie, il y a une idée de penseurs ou de philosophes, qui imaginent des systèmes de société idéale. Ils créent une belle construction intellectuelle qui ne prend pas en considération la nature humaine, le temps et les moeurs. Ils réduisent ainsi la réalité à ce qu'ils en perçoivent dans leurs salons ou dans leurs bureaux. Cette réduction consiste essentiellement à séparer l'idée, le concept, d'une chose ou d'un être, de sa réalité profonde."

Une des causes de l'échec inévitable des idéologies est la généralisation de choses qui ne sauraient quitter le stade individuel et concret. Généraliser le cas particulier est une des composantes de cet échec, tout comme la normatisation de ce qui relève plus du désir que de la réalité, car une idéologie, c'est aussi la volonté d'un nombre restreint de personnes érigée en projet de société. Mais dès lors que la société est hétérogène, personne ne peut prétendre apporter des réponses aux questions des autres en se basant sur un unique point de vue. En d'autres termes, il est impossible de créer un système d'idées logique, voire mathématique, applicable au moi de tout un chacun, dans une société qui est caractérisée par sa diversité. La réalité de la nature humaine, parce qu'elle ne se laisse pas aisément définir, ne peut pas être ainsi déduite d'une seule "version des faits" produite par un nombre restreint de personnes.

 

Conception marxiste: une idéologie est l'ensemble des opinions sur les problèmes sociaux qui se forment sous l'influence de l'intérêt d'une classe sociale donnée et qui servent à la défense des intérêts de cette classe; c'est un synonyme de "fausse conscience" (manière déformée de voir la réalité)


Ces passages (principalement tirés de l'encyclopédie de l'Agora) méritent d'être retenus. Certains seraient avisés de ne pas s'enivrer de leurs idéologies plus ou moins anachroniques, sous peine de se voir complètement déconnectés de la réalité. Personne n'a encore su définir le but vers lequel nous devons converger, mais nous pouvons l'ignorer sans crainte: sans idéologies, il est toujours possible de se laisser guider par des valeurs déterminées dans l'accomplissement des tâches de la société. Mais la notion d'idéologie est morte, car elle est trop éloignée de l'individu et des choses concrètes pour encore être crédible.

Écrit par Diego Esteban dans Petite Philosophie | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer |  Facebook |

Portraits de candidats: Rémy Burri

Rémy Burri (Parti Libéral-Radical), 50 ans.

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Lorsque l'on rencontre Rémy Burri, la première chose que l'on retient est sa bonne humeur  inébranlable, doublée d'un optimisme apparemment sans faille, ou du moins une incapacité à se prendre la tête.

 

Jurassien d'origine, il a vécu toute sa jeunesse à Moutier, vivant de très près le contexte de l'indépendance du Jura en 1979. C'est cet épisode important de l'histoire suisse qui l'amena à s'intéresser à la politique, sans toutefois qu'il songe à rejoindre un parti.

 

Débarquant à Genève en 1985, il mène une vie active dans le monde associatif (il est entre autres Président de l'Union Genevoise des Musiques et des Chorales). En tant qu'homme de Foi, il voit en Dieu une véritable source d'inspiration dans tout ce qu'il fait. Sa formation d'employé de commerce l'a amené à travailler notamment comme expert fédéral en systèmes de transports collectifs; il est actuellement responsable opérationnel chez UNIRESO.

 

Consensuel et pragmatique, Rémy Burri est aussi un patriote, fier de la Suisse et de son parcours. Il a toujours essayé d'apporter sa pierre à l'édifice de la société, avant de se rendre compte que, pour influer véritablement sur les problèmes de la société, il fallait entrer en politique. Ayant régulièrement affaire à des élus qui le laissaient sans voix ("ils ne comprennent rien!"), il sentait qu'il fallait qu'il se lance en politique, afin de corriger le tir. Mais dans quel parti?

 

En 2006, choisit le Parti Radical, qui correspondait le mieux à ses valeurs personnelles. Il fut impressionné par le charisme de ses leaders, Pierre Maudet et François Longchamp qui redonnaient des couleurs aux valeurs radicales, se matérialisant dans une phrase qui le marquera à jamais: "liberté individuelle et justice sociale".

 

En 2007, on le convainc de se porter candidat aux élections municipales, ce qu'il accepte parce qu'on lui assure que personne n'est élu la première fois. Mais les Genevois l'élisent à sa grande surprise. Passant par le rôle de chef de groupe et de membre du Bureau du Conseil Municipal, il est réélu en 2011, mais sous la bannière du PLR. La fusion entre les libéraux et les radicaux (2009), Rémy Burri la vit très naturellement, estimant que la richesse d'un parti réside dans la diversité de ses membres. 

 

Cette année, il veut porter sa contribution de Conseiller Municipal au niveau supérieur, fort d'une bonne maîtrise des outils municipaux et du système, car il estime être trop limité dans le pouvoir d'influencer sur la vie de la société au seul niveau de la Ville. Il accepte, en cas d'élection (même s'il ne cache pas le fait que les places seront chères), la charge supplémentaire de travail, considérant que le Grand Conseil ne doit pas être laissé aux seules personnes qui ont tout le temps nécessaire à y consacrer, mais qui sont déconnectées de la réalité de l'élu-citoyen.

 

Vu son parcours professionnel, les domaines de prédiléction de Rémy Burri sont principalement des sujets "géographiques", la mobilité tout d'abord, les constructions et l'aménagement du territoire ensuite. En priorité, il souhaite permettre aux transports publics de se déplacer à une vitesse digne de ce nom et renforcer l'équité des transports (pour lui, un tram vaut bien 100 voitures, vu le nombre de passagers), s'atteler enfin aux défauts de la loi sur les constructions, qui n'arrive pas à faire aboutir les projets immobiliers, malgré des zones à construire abondantes.

 

Interrogé sur sa vision du monde politique actuel, il aborde tout d'abord la question de ses adversaires politiques; il reconnaît être opposé aux dogmatismes de gauche (principalement matérialisés chez les partis Ensemble à Gauche et le Parti Socialiste, mais aussi chez les Verts, malgré la fibre écologique que Rémy Burri reconnaît avoir), mais également au MCG, considérant que le PLR doit être capable de s'en démarquer clairement. Au moins, l'Alternative (Ensemble à Gauche - PS - Verts) a un vrai programme, contrairement au MCG qui "fait tout au bol".

 

Ceci ne l'empêche pas de considérer que le travail politique actuel a un bilan assez positif, notamment en ce qui concerne le développement des transports, les bons résultats en matière de gestion du chômage et des personnes dans le besoin, le fait que le volet "constructions" soit de moins en moins sujet à l'inertie... Il existe cependant un point négatif: Rémy Burri n'est pas sûr que l'on ait anticipé une baisse durable des recettes fiscales, avec le danger que représente la baisse de la compétitivité et de la maîtrise du savoir-faire en termes de formation des jeunes et des travailleurs.

 

Enfin, il présente sa vision de Genève: "c'est un paradoxe: sur plein d'aspects, c'est une métropole, mais sur d'autres, on dirait un grand village. Genève est en quelque sorte une métropole à dimension humaine". 

 

Pour conclure ce portrait, ne ne peux que vous encourager à suivre la campagne de Rémy Burri, principalement sur Facebook ou en allant à sa rencontre au Conseil Municipal de la Ville de Genève.

03/06/2013

Portraits de candidats: Caroline Marti

Caroline Marti (Parti Socialiste Genevois), 23 ans.

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Si l'on devait tout dire de sa personne en une seule phrase, on ne manquerait d'évoquer ce sourire radieux qui illumine tout un visage, dévoilant une âme d'une bonté à toute épreuve.

 

Des épreuves, ce n'est pas ce qui manquera à Caroline Marti, candidate au Grand Conseil genevois pour le Parti Socialiste, dont elle fera partie des 42 prétendants aux faveurs du peuple genevois en octobre 2013.

 

Cette jeune étudiante en sciences politiques à l'UNIGE  se dit consciente des difficultés auxquelles sont confrontés les jeunes dans le monde de l'emploi. Évitant ainsi de se montrer trop exigeante quant à sa vocation professionnelle, elle vise à l'avenir une activité ayant un lien étroit avec la politique ou le monde associatif.

 

La politique, c'est la force vitale de cette jeune femme qui se décrit comme "enthousiaste, dynamique, optimiste et consciencieuse". Ayant rejoint le PS à l'automne dernier, Caroline Marti est Co-Présidente de la Jeunesse Socialiste. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle elle s'est retrouvée aussi rapidement sur la liste électorale de son parti: "Adrien Faure [Co-Président de la JS] m'a demandé de me présenter avec lui sur la liste car il pensait qu'il fallait plus de candidatures des jeunes du parti". Pourtant, ce n'est pas par simple souci de représentation générationnelle qu'elle se fait désigner candidate par le congrès du PS: la vocation est bien là. Fondamentalement socialiste dans l'âme, elle est guidée par sa volonté de renforcer la place de l'égalité et de la solidarité dans les relations sociales.

 

Interrogée sur l'état actuel du monde politique genevois et des enjeux cantonaux, elle ne peut s'empêcher d'être critique envers la droite, qu'elle reproche de "sabrer dans les prestations de manière aveugle sans analyse", faisant notamment référence à la saga budgétaire du Grand Conseil genevois, lors de laquelle une majorité de la droite dite dure a défendu une coupe linéaire conséquente dans les prestations de l'Etat. Selon elle, cette politique est très néfaste car elle péjore directement le cadre éducatif des jeunes, un sujet qui lui tient très à coeur.

 

Le thème de la jeunesse est certainement celui qu'elle connaît le mieux. Si elle devait avoir le temps de réaliser un seul projet pendant la législature, elle instituerait une obligation de rémunérer les stages. Selon elle, "les stages non-payés sont la forme la plus criante d'exploitation", ce qui est d'autant plus scandaleux lorsque les entreprises abusent de la force de travail de jeunes déjà diplômés ou du moins très compétents. Dans cette optique, elle se réjouit déjà des débats qui animeront la votation sur l'initiative populaire pour un salaire minimum. 

 

Outre celui de la jeunesse, d'autres thèmes suscitent énormément d'intérêt chez elle. Étant étudiante, elle est quotidiennement confrontée aux questions relatives à la vie étudiante, particulièrement à l'université; en ce qui concerne les enfants, elle milite activement en faveur du référendum contre la révision des normes d'accueil de la petite enfance. La thématique de l'égalité hommes-femmes occupe pour sa part une place importante dans sa vision de la société. De plus, elle considère que sa vocation réside dans un trio de "poids lourds" des thématiques politiques (qui, selon elle, sont fortement liées): mobilité, logement, emploi. Enfin, convaincue de la prépondérance de l'éducation dans les priorités sociales, elle condamne fermement des propositions comme celles d'Oskar Freysinger, postulant que les enfants sans-papiers n'ont pas droit à l'enseignement.

 

L'enthousiasme avec lequel elle défend ses idées est à lui seul un gage d'une législature active et innovante; mais une élection est-elle possible, alors qu'elle occupe la 17ème place dans la liste du Parti Socialiste? "Je pense pouvoir être élue", dit-elle, confiante. Et une fois dans ses fonctions, la charge de travail et l'ambiance lui seront-t-elles supportables? Consciente du fait qu'elle ne peut pas raisonnablement se porter candidate sans avoir du temps à consacrer à son mandat, elle en se fait pas trop de soucis quant à la charge de travail. En ce qui concerne l'ambiance, pas de problèmes: elle se considère "plutôt conciliante et capable d'apaiser les conflits plutôt que de les attiser".

 

Caroline Marti n'est cependant pas individualiste: son but premier est de faire réussir la campagne de son parti, et si cette réussite s'accompagne d'une accession à la députation, tant mieux! En tant que collaboratrice logistique de la campagne du PS, elle est au coeur de la campagne, et se montre assez optimiste quant à son issue, tant elle est convaincue que la variété et la qualité de ses camarades peuvent laisser augurer une progression de son parti dans la population. Et il serait bien avisé de la croire: elle aime se lancer dans les défis, sans pour autant être une tête brûlée.

 

Interrogée sur sa vision de Genève, elle pense que la richesse du canton réside dans la proximité entre les divers services et offres, qui rapproche les Genevois et crée ainsi une dimension humaine saine dans laquelle elle se reconnaît. Cet amour de Genève ne l'empêche pas de nourrir quelques craintes à son sujet: selon elle, le repli identitaire est le plus grand danger qui plane sur le canton. "Je suis contre la protection de quelques personnes au détriment d'autres, car Genève est multiculturelle et doit le rester". Parfois, lorsque, sur les stands, un passant l'accuse de ne pas penser aux Genevois, elle répond que le PS pense à toutes et à tous, y compris les Genevois.

 

Caroline Marti est donc une passionnée de politique, qui dans toute sa bienveillance a un certain nombre de projets mûris à proposer aux Genevois à partir du mois d'octobre. Reconnaît-elle des adversaires qu'elle serait amenée à combattre, malgré son esprit conciliateur? Cela dépend des sujets: sur des questions identitaires, elle est radicalement opposée à l'UDC et au MCG en ce sens qu'elle considère comme exagérément réductrice leur vision de ce que sont les Genevois. Sur des questions économiques, elle reconnaît le PLR comme son adversaire idéologique principal, en raison de sa vision de l'État minimal. Mais si elle admet avoir des adversaires, elle n'a pas d'ennemis.

 

Considérant ne pas avoir de maître à penser, ni d'idole en particulier, elle fait toutefois sienne l'expression de Stéphane Hessel: "indignez-vous, engagez-vous!"

 

Pour conclure ce portrait, il ne me reste qu'à vous encourager à suivre la campagne de Caroline Marti, en allant à sa rencontre sur les stands du Parti Socialiste Genevois (dont le calendrier se trouve sur le site www.ps-ge.ch).