10/06/2013

Portraits de candidats: Jean-Charles Lathion

Jean-Charles Lathion (Parti Démocrate-Chrétien), 63 ans

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Jean-Charles Lathion fait de la politique comme il travaille: il n'aspire qu'à atteindre sans détour ni conflit le but qu'il se fixe, un point c'est tout. C'est si rare de se retrouver face à un discours à ce point sérieux, constructif et honnête chez un homme politique, que c'est certainement cette qualité qui le rend unique. Sa devise reflète d'ailleurs ce trait de caractère: "agir avec sérieux sans trop se prendre au sérieux".

 

Valaisan d'origine, vénitien par sa mère, cet homme aux valeurs humanistes, très attaché à ses racines, fait de la politique car il souhaite se rendre utile à une société qui doit évoluer. Il se définit aussi comme créatif, ce qui se vérifie dans son impressionnant parcours professionnel, et à travers tous les projets qu'il a réalisés ou auxquels il a participé.

 

Ayant goûté aux études de droit avant d'obtenir une licence en lettres à l'Université de Genève, puis un certificat d'aptitude de l'enseignement post-obligatoire, Jean-Charles Lathion a participé à la création et à l'installation de la première École de Culture Générale (ECG Henri-Dunant), en a été directeur adjoint pendant sept ans, a officié en tant que responsable de la culture, de l'information et des élèves à la direction générale de l'enseignement secondaire, a ensuite repris en 1989 les rênes du service de la formation professionnelle à la direction générale de l'OFPC (à l'époque: OOFP), pour devenir, après 15 ans à ce poste, directeur chargé du développement et de la promotion de la formation professionnelle.

 

Cette riche expérience dans le milieu de la formation l'a amené à devenir un des pères fondateurs de la cité des métiers (grande exposition trisanuelle se déroulant à Palexpo), à participer à l'ouverture de la cité des métiers permanente, à contribuer à l'adaptation législative découlant de la réforme de la loi sur la formation professionnelle (qui concernait plus de 300 textes administratifs et légaux), à fonder le prix de la meilleure entreprise formatrice... Le projet dont il est le plus fier est la mise en place de la cérémonie de remise des CFC et des prix aux apprentis. En effet, alors qu'en 1989 encore les CFC étaient reçus par la poste, Jean-Charles Lathion a permis aux apprentis de recevoir dignement leurs titres, dans un évènement qui regroupe chaque année plus de 4000 personnes.

 

Il explique avoir beaucoup de plaisir à faire ce qu'il fait, car il a la possibilité de participer à l'amélioration du système et de voir que ses propositions sont écoutées. Il s'est ensuite intéressé à la politique, car, ayant été président de l'Union des Cadres de l'Administration, il a occupé des fonctions similaires à celle des élus qu'il côtoyait fréquemment, ce qui l'a motivé à servir une cause. Le PDC, qu'il rejoignit à 45 ans en 1995, le convainquit parce que les idées défendues en son sein correspondaient à ses valeurs humanistes. Il s'intéressa aux efforts de ce parti pour créer une économie forte, garantir la bonne santé des entreprises, mieux développer les prestations sociales au service de la population, et surtout pour ne pas faire dans l'esbroufe. En effet, Jean-Charles Lathion estime que: "ce qu'il faut dire n'est pas nécessairement porteur médiatiquement, mais fondamentalement utile à la société".

 

En 1999, il est élu au Conseil Municipal de la Ville de Genève, où il a successivement été réélu en 2003, 2007 et enfin 2011, pour sa quatrième législature. C'est cette expérience politique et professionnelle de taille qui l'a amené à avancer sa candidature pour l'élection du Grand Conseil en octobre 2013. Interrogé sur ses priorités pour la prochaine législature, il avance trois sujets: d'une part, l'emploi, composante la plus essentielle de la société active, d'autre part, le développement de l'agglomération ("Grand Genève") qui est actuellement asphyxiée par le manque de collaboration avec nos voisins vaudois et français, car il faut "concrétiser le partenariat par des cofinancements et non par des promesses et des projets à très long terme", et enfin, l'amélioration des relations Ville-Etat, où règnent trop souvent des oppositions d'origine politique et contribuant au blocage des dossiers ("quand les électeurs mettent un bulletin dans l'urne, ils espèrent que le monde politique va se mettre d'accord sans provoquer des conflits; on est beaucoup trop dans la politique-spectacle").

 

C'est justement son mépris envers la politique-spectacle qui l'amène à douter des méthodes du MCG et d'Ensemble à Gauche. Il n'aime pas leur tendance à enfoncer des portes ouvertes et à la gesticulation politique: "ils sont prêts à faire feu de tout bois pour récolter des électeurs sans craindre de tomber dans la démagogie, et je suis désespéré de voir que la population aime ça [...] on a tendance à plus considérer les gros titres que le contenu".

 

Quant à sa vision de Genève, Jean-Charles Lathion parle d'un terminal, une enclave dans la France, mais également une ouverture vers d'autres cultures. Une ville internationale, riche de sa diversité culturelle et du mélange des populations. Une ville généreuse, une ville d'affaires, située sur un site extraordinaire. Mais il se montre quelque peu déçu de voir que Genève ne promeut pas de manière satisfaisante ses nombreuses richesses culturelles. Il met également en garde contre le fait qu'il ne faut pas perdre les organisations internationales et les multinationales situées sur le territoire, et pour ce faire, créer des conditions-cadre pour qu'elles viennent et qu'elles restent.

 

Interrogé sur ses éventuels maîtres à penser, il mentionne Maurice Zermatten (écrivain valaisan), un de ses professeurs, qui a eu beaucoup d'influence sur sa vie. Il lui rend hommage, car c'est grâce à lui qu'il a appris à aimer et à expliquer les oeuvres littéraires, à les analyser, à construire un discours et une présentation à travers elles... Jean-Charles Lathion a appliqué ses méthodes dans la vie de tous les jours, ce qui l'a enrichi intellectuellement et lui a permis de se construire par une approche pragmatique.

 

Pour conclure ce portrait, je ne peux que vous inviter à aller à sa rencontre (au Conseil Municipal de la Ville de Genève) et à suivre sa campagne (sur Facebook) en vue des élections d'octobre prochain.

05/06/2013

Qu'est-ce qu'une idéologie?

"Dans l'usage courant, le mot idéologie est un vague synonyme de philosophie, de système de pensée, souvent utilisé dans un sens péjoratif pour désigner un discours coupé du réel. [...] Il désigne une construction collective de l'esprit dont le but apparent est de dire le sens des choses, mais dont la fonction réelle est de masquer une situation intolérable."


Aujourd'hui, la notion de "pensée unique" fait sa loi dans différents domaines. "L'idéologie [...] est la dictature d'une réalité partielle, qui devient la valeur suprême.", une phrase que l'on serait tenté d'imprimer dans le marbre, dès lors que l'on fait sienne une pensée quelconque, qui porte un nom en "-isme" (libéralisme, nationalisme, anarchisme, écologisme, socialisme, communisme, christianisme, islamisme, machisme, féminisme, terrorisme, capitalisme...). Tous les courants de ce genre méritent de ne jamais être appliqués dans leur ensemble à une société, car c'est bien connu, personne ne peut se vanter de détenir la réponse à tout: aucune idéologie, aussi complète soit-elle, ne saurait devenir la philosophie unique d'un territoire ou d'une population donnés sans conséquences catastrophiques, l'Histoire nous en offrant d'abondants exemples.

 

"A l'origine de toute idéologie, il y a une idée de penseurs ou de philosophes, qui imaginent des systèmes de société idéale. Ils créent une belle construction intellectuelle qui ne prend pas en considération la nature humaine, le temps et les moeurs. Ils réduisent ainsi la réalité à ce qu'ils en perçoivent dans leurs salons ou dans leurs bureaux. Cette réduction consiste essentiellement à séparer l'idée, le concept, d'une chose ou d'un être, de sa réalité profonde."

Une des causes de l'échec inévitable des idéologies est la généralisation de choses qui ne sauraient quitter le stade individuel et concret. Généraliser le cas particulier est une des composantes de cet échec, tout comme la normatisation de ce qui relève plus du désir que de la réalité, car une idéologie, c'est aussi la volonté d'un nombre restreint de personnes érigée en projet de société. Mais dès lors que la société est hétérogène, personne ne peut prétendre apporter des réponses aux questions des autres en se basant sur un unique point de vue. En d'autres termes, il est impossible de créer un système d'idées logique, voire mathématique, applicable au moi de tout un chacun, dans une société qui est caractérisée par sa diversité. La réalité de la nature humaine, parce qu'elle ne se laisse pas aisément définir, ne peut pas être ainsi déduite d'une seule "version des faits" produite par un nombre restreint de personnes.

 

Conception marxiste: une idéologie est l'ensemble des opinions sur les problèmes sociaux qui se forment sous l'influence de l'intérêt d'une classe sociale donnée et qui servent à la défense des intérêts de cette classe; c'est un synonyme de "fausse conscience" (manière déformée de voir la réalité)


Ces passages (principalement tirés de l'encyclopédie de l'Agora) méritent d'être retenus. Certains seraient avisés de ne pas s'enivrer de leurs idéologies plus ou moins anachroniques, sous peine de se voir complètement déconnectés de la réalité. Personne n'a encore su définir le but vers lequel nous devons converger, mais nous pouvons l'ignorer sans crainte: sans idéologies, il est toujours possible de se laisser guider par des valeurs déterminées dans l'accomplissement des tâches de la société. Mais la notion d'idéologie est morte, car elle est trop éloignée de l'individu et des choses concrètes pour encore être crédible.

Écrit par Diego Esteban dans Petite Philosophie | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer |  Facebook |

Portraits de candidats: Rémy Burri

Rémy Burri (Parti Libéral-Radical), 50 ans.

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Lorsque l'on rencontre Rémy Burri, la première chose que l'on retient est sa bonne humeur  inébranlable, doublée d'un optimisme apparemment sans faille, ou du moins une incapacité à se prendre la tête.

 

Jurassien d'origine, il a vécu toute sa jeunesse à Moutier, vivant de très près le contexte de l'indépendance du Jura en 1979. C'est cet épisode important de l'histoire suisse qui l'amena à s'intéresser à la politique, sans toutefois qu'il songe à rejoindre un parti.

 

Débarquant à Genève en 1985, il mène une vie active dans le monde associatif (il est entre autres Président de l'Union Genevoise des Musiques et des Chorales). En tant qu'homme de Foi, il voit en Dieu une véritable source d'inspiration dans tout ce qu'il fait. Sa formation d'employé de commerce l'a amené à travailler notamment comme expert fédéral en systèmes de transports collectifs; il est actuellement responsable opérationnel chez UNIRESO.

 

Consensuel et pragmatique, Rémy Burri est aussi un patriote, fier de la Suisse et de son parcours. Il a toujours essayé d'apporter sa pierre à l'édifice de la société, avant de se rendre compte que, pour influer véritablement sur les problèmes de la société, il fallait entrer en politique. Ayant régulièrement affaire à des élus qui le laissaient sans voix ("ils ne comprennent rien!"), il sentait qu'il fallait qu'il se lance en politique, afin de corriger le tir. Mais dans quel parti?

 

En 2006, choisit le Parti Radical, qui correspondait le mieux à ses valeurs personnelles. Il fut impressionné par le charisme de ses leaders, Pierre Maudet et François Longchamp qui redonnaient des couleurs aux valeurs radicales, se matérialisant dans une phrase qui le marquera à jamais: "liberté individuelle et justice sociale".

 

En 2007, on le convainc de se porter candidat aux élections municipales, ce qu'il accepte parce qu'on lui assure que personne n'est élu la première fois. Mais les Genevois l'élisent à sa grande surprise. Passant par le rôle de chef de groupe et de membre du Bureau du Conseil Municipal, il est réélu en 2011, mais sous la bannière du PLR. La fusion entre les libéraux et les radicaux (2009), Rémy Burri la vit très naturellement, estimant que la richesse d'un parti réside dans la diversité de ses membres. 

 

Cette année, il veut porter sa contribution de Conseiller Municipal au niveau supérieur, fort d'une bonne maîtrise des outils municipaux et du système, car il estime être trop limité dans le pouvoir d'influencer sur la vie de la société au seul niveau de la Ville. Il accepte, en cas d'élection (même s'il ne cache pas le fait que les places seront chères), la charge supplémentaire de travail, considérant que le Grand Conseil ne doit pas être laissé aux seules personnes qui ont tout le temps nécessaire à y consacrer, mais qui sont déconnectées de la réalité de l'élu-citoyen.

 

Vu son parcours professionnel, les domaines de prédiléction de Rémy Burri sont principalement des sujets "géographiques", la mobilité tout d'abord, les constructions et l'aménagement du territoire ensuite. En priorité, il souhaite permettre aux transports publics de se déplacer à une vitesse digne de ce nom et renforcer l'équité des transports (pour lui, un tram vaut bien 100 voitures, vu le nombre de passagers), s'atteler enfin aux défauts de la loi sur les constructions, qui n'arrive pas à faire aboutir les projets immobiliers, malgré des zones à construire abondantes.

 

Interrogé sur sa vision du monde politique actuel, il aborde tout d'abord la question de ses adversaires politiques; il reconnaît être opposé aux dogmatismes de gauche (principalement matérialisés chez les partis Ensemble à Gauche et le Parti Socialiste, mais aussi chez les Verts, malgré la fibre écologique que Rémy Burri reconnaît avoir), mais également au MCG, considérant que le PLR doit être capable de s'en démarquer clairement. Au moins, l'Alternative (Ensemble à Gauche - PS - Verts) a un vrai programme, contrairement au MCG qui "fait tout au bol".

 

Ceci ne l'empêche pas de considérer que le travail politique actuel a un bilan assez positif, notamment en ce qui concerne le développement des transports, les bons résultats en matière de gestion du chômage et des personnes dans le besoin, le fait que le volet "constructions" soit de moins en moins sujet à l'inertie... Il existe cependant un point négatif: Rémy Burri n'est pas sûr que l'on ait anticipé une baisse durable des recettes fiscales, avec le danger que représente la baisse de la compétitivité et de la maîtrise du savoir-faire en termes de formation des jeunes et des travailleurs.

 

Enfin, il présente sa vision de Genève: "c'est un paradoxe: sur plein d'aspects, c'est une métropole, mais sur d'autres, on dirait un grand village. Genève est en quelque sorte une métropole à dimension humaine". 

 

Pour conclure ce portrait, ne ne peux que vous encourager à suivre la campagne de Rémy Burri, principalement sur Facebook ou en allant à sa rencontre au Conseil Municipal de la Ville de Genève.

03/06/2013

Portraits de candidats: Caroline Marti

Caroline Marti (Parti Socialiste Genevois), 23 ans.

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Si l'on devait tout dire de sa personne en une seule phrase, on ne manquerait d'évoquer ce sourire radieux qui illumine tout un visage, dévoilant une âme d'une bonté à toute épreuve.

 

Des épreuves, ce n'est pas ce qui manquera à Caroline Marti, candidate au Grand Conseil genevois pour le Parti Socialiste, dont elle fera partie des 42 prétendants aux faveurs du peuple genevois en octobre 2013.

 

Cette jeune étudiante en sciences politiques à l'UNIGE  se dit consciente des difficultés auxquelles sont confrontés les jeunes dans le monde de l'emploi. Évitant ainsi de se montrer trop exigeante quant à sa vocation professionnelle, elle vise à l'avenir une activité ayant un lien étroit avec la politique ou le monde associatif.

 

La politique, c'est la force vitale de cette jeune femme qui se décrit comme "enthousiaste, dynamique, optimiste et consciencieuse". Ayant rejoint le PS à l'automne dernier, Caroline Marti est Co-Présidente de la Jeunesse Socialiste. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle elle s'est retrouvée aussi rapidement sur la liste électorale de son parti: "Adrien Faure [Co-Président de la JS] m'a demandé de me présenter avec lui sur la liste car il pensait qu'il fallait plus de candidatures des jeunes du parti". Pourtant, ce n'est pas par simple souci de représentation générationnelle qu'elle se fait désigner candidate par le congrès du PS: la vocation est bien là. Fondamentalement socialiste dans l'âme, elle est guidée par sa volonté de renforcer la place de l'égalité et de la solidarité dans les relations sociales.

 

Interrogée sur l'état actuel du monde politique genevois et des enjeux cantonaux, elle ne peut s'empêcher d'être critique envers la droite, qu'elle reproche de "sabrer dans les prestations de manière aveugle sans analyse", faisant notamment référence à la saga budgétaire du Grand Conseil genevois, lors de laquelle une majorité de la droite dite dure a défendu une coupe linéaire conséquente dans les prestations de l'Etat. Selon elle, cette politique est très néfaste car elle péjore directement le cadre éducatif des jeunes, un sujet qui lui tient très à coeur.

 

Le thème de la jeunesse est certainement celui qu'elle connaît le mieux. Si elle devait avoir le temps de réaliser un seul projet pendant la législature, elle instituerait une obligation de rémunérer les stages. Selon elle, "les stages non-payés sont la forme la plus criante d'exploitation", ce qui est d'autant plus scandaleux lorsque les entreprises abusent de la force de travail de jeunes déjà diplômés ou du moins très compétents. Dans cette optique, elle se réjouit déjà des débats qui animeront la votation sur l'initiative populaire pour un salaire minimum. 

 

Outre celui de la jeunesse, d'autres thèmes suscitent énormément d'intérêt chez elle. Étant étudiante, elle est quotidiennement confrontée aux questions relatives à la vie étudiante, particulièrement à l'université; en ce qui concerne les enfants, elle milite activement en faveur du référendum contre la révision des normes d'accueil de la petite enfance. La thématique de l'égalité hommes-femmes occupe pour sa part une place importante dans sa vision de la société. De plus, elle considère que sa vocation réside dans un trio de "poids lourds" des thématiques politiques (qui, selon elle, sont fortement liées): mobilité, logement, emploi. Enfin, convaincue de la prépondérance de l'éducation dans les priorités sociales, elle condamne fermement des propositions comme celles d'Oskar Freysinger, postulant que les enfants sans-papiers n'ont pas droit à l'enseignement.

 

L'enthousiasme avec lequel elle défend ses idées est à lui seul un gage d'une législature active et innovante; mais une élection est-elle possible, alors qu'elle occupe la 17ème place dans la liste du Parti Socialiste? "Je pense pouvoir être élue", dit-elle, confiante. Et une fois dans ses fonctions, la charge de travail et l'ambiance lui seront-t-elles supportables? Consciente du fait qu'elle ne peut pas raisonnablement se porter candidate sans avoir du temps à consacrer à son mandat, elle en se fait pas trop de soucis quant à la charge de travail. En ce qui concerne l'ambiance, pas de problèmes: elle se considère "plutôt conciliante et capable d'apaiser les conflits plutôt que de les attiser".

 

Caroline Marti n'est cependant pas individualiste: son but premier est de faire réussir la campagne de son parti, et si cette réussite s'accompagne d'une accession à la députation, tant mieux! En tant que collaboratrice logistique de la campagne du PS, elle est au coeur de la campagne, et se montre assez optimiste quant à son issue, tant elle est convaincue que la variété et la qualité de ses camarades peuvent laisser augurer une progression de son parti dans la population. Et il serait bien avisé de la croire: elle aime se lancer dans les défis, sans pour autant être une tête brûlée.

 

Interrogée sur sa vision de Genève, elle pense que la richesse du canton réside dans la proximité entre les divers services et offres, qui rapproche les Genevois et crée ainsi une dimension humaine saine dans laquelle elle se reconnaît. Cet amour de Genève ne l'empêche pas de nourrir quelques craintes à son sujet: selon elle, le repli identitaire est le plus grand danger qui plane sur le canton. "Je suis contre la protection de quelques personnes au détriment d'autres, car Genève est multiculturelle et doit le rester". Parfois, lorsque, sur les stands, un passant l'accuse de ne pas penser aux Genevois, elle répond que le PS pense à toutes et à tous, y compris les Genevois.

 

Caroline Marti est donc une passionnée de politique, qui dans toute sa bienveillance a un certain nombre de projets mûris à proposer aux Genevois à partir du mois d'octobre. Reconnaît-elle des adversaires qu'elle serait amenée à combattre, malgré son esprit conciliateur? Cela dépend des sujets: sur des questions identitaires, elle est radicalement opposée à l'UDC et au MCG en ce sens qu'elle considère comme exagérément réductrice leur vision de ce que sont les Genevois. Sur des questions économiques, elle reconnaît le PLR comme son adversaire idéologique principal, en raison de sa vision de l'État minimal. Mais si elle admet avoir des adversaires, elle n'a pas d'ennemis.

 

Considérant ne pas avoir de maître à penser, ni d'idole en particulier, elle fait toutefois sienne l'expression de Stéphane Hessel: "indignez-vous, engagez-vous!"

 

Pour conclure ce portrait, il ne me reste qu'à vous encourager à suivre la campagne de Caroline Marti, en allant à sa rencontre sur les stands du Parti Socialiste Genevois (dont le calendrier se trouve sur le site www.ps-ge.ch). 

02/06/2013

Election du Conseil Fédéral par le peuple: oui mais...

Pour cette première publication depuis longtemps sur ce blog, je souhaite m'arrêter un moment sur l'initiative pour une élection du Conseil Fédéral par le peuple, qui sera soumise au vote dans une semaine.

 

Dans des pays se réclamant démocratiques, il va en général de soi que le peuple élise la tête de son exécutif. La Suisse y fait exception: le citoyen n'élit que les parlementaires qui représenteront son canton et qui éliront les sept Conseillers Fédéraux (les élus du peuple et des cantons sont d'ailleurs tous éligibles au Conseil Fédéral, et le citoyen doit s'attendre, en élisant les Conseillers Nationaux et les Conseillers aux États de son canton, à ce que l'un d'entre eux puisse être élu au gouvernement). Cette manière de procéder a permis la représentation plus ou moins équilibrée de plusieurs composantes du pays et de sa population: les partis les plus importants (UDC, PS, PDC, PLR; 80% de l'électorat) et les deux premières régions linguistiques (88.4% de la population) y sont représentés, donnant à la Suisse une stabilité politique exemplaire. En 2007, le Conseiller Fédéral Christoph Blocher ne fut pas réélu par ses collègues de l'Assemblée Fédérale, qui lui avaient préféré sa camarade de parti Evelyne Widmer-Schlumpf, à caractère plus collégial (la collégialité du Conseil Fédéral est une exigence légale qui figure à l'art. 4 LOGA). À l'UDC, ce fut un véritable séisme, qui amena le parti à expulser cette dernière de leurs rangs. De ce fait, l'idée d'une élection du Conseil Fédéral par le peuple s'est rapidement concrétisée, et la question sera donc à l'ordre du jour lors du scrutin du 9 juin 2013.

 

L'UDC propose une élection au système proportionnel intégral des sept ministres de l'exécutif suisse (ôtant ainsi cette tâche à l'Assemblée Fédérale), en réservant deux sièges au moins à la "minorité latine". Le problème est que cette proposition néglige entièrement la tradition fédéraliste de l'élection des autorités nationales (en créant une unique circonscription portant sur l'intégralité du territoire) et trahit un état d'esprit condescendant parquant les minorités linguistiques "non-germaniques" dans deux sièges. Là où un meilleur contrôle populaire de la composition du Conseil Fédéral est une bonne idée, c'en est une mauvaise de l'instituer au détriment de la diversité culturelle et fédéraliste de la Suisse. Il me semble possible, raisonnable et même souhaitable de permettre un contrôle populaire accru sur la composition du Conseil Fédéral, sans pour autant passer par des sacrifices inutiles du système actuel, qui fait ses preuves. Et a priori, un extension des droits politiques, même pour la démocratie la plus directe au monde, est toujours nécessaire (tant qu'elle n'aboutit pas à une dictature du peuple).

 

Mais les critiques à l'endroit du Conseil Fédéral existent. Elles se rapportent principalement à la personnalité des ministres, jugée terne, et aux tractations obscures entre partis en vue de l'élection. Si des ministres mous sont a priori incapables de gouverner efficacement en temps de crise, des "grandes gueules" sont davantage propres à diviser plutôt qu'à rassembler. Quant aux "magouilles" partisanes, il faut garder à l'esprit que les partis doivent forcément se mettre d'accord sur ceux qu'ils vont élire s'ils veulent garantir l'équilibre entre partis politiques et régions linguistiques. Je pense cependant qu'il existe une meilleure solution que celle proposée par l'UDC: les électeurs de chaque canton devraient pouvoir élire, en plus de leurs parlementaires fédéraux, un "candidat à la candidature au Conseil Fédéral", choisi parmi les candidats (élus). En effet, les citoyens cantonaux, sans directement nommer les Conseillers Fédéraux, comme le propose l'UDC, au terme d'une super-campagne coûteuse, auraient le pouvoir de déterminer qui est éligible.

 

Actuellement, tous les 246 élus du peuple et des cantons sont automatiquement éligibles au Conseil Fédéral, et c'est pourquoi chaque parti filtre les candidatures internes jusqu'à trouver son "ministre idéal". Avec la nuance que je défends, il n'y aurait que 26 candidats potentiels, ayant tous récolté le plus de voix chez eux, ce qui devrait en soi être garant de leur popularité. Ainsi, la légitimité populaire des ministres s'en trouverait augmentée. La question peut se poser de savoir comment la représentation partisane et féminine pourra être assurée, si, lors d'une élection, les plus populaires des cantons (statistiquement très majoritairement masculins) ne sont issus que de deux partis. 

 

En conclusion, l'élection du Conseil Fédéral par le peuple n'est pas nécessaire dans sa forme absolue, tant le système actuel fonctionne bien. Il est en revanche justifié de demander à ce que la légitimité des sept sages soit renforcée. Par ces quelques réflexions, je défends de légères modifications au niveau de la procédure du vote cantonal, dans le but de restreindre la marge de manoeuvre des partis, en limitant le nombre d'élus susceptibles d'être nommés au Conseil Fédéral, au profit de ceux qui arrivent à rassembler une majorité à leur endroit, déjà au niveau de leurs cantons respectifs. L'initiative de l'UDC, elle, prend malheureusement trop la forme d'un passage en force pour être acceptable, même si l'idée de base, quels que soient les motifs qui ont abouti à son lancement, est pertinente.

Écrit par Diego Esteban dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer |  Facebook |