09/10/2013

Rari nantes in gurgite vasto

En voyant les résultats de dimanche dernier, j'éprouve beaucoup de peine à me sentir satisfait. Loin de là, je ressens de l'amertume, la même qui vient certainement à la bouche de tout militant qui, pendant des mois, s'est battu loyalement pour ses idées dans un esprit politicien au sens positif du terme, c'est-à-dire par la promotion d'un projet de société qui semble noble à ses yeux, plutôt que par la destruction de celui des autres. Pourquoi cette amertume? Il suffit de se rendre compte des méthodes qui ont permis à certains de vaincre et d'observer ce que les résultats de ces élections signifieront pour les 4.5 années à venir afin que la réponse aille de soi.

 

Trois blocs unis, ou pas.

Préparez-vous à vivre une législature dans laquelle les luttes partisanes primeront toute réflexion pragmatique, à tout le moins dans les votes importants et pour autant que les élus ne soient pas tentés de voter autrement qu'en accord avec leur groupe (quelle horreur, des dissidents!). Entente (35 sièges) contre Alternative (34 sièges) contre extrême-droite (31 sièges), voilà le schéma grossièrement résumé du train-train que constituera la vie de tous les jours de notre parlement cantonal. Pour rappel, la répartition actuelle est de 42 sièges pour l'Entente, 32 pour l'Alternative, et 26 pour l'extrême-droite.

 

Le bloc PLR-PDC est le plus soudé des trois. Cependant, des troubles agitent chacune de ses deux composantes: au sein du PLR, il est impossible de savoir si et à quel point les sceptiques de l'avant-fusion auront influé sur le pourcentage de voix du premier parti du canton, qui se situe à mi-chemin entre son score de 2009 et celui de 2011 (pour les élections fédérales). En revanche, le PDC se prépare à vivre des moments houleux, lors desquels le ras-le-bol de certains ne manquera pas de se faire entendre: il s'agit principalement de jeunes, qui critiquent vertement le favoritisme dont ont fait preuve les caciques de leur parti, particulièrement Philippe Morel, avec les dizaines de milliers de francs qu'il a dépensés pour sa publicité personnelle (dont ses célèbres culs de bus). En partie candidats eux-mêmes, ces jeunes battus par l'opulence insolente de quelques-uns ont raison de s'indigner, sachant que les idées sont censées primer l'argent dans une élection...

 

Le bloc PS-Verts-Ensemble à Gauche, lui, est revenu à la hauteur du bloc de la droite bourgeoise avec 34 députés, contre 35 pour cette dernière. Au Grand Conseil en revanche, il sera plus délicat de mettre d'accord les membres de ce front sur tous les sujets, tout d'abord en raison du fait qu'il compte plus de composantes que pour les deux autres blocs, ce qui est rendu encore plus compliqué par le fait qu'Ensemble à Gauche est déjà en soi une coalition de divers mouvements, qui ont mis huit ans à arrêter de se disputer. On peut également distinguer les rose-verts des rouges au niveau stratégique (PS et Verts ayant été représentés au sein des autorités cantonales durant les huit dernières années, contrairement à Ensemble à Gauche), ce qui rajoute encore de la complexité à cette situation. Malgré une union moins aisée à construire que pour l'Entente, l'Alternative constitue malgré tout un front très engagé dans la défense des droits sociaux et des idées écologistes, et n'aura sans doute aucune peine à unir ses éléments sur ces questions dans les épreuves de force que constitueront les débats de la législature 2013-2018.

 

Le bloc de l'extrême-droite n'est de son côté qu'une alliance de circonstance. C'est entre UDC et MCG que l'on a pu observer le plus d'échanges de piques venimeuses durant cette campagne, une des plus remarquables étant l'oeuvre d'Eric Bertinat, député UDC: "le MCG préfère défendre le bougnoule (sic!) qui vit à Genève plutôt que le Suisse qui habite en France." Les divergences entre ces deux partis sont visiblement trop nombreuses pour que l'on y aperçoive les signes d'une véritable alliance. D'ailleurs, il est probable que le MCG (comme il en a l'habitude) décide "comme ça" de voter avec le front de l'Alternative, simplement car c'est "marrant" de transformer une majorité PLR-PDC-UDC-MCG (66 députés) en une majorité EàG-PS-Verts-MCG (54 députés), juste pour montrer que le slogan "ni à droite, ni à gauche" a un semblant de vérité.

 

Bref, c'est déjà la gabegie stratégique, et il y a fort à parier que le jeu des alliances dictera véritablement la direction politique du canton jusqu'au printemps 2018. Voilà la première cause de mon amertume de militant: on se bat des mois durant pour faire valoir une vision de société, qui devient la raison idéale de notre engagement, et on s'aperçoit qu'au final les décisions seront prises selon le jeu de "qui a la plus grosse." C'est sans même mentionner l'élection de personnes n'ayant pas de projet de société du tout, mais des cordes vocales en bon état de marche et/ou un riche vocabulaire scatologique dont raffolent les collaborateurs de la presse de caniveau.

 

Un progrès pour Genève? 

Le changement est la revendication incontournable des partis minoritaires, ainsi que de leurs électeurs. La nouvelle Constitution devait justement amener un vent de réformes sur la République, mais comme le relève le blogueur Olivier Perroux, les rares anciens constituants ayant été élus comptaient pour la majorité dans les opposants à la révision totale de l'an dernier. Ainsi, ces derniers sont représentés dans un Grand Conseil chargé précisément de l'appliquer: il y a là un conflit d'intérêts évident, auquel s'ajoute un sérieux risque de stagnation, quand bien même le peuple genevois avait appuyé la nouvelle Constitution ainsi que toutes les modifications qu'elle implique. Vu le manque d'enthousiasme dont fait preuve l'Entente pour appliquer la jeune loi fondamentale, les partis qui militeront pour sa mise en oeuvre apparaissent peu nombreux. Qui d'autre, à part le PS et les Verts, voudra donc bien se charger d'appliquer la volonté populaire exprimée il y a un an?

 

De plus, le changement réclamé à peu près par tous les partis n'a globalement pas été suivi par les électeurs, puisqu'une nette majorité des sortants a pu conserver ses sièges. Une seule parmi les quatre sortants au Conseil d'Etat n'a pas franchi le premier tour, et seulement 25% des députés sortants ont été sanctionnés par les urnes. Vous trouverez ci-dessous les chiffres de ce très timide remue-ménage:

  PS Verts PDC PLR UDC MCG
Sortants réélus 6 4 7 19 7 11
Non-réélus 4 4 0 6 0 4

 

Dans un système politique tirant dangereusement vers la macho-gérontocratie, seuls trois candidats de moins de 30 ans ont franchi l'étape des élections: Lisa Mazzone (25 ans, les Verts), la nouvelle benjamine Caroline Marti (23 ans, PS) et Romain de Sainte Marie (28 ans, PS). On observe également une certaine diminution du nombre d'éluEs au Grand Conseil, qui passe de 30 à 25-28 (les chiffres varient en fonction de l'issue du second tour des élections gouvernementales). Ces carences en termes de représentativité de la population sont un manque certain et regrettable, avant tout car la majeure partie des députéEs de ces quatre dernières années ont montré qu'elles avaient véritablement la vocation de siéger dans l'organe législatif cantonal, contrairement à quelques-uns des mâles, qui s'étaient manifestement trompés de salle en cherchant l'entrée de la Comédie... En ce qui concerne les jeunes, il est regrettable de voir que dans certains partis, leur route aura été barrée par une flopée de fossiles, qui pour la plupart ne se sont de toute évidence pas rendus compte que la retraite est la moins moche de leurs options, parmi les différentes formes que peut prendre la conclusion de leur engagement politique.

 

Enfin, notons que 5% des votants auront vu leur vote s'écraser contre le mur du quorum. Dans une démocratie véritablement directe, les électeurs Vert'libéraux auraient pu être représentés par deux élus, et les Pirates auraient pu placer un député. Pourquoi priver de siège ceux qui obtiennent suffisamment de suffrages du peuple pour en décrocher? Les raisons justifiant la situation actuelle semblent à première vue difficiles à défendre. Mais plus inquiétante encore est la proportion de Genevois n'ayant pas même participé au vote: 60%. Dans une démocratie qui fonctionne, on peut s'attendre à ce que les votants représentent au moins la majorité du corps électoral. Ici, c'est une minorité qui décide pour toute la population, alors que tous les outils permettant d'embrasser la fonction étatique d'électeur, automatiquement octroyée aux citoyens, sont à leur disposition pour qu'ils expriment leur choix de manière libre et avertie. A ce titre, les efforts que produisent des associations comme le Parlement des Jeunes Genevois, Eclaire mon vote ou T'es toi et vote! pour informer et expliquer de manière objective les enjeux des rendez-vous électoraux sont encourageants, surtout face au laxisme dont les autorités font preuve relativement à la désuétude dans laquelle la démocratie genevoise semble être tombée.

 

Dans cette hypothèse, mon amertume de militant trouve une autre source: vous pouvez comprendre que je sois déçu de m'être battu pour qu'au final, le député moyen soit masculin et âgé de plus de 50 ans, ou encore pour ne m'être adressé dans les faits qu'à deux Genevois sur cinq, comme s'ils étaient les seuls concernés par les questions capitales pour Genève qui se sont notamment posées dans le contexte de ces élections. Il est également attristant de voir un si grand nombre de personnes snober une démocratie pour l'obtention de laquelle nombre de personnes ont péri, comme nous le montre l'histoire de Genève et de la Suisse jusqu'au début du XIXe siècle.

 

Et après le 10 novembre?

Après ce premier tour des élections du Conseil d'Etat, le nombre de candidatures devrait drastiquement diminuer, rendant beaucoup plus lisible chacune d'entre elles. Vraisemblablement, seule l'Entente peut se payer le luxe de maintenir l'ensemble de ses candidats dans la course. Du côté de l'Alternative, il se dessine une liste comprenant trois noms, sans réellement savoir ce qui se trame du côté d'Ensemble à Gauche, mais il est impossible de prédire avec certitude ce que ces partis décideront de faire tant que leurs membres ne se seront pas exprimés (pour le moment, les Verts lancent Antonio Hodgers dans la bataille, dans le but de faire liste commune avec le PS). De leur côté, le MCG et l'UDC sont en passe de valider un ticket à trois noms également. Les candidats indépendant et Vert'libéral ayant retiré leurs candidatures, il reste encore à savoir si les Pirates resteront en course. Dans le cas contraire, il resterait "seulement" 11 ou 12 candidats pour sept sièges au second tour.

 

Dans ce contexte, tentons de nous projeter dans l'avenir et nous pencher sur l'aptitude de chacun-e à siéger dans un exécutif, car c'est au fond de ce côté-là que les candidat-e-s seront jugé-e-s de manière stricte. A l'exception du Conseiller National Luc Barthassat, les candidats de l'Entente ont déjà tous fait partie d'un corps collégial, où ils ont été reconnus comme plus ou moins (mais suffisamment) "aptes" à la fonction, c'est-à-dire capables de travailler avec collégialité, intégrité et initiative. Nombreux sont ceux qui estiment que Luc Barthassat n'aurait également aucun souci à se fondre dans le moule, et qui en pensent de même des trois mieux classés de l'Alternative (c'est-à-dire Anne Emery-Torracinta, Thierry Apotheloz et Antonio Hodgers), même si ceux-ci n'ont pas tous siégé dans un exécutif. En somme, il n'y a pas grand-chose à reprocher à ces personnes, relativement aux trois qualités formelles, officieuses et incontournables du "bon" Conseiller d'Etat, mentionnées plus haut (collégialité, intégrité et initiative).

 

Quant à l'extrême-droite, bien que la candidature du Conseiller National Mauro Poggia - reconnaissons qu'il est le premier musulman à obtenir un score aussi élevé dans une élection à Genève - soit substantiellement identique à celle de son colistier Eric Stauffer, il est généralement reconnu comme ayant la carrure de Conseiller d'Etat, car il est beaucoup plus tempéré - du moins formellement - que son camarade de parti (à titre personnel, je ne pense pas qu'une personne devrait être considérée comme compétente simplement parce qu'une autre du même parti l'est moins). Difficile en revanche pour moi de m'exprimer sur son esprit d'initiative, puisque son activité au sein de l'Assemblée Fédérale est inconnue de la majorité, voire de la totalité des Genevois. Quant à son intégrité, il ne saute pas aux yeux qu'il ait commis des manquements évidents.

 

De son côté, Eric Stauffer a un bilan bien plus mitigé, ce qui peut s'expliquer en principalement deux points: le premier est la rupture de la collégialité au Conseil Administratif d'Onex qu'il a provoquée en juin dernier, et qui témoigne de sa difficulté à fonctionner avec d'autres personnes au sein d'un même organe. Il est possible (pour ne pas dire probable) que l'attitude explosive dont il fait preuve au Grand Conseil soit en effet incompatible avec l'exercice d'un mandat exécutif collégial: il ne fait donc pas preuve d'intégrité non plus lorsqu'il balaie cette question (comme sur infrarouge hier soir) sans autre forme de procès, affirmant que les choses se passent "très bien" à la Mairie d'Onex. Enfin, de l'aveu d'un Conseiller municipal, Eric Stauffer n'aurait fait preuve de persévérance que dans sa volonté d'inviter des artistes de notoriété internationale à se produire chez lui (les Rolling Stones, David Guetta et d'autres, mais on les attend toujours), ce qui interroge quant à son esprit d'initiative. Mais quoi qu'on dise à son sujet, il ne peut que mieux faire par rapport au précédent et premier MCG à accéder à un exécutif communal (Thierry Cerutti à Vernier entre 2007-2011), dont les graves manquements à sa fonction (clés de bras sur un collègue, "salissures" dans le bureau de son successeur, etc.) ont amené la majorité des Verniolans à se sentir soulagés de sa non-réélection il y a deux ans. 

 

Le Parti Pirate n'ayant pas encore décidé de sa stratégie pour le second tour (il le fera ce soir), il ne reste plus que Céline Amaudruz. La Conseillère Nationale (qui n'a jamais siégé dans un exécutif) me fait sérieusement douter de sa capacité à être collégiale, vu les diatribes dont elle a été l'auteure durant cette campagne, en tenant des propos d'une agressivité rare. Malhonnête à l'excès, je me rappelle en particulier d'une réaction venant de sa part en rapport avec l'affaire du meurtre de Marie plus tôt dans l'année, accusant les socialistes d'être à l'origine de ce crime. En termes d'initiative, il ne semble pas impossible que la présidente de l'UDC Genève soit capable de parler d'autres choses que de sécurité, d'étrangers et de traversée de la rade. Ne manque plus qu'elle le prouve.

 

En l'état, le gouvernement serait formé de Pierre Maudet, François Longchamp, Serge Dal Busco, Luc Barthassat, Isabel Rochat, Mauro Poggia et Anne Emery-Torracinta. Je suis convaincu que l'éventuelle arrivée d'Eric Stauffer (classé 8ème) au Conseil d'Etat est à distinguer de celle du MCG (même s'il se trouve qu'il est le président d'honneur, ainsi que le fondateur de ce parti qu'il avait créé sous le nom de "mouvement blochérien genevois"), et si l'arrivée de cette formation politique ne justifie pas forcément une opposition non-idéologique, celle de l'actuel Maire d'Onex, à mon sens, oui. Le fait d'avoir assisté à plusieurs sessions du Grand Conseil depuis un an m'a convaincu de faire le maximum pour éviter qu'il soit élu.

 

La cruauté des élections

Même au Grand Conseil, les qualités personnelles d'un-e élu-e devraient être plus importantes que son parti. Ainsi, je suis assez effaré de voir élues des personnes comme Henry Rappaz (lisez à son sujet cet article de la blogueuse Catherine Armand), Roger Golay (dont j'avais déjà fustigé les mensonges dans un précédent article), Pierre Weiss (l'attitude profondément irrespectueuse et contradictoire de ce personnage énerve même au sein de son propre parti) ou encore Carlos Medeiros (voir la vidéo) et quelques autres, sachant que ce dernier va sans aucun doute causer un tort immense à la crédibilité de nos autorités. A l'opposé, je suis également attristé de l'absence de plusieurs personnes, dont la vocation établie et fiable laissait présager un mandat excellent, comme Guylaine Antille-Dubois, Miguel Limpo, Marko Bandler, Jean Rossiaud, Yvan Zweifel, Delphine Bachmann et d'innombrables autres...

 

La question qui résume au mieux mon amertume de militant est certainement la suivante: comment est-ce possible que Carlos Medeiros soit élu, alors que Marko Bandler ne le soit pas? Ou Henry Rappaz et pas Jean Rossiaud? Il y a là une grande injustice, qui a une origine absurde: la manière de faire campagne. Un candidat qui gueule, attaque, insulte, stigmatise, ment et manipule est donc mieux servi qu'un autre qui a des projets bien ficelés, une vision politique élaborée de manière réfléchie, un œil attentif aux problèmes à régler et qui est toujours ouvert à l'échange d'idées et de propositions? La réponse est incompréhensiblement positive. Si les candidats "mauvais" ayant été élus représentent certes une minorité du Grand Conseil, ils sont indubitablement les plus bruyants, ce qui implique bien évidemment que leur image sera de facto perçue celle des autorités dans leur ensemble. Je vous invite à observer quels sont les premiers résultats sur youtube lorsqu'on y recherche "grand conseil genève": est-ce cette image-là que nos autorités méritent?

 

Ici, plus que de l'amertume, c'est un véritable désarroi. J'ai milité pour un Grand Conseil qui, certes, contiendrait le plus grand nombre de député-e-s de mon parti (ce qui est d'ailleurs un des seuls points positifs de ces élections: si le PS a maintenu sa représentation et il a progressé dans l'électorat, redevenant la troisième force politique du canton), mais j'ai battu le pavé avant tout car je cherchais à convaincre les passants que les meilleurs élus seraient ceux qui veulent absolument que les problèmes du canton soient résolus. De ce fait, la progression de ceux qui inventent des problèmes (typiquement: le mouvement anti-frontaliers) ou font reposer leur campagne sur des procès d'intention faits à des personnes ne le méritant qu'à peine (le blogueur Grégoire Barbey a trouvé le nom très adéquat de "Künzler-bashing", mais on peut aussi mentionner les flyers du MCG mettant en scène un Conseil d'Etat composé de singes) est tout bonnement ahurissante et scandaleuse.

 

Comment le peuple peut-il être convaincu par de pareils Menteurs, Calomniateurs, Gesticulateurs, surtout lorsque des alternatives saines existent? Nous, qui sommes scandalisés par ces dérives de la politique genevoise, nous sentons nager dans un vaste océan d'incompréhension. Pendant un mois, je serai encore dans la rue, à tenter de faire passer mon message, pour empêcher que ces élections déjà tristes ne deviennent un fiasco.

Écrit par Diego Esteban dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer |  Facebook |

06/10/2013

Portraits de candidats: Philippe Zaugg

Philippe Zaugg (Mouvement Citoyen Genevois), 46 ans.

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Pour ce dernier portrait, vous découvrirez un homme tranquille, au contact facile et agréable dans la discussion. Il se considère comme entier, mais ni volubile ni caractériel. Ce qui est sûr et certain, c'est la prévalence qu'il donne à la vie familiale, qui selon lui passe avant tout. A peine ses études à l'école de culture générale commencées, il dut les cesser pour travailler - dès l'âge de 17 ans - afin de subvenir à ses besoins. Depuis lors, il a eu des emplois très variés: aide-comptable dans une banque, membre du service de sécurité de l'aéroport, vendeur chez Media Markt...

 

Aujourd'hui, il travaille à l'Etat, au sein de l'office des faillites. En-dehors de sa vie professionnelle, il consacre la majeure partie de son temps à sa famille. Amateur de football, passionné de jazz, Philippe Zaugg est aussi engagé dans la vie de sa commune, au sein des associations de Thônex-Sud et de l'Amicale du Curé-Desclouds.

 

Son engagement politique est relativement récent: en 2010, Jean Villette (ancien président du MCG Thônex) recherchait des candidats pour les élections municipales de 2011. Il s'adressa à Philippe Zaugg, lui présentant le programme de son parti (quasi-exclusivement axé sur la sécurité, un domaine que ce dernier considérait comme lacunaire à Thônex) et lui proposant de s'inscrire sur la liste, ce qu'il accepta. Etre sur les stands, au contact des gens, était une expérience qu'il vécut avec beaucoup de plaisir. Le 6 juin 2011, l'annonce des résultats ouvrit la porte du Conseil municipal de Thônex au MCG, qui y obtint trois sièges, bien plus que ce qui était espéré. Philippe Zaugg fut élu, mais cette élection entraîna quelques soucis professionnels pour lui, certains collègues lui reprochant son engagement politique au MCG: "y a-t-il un parti qui correspondrait à l'Etat?", s'interrogeait-il.

 

Il avoue que la politique n'est pas faite pour se faire des amis. Il reconnaît également que sa propre candidature, ainsi que celle de tous les autres, est complètement prétentieuse. Viser l'accession au Grand Conseil n'est pour lui aucunement une preuve de modestie. Mais ceci dit, il s'est porté candidat lorsqu'on le lui a proposé, notamment car il estime que la liste du MCG contenait trop d'avocats, ce qui avait pour effet de porter atteinte au principe même d'un mouvement citoyen: "il faut représenter toutes les classes et les fonctions, et non pas seulement ceux qui ont des titres." Quoi qu'il en soit, Philippe Zaugg n'a jamais prétendu faire des promesses qu'il ne saurait tenir; il fait les choses par conviction, et ses prises de position auront été les mêmes tout au long de la campagne.

 

Il se voit comme polyvalent, même si ses domaines de compétence sont plutôt la sécurité, la formation et le logement. Il souhaite qu'à n'importe quel lieu dans le canton, on puisse sortir à toute heure en sécurité. Il veut que les employeurs forment davantage d'apprentis ou de stagiaires, car il est convaincu que le manque de formation entraîne une exclusion automatique de la société. Il constate qu'être bilingue ne suffit plus pour le monde de l'emploi, et prône donc une école favorisant le trilinguisme. Enfin, il regrette que les constructions ne se fassent pas à long terme (il y a trop d'immeubles comprenant seulement quatre étages, ce qui oblige à déclasser des zones villas). Pourtant, s'il devait mentionner un projet qu'il place au-dessus des autres, il choisirait la lutte contre le culte de l'automobile, à travers un impôt sur l'entrée en Ville de Genève, afin de financer des projets qu'il juge nécessaires, comme l'engagement de policiers supplémentaires, l'extension de la formation et l'aide aux personnes défavorisées.

 

En ce qui concerne la vie politique, il en est quelque peu dégoûté: "les politiciens devraient être beaucoup plus proches des gens, plus terre-à-terre, et tenir leurs engagements." Les problèmes ne se résument jamais à la faute de la droite ou de la gauche; c'est ensemble qu'il faut construire Genève. Philippe Zaugg s'estime peut-être crédule lorsqu'il affirme n'avoir aucun adversaire politique en particulier, mais c'est très sérieusement qu'il pense que la construction de Genève ne peut se faire que dans l'union.

 

S'agissant de Genève, il affirme sans détour: "je n'aime pas du tout Genève." Pour lui, ce lieu est un champ de bataille, dans lequel il y a tant de choses à faire. Philippe Zaugg est assez pessimiste à ce sujet: "Genève est en ruines: les gens ne se côtoient pas! On ne connaît même pas son voisin mais on peut être joint n'importe où!" Voilà pourquoi, vu l'évolution de la situation, il a beaucoup de peine à aimer Genève dans son état actuel. A ses yeux, ce qui risque de faire empirer la conjoncture est la surpopulation; "on ne peut pas construire en largeur, donc combien d'habitants peut-on accueillir avant la catastrophe?" Les mesures prises actuellement (construction d'immeubles à quatre étages, sans les infrastructures) ne sont que de simples cataplasmes, évidemment insuffisants pour régler les problèmes.

 

"Vivre à Genève, aimer sa ville", voilà la phrase qui décrit le mieux son engagement dans cette campagne, dans il reste encore 30 minutes pour Philippe Zaugg, que vous pourrez contacter au 076 369 26 71, ou sur philippe67.za@bluewin.ch

 

Merci à tous les candidat-e-s ayant accepté de se faire interviewer dans le cadre de ce projet de portraits. Je publierai prochainement le bilan de cette expérience, qui avait pour but de briser un cliché complètement faux à mes yeux: élire le Grand Conseil, ce n'est pas voter que pour des partis, c'est surtout désigner les personnes qui sont présentées par ceux-ci. En mettant l'accent sur la personne des candidat-e-s, c'est véritablement pour eux-mêmes et non pour leur affiliation partisane qu'ils auront - je l'espère - pu être jugé-e-s, voir élu-e-s.

05/10/2013

Des surprises électorales?

  27.76%  

A la veille des élections, la participation électorale est faible. Très faible. Trop faible. Pourquoi un si petit nombre de Genevois souhaite-t-il avoir voix au chapitre, à l'occasion du choix de celles et ceux qui vont constituer l'ensemble des autorités cantonales lors des cinq ans à venir?

Le peuple est, en droit suisse, le seul organe étatique qui n'est pas tenu de justifier ses décisions. Cela coule de source, tant le corps électoral a une nature profondément hétérogène, ce qui empêche de dégager la motivation de ses choix. Cependant, plusieurs hypothèses pourraient être envisagées:

 

1. La constante de ceux qui n'en ont rien à foutre.

Il est de ces électeurs qui ne s'intéressent pas du tout à la politique. Tous pourris? Pas le temps? Pas envie? Difficile de savoir quelles sont leurs raisons, mais cette constante de la population représente au moins 10% de l'électorat (cette proportion correspond aux personnes qui ne votent jamais - à teneur de plusieurs analyses sur la participation électorale. On peut y ajouter ceux qui ne votent qu'épisodiquement), mais elle est inférieure à 50% de celui-ci. En termes de sensibilisation à l'utilisation du droit de vote, c'est sur cette catégorie-là qu'il faut agir pour lutter contre l'abstentionnisme (mais je n'accorde aucune pitié aux personnes qui, en dépit d'une information étendue sur l'importance et les implications de leur fonction étatique, refusent quand même de voter et continuent à se plaindre des erreurs venant d'autorités dont ils ont laissé à d'autres le choix de la composition).

 

2. L'abandon du MCG par son électorat.

Autre hypothèse, partagée par certains observateurs: plusieurs électeurs du MCG, qui croyaient jadis en la force d'un véritable mouvement citoyen capable de faire bouger les choses, se sont rendus à l'évidence que plusieurs élus de ce parti, loin de faire mieux que ceux des partis traditionnels, ont contribué à faire empirer la situation. De ce fait, ils pourraient soit s'abstenir de tout vote, soit reporter leur voix en faveur d'un autre parti (nombre de personnes, sur les stands du PS, m'ont confié vouloir voter pour mon parti, regrettant profondément le fait d'avoir voté MCG lors de précédentes élections). Le cas le plus probable resterait l'abstention de certains ex-électeurs MCG, ce qui pourrait donc expliquer la faiblesse du taux de participation actuel.

 

3. Le nombre de listes, et la proximité des messages.

En 2009, dix listes concouraient pour accéder au Grand Conseil (cinq d'entre elles sont maintenant regroupées en deux listes seulement) pour 16 candidats au Conseil d'Etat, ce qui était déjà plus que lors des élections précédentes. Cette année, il y a également dix listes, mais le nombre de candidats a explosé (passant de 387 à 476 pour le Grand Conseil, et de 16 à 30 pour le Conseil d'Etat), et les partis ont été "renouvelés": le Parti Pirate, puis les Vert'libéraux et enfin le PBD ont fait leur apparition sur la scène politique genevoise. Ce foisonnement de possibilités favorise l'indécision des non-avertis: par où commencer pour s'informer? Les programmes sont souvent volumineux et certains partis n'ont pas de bilan à présenter et défendre. Pour ne rien arranger, certains partis focalisent leur communication sur les raisons pour lesquelles ils se démarquent des autres partis: le PBD qui n'a cesse d'affirmer être à droite sur certaines thématiques et à gauche sur d'autres, tout comme les Vert'libéraux (self-service dans les idées ou un cul entre deux chaises?), le MCG qui se dit "ni de droite, ni de gauche"... De plus, l'originalité est une denrée particulièrement rare dans cette campagne. L'électeur qui n'y voit pas clair - et on peut le comprendre - serait bien tenté de ne pas voter, afin de laisser ceux qui comprennent ce charabia électoral prendre les bonnes décisions.

 

4. Pronostics en sièges.

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Quoi qu'il en soit, il faudra dans tous les cas attendre lundi matin pour tenter d'expliquer les résultats, lorsqu'ils tomberont. En attendant, je vous encourage à aller voter: un parti, une liste composée de toutes pièces, vote blanc, peu importe. Si vous ne voulez pas que les élus fassent du mauvais travail, ne laissez pas les autres décider à votre place de leur désignation.

Écrit par Diego Esteban dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer |  Facebook |

Portraits de candidats: Jocelyne Haller

Jocelyne Haller (Ensemble à gauche), 59 ans.

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Entre sérénité réfléchie et militantisme fougueux, entre réflexion et passion, Jocelyne Haller incarne un habile et harmonieux mélange. Elle se décrit - sans aucune trace de vanité - comme une femme honnête, sachant que cette caractéristique constitue à la fois sa meilleure qualité et son pire défaut. Elle fait également preuve d'un sens d'intégrité et de loyauté à la hauteur de sa dignité: "si vous voulez me fâcher, accusez-moi de mentir ou de tricher." La fin ne justifiant pas le moyens à ses yeux, elle préfère perdre honnêtement que gagner malhonnêtement.

 

Après de brèves études en philosophie et en lettres à l'UNIGE, Jocelyne Haller a effectué et réussi une formation de travailleuse sociale à la HETS (anciennement IES). Elle a consacré sa vie entière au travail social, une cause qui la passionne au plus haut point, en laquelle elle voit un sens réel, et qui a une utilité sociale certaine à ses yeux. Sa vie peut principalement être résumée à un engagement associatif, social et politique considérable, qui depuis longtemps l'occupe quotidiennement, malgré le fait que la marche, la lecture et la cuisine ont malgré tout su rythmer ses moments de libre, que l'on devine rares.

 

C'est pendant son adolescence que tout a commencé: dès l'âge de 13 ans, Jocelyne Haller a débuté son engagement militant, principalement au niveau de la vie de son quartier. Ses débuts professionnels l'ont amenée à s'investir au niveau syndical, afin de défendre les conditions de travail, son contenu, ainsi que les politiques sociales. Pendant cette période, la politique était une chose très lointaine. Mais en 2001, elle fut approchée par SolidaritéS, afin qu'elle en intègre la liste en vue des élections cantonales de l'époque. A ce moment-là, Jocelyne Haller assistait à une mutation d'envergure des politiques publiques (une profonde réorganisation ayant entraîné une baisse de prestations, ainsi qu'une augmentation du nombre de contrôles), et dans ce contexte, ses relations avec la direction s'achevaient souvent sur: "ce n'est pas ici que ça se décide, mais au niveau politique." C'est en voyant que les transformations en cours menaient à une politique "d'usines à gaz", qui ne seraient pas dans l'intérêt de la population, qu'elle décida de se lancer en politique, afin d'agir également de l'extérieur.

 

Elle fut élue députée en 2001 au sein de l'Alliance de Gauche, et occupa cette fonction jusqu'en 2005. A cette époque, les divisions internes à l'intérieur de la coalition des mouvements dits "à la gauche du PS", condamnèrent ceux-ci à leur non-réélection, faute d'avoir pu atteindre le seuil de 7% des voix. Depuis lors, Jocelyne Haller a siégé dès 2008 à l'Assemblée Constituante, l'organe qui a rédigé la nouvelle Constitution genevoise. Candidate au Grand Conseil cette année, elle affirme que toutes les formations réunies sous la dénomination d'Ensemble à Gauche se sont rendues compte du caractère suicidaire de leur désunion, car cela revenait à priver près de 14% d'électeurs d'une représentation au Grand Conseil: "on ne peut plus reprendre un risque pareil; les projets de société doivent primer les intérêts personnels." 

 

Dans le cadre de sa candidature, Jocelyne Haller fait surtout valoir sa bonne connaissance du terrain sur lequel les lois votées au Grand Conseil s'appliquent, dans la vie de tous les jours: "je suis quotidiennement, professionnellement en lien avec ces populations; les lois devraient apporter un certain degré de protection aux gens, mais elles les abandonnent à leur sort et de nombreuses révisions les isolent davantage." Elle est candidate car elle veut "éviter que les élus légifèrent en rond, en vase clos, persuadés que les dispositions qu'ils adoptent sont pertinentes." Jocelyne Haller mentionne en particulier une personne qui l'a inspirée dans son engagement: Bernard Clerc (ancien député de SolidaritéS), car sa compétence, sa loyauté et son intégrité s'ajoutent à sa capacité à rendre compréhensibles les choses compliquées.

 

Si elle est élue, Jocelyne Haller visera la polyvalence. Pour elle, la réparation des injustices sociales, ce qui est le dénominateur commun de toutes les mesures qu'elle proposera, ne se limite pas à des domaines précis et clairement délimités. Cette réparation doit tout aussi bien passer par le chômage que par la santé ou la fiscalité. Il va cependant de soi, au vu de son parcours professionnel, que c'est sur les problématiques sociales en général qu'elle sera attendue. Si elle ne pouvait appliquer qu'un seul projet, il s'agirait de transformer et réhabiliter en emplois les postes qui ont été travestis en stages de réinsertion ou en emplois de solidarités, c'est-à-dire ceux qui avaient justement été crées pour répondre à la demande, mais qui sont devenus des emplois au rabais.

 

En raison des alliances qui s'y nouent et s'y défont, Jocelyne Haller avoue que la vie politique a toujours été compliquée. "Actuellement, la vie politique est décrédibilisée par son côté "farce", c'est-à-dire le manque de tenue dans les débats au parlement, l'outrance des slogans et l'incapacité dans laquelle se trouve la majeure partie des formations politiques de répondre aux demandes de la population, ce qui laisse libre cours à la désignation de boucs-émissaires, dont ne se privent pas certains, et à une espèce de surenchère sécuritaire, auxquelles cèdent d'autres partis, pour rivaliser avec les milieux populistes." Les adversaires de Jocelyne Haller sont avant tout, au-delà des partis qui défendent d'autres valeurs que les siennes, les gens malhonnêtes intellectuellement et politiquement. Mais parmi ces personnes, il y en a qui de surcroît sont nocifs, et elle a beaucoup de peine à les apprécier (ce qu'on peut comprendre).

 

Sa vision de Genève est celle d'une ville dont les apparences ne correspondent pas à la réalité. "Genève est une ville où il fait bon vivre, mais où cela devient de plus en plus difficile, où les problématiques du logement et du chômage sont particulièrement aiguës et où les réponses des pouvoirs publics ne sont pas adaptées." Selon elle, afin de préserver Genève d'un avenir sombre, il faut avant toute chose refuser les réponses simplistes des populistes. A son avis, "la situation devient de plus en plus difficile, et répondre aux appels à l'exclusion, à la haine, tel que le font d'aucuns ne permettra pas de répondre aux défis majeurs auxquels Genève est confrontée aujourd'hui; il faut récuser ceux qui professent le "faites ce que je dis, pas ce que je fais"."

 

Pour cette ultime journée de campagne, que Jocelyne Haller aura menée sous le slogan "pour la justice sociale, parce que chacun y a droit", vous pourrez vous informer de ses actions au 076 382 01 82 ou à l'adresse jocelyne.haller@bluewin.ch

03/10/2013

Portraits de candidats: Valérie Cuenca-Berger

Valérie Cuenca-Berger (Union Démocratique du Centre), 41 ans.

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Energie inépuisable, enthousiasme inimitable et bonne humeur irréductible. Voilà, en quelques mots, ce qui caractérise la femme-duracell faisant l'objet de ce portrait. Valérie Cuenca-Berger précise qu'elle est plutôt une grande gueule, bonne vivante et passionnée, un mélange qui donne une femme à la personnalité affirmée (être d'origine suisse-alémanique doit aussi y contribuer un peu quand même). Elle mentionne vouloir aller au bout des choses, même si sa nature d'idéaliste dans l'âme et sa tendance à tirer des plans sur la comète prennent parfois le dessus. Mais au fond d'elle-même, elle n'aspire qu'à vivre intensément le présent.

 

Valérie Cuenca-Berger est (notamment) titulaire d'un CFC d'employée en commerce de détail, d'un brevet fédéral en ressources humaines et d'un MBA. Elle a travaillé dans plusieurs domaines, de la couture  au yoga, en passant par la cosmétique, l'automobile ou la banque. Actuellement, elle ne travaille plus en raison d'une maladie orpheline (histiocytose pulmonaire: seulement deux cas reconnus en Suisse) qui ne lui permet pas d'avoir une vie professionnelle complète. Elle peut cependant encore tenir une activité compatible avec sa santé, c'est pour cette raison qu'elle vise une formation de prof de yoga. Mais pendant longtemps, elle fut une passionnée de sports aquatiques, comme la natation, le monopalme (une discipline dans laquelle elle a gagné des médailles aux championnats suisses de 2005) ou la plongée sous-marine. 

 

C'est l'arrivée du MCG qui décida Valérie Cuenca-Berger à entrer en politique. Le côté rebelle de ce parti, des idées proches des siennes et la présence en son sein de quelques-unes de ses connaissances furent les facteurs qui contribuèrent à son adhésion en 2007, année lors de laquelle elle participa aux élections municipales à Vernier. A cette époque, la politique était ce qu'elle voyait sur infrarouge ou mise au point (des émissions politiques sur la RTS): "je gueulais comme si le présentateur m'entendait." En 2008, elle intégra le Conseil municipal de Vernier en remplacement de Thierry Cerutti, un bon ami qu'elle affectionne encore beaucoup, qui avait été élu au Conseil administratif. Mais l'aventure au MCG connut un tournant en 2009, lorsque Valérie Cuenca-Berger se retira de la liste électorale pour le Grand Conseil. Elle était en profond désaccord avec la méthode utilisée pour déterminer l'ordre des candidats de la liste: "la méthode était partiale, il n'y avait pas de critères. [...] Je me suis retirée de la liste pour être honnête avec moi-même, car on ne peut pas critiquer une chose et y adhérer en même temps."

 

En 2010, elle quitta le MCG pour rejoindre l'UDC, qui la courtisait depuis quelques temps. Le désaccord avec l'ancien "Mouvement Blochérien Genevois" portait en effet sur des questions fondamentales, et ne pouvait selon elle plus durer. Elle resta au sein du Conseil municipal de Vernier, où elle termina son mandat en tant qu'indépendante. En 2011, elle se présenta sur la liste UDC aux élections municipales, où elle arriva dans les "viennent-ensuite." Depuis février 2013, elle est Présidente de l'UDC Vernier, membre du comité central du parti cantonal et de celui de la section des jeunes (dont elle est très proche). Elle se présente maintenant au Grand Conseil sur la liste UDC. Très engagée sur le plan communal, elle se montre moins enthousiaste quant au niveau cantonal: "le communal, c'est de la haute couture, et le cantonal, c'est du prêt-à-porter: sur la commune, on est beaucoup plus proche des gens, mais c'est au canton que l'on vote les projets de loi."

 

Se considérant proche de la ligne carrée du courant zurichois de l'UDC, elle veut - si elle est élue - se montrer exigeante et stricte au niveau de la gestion du canton, qui selon elle manque sérieusement de rigueur. Elle se décrit comme la copie au féminin de Patrick Lussi (député UDC sortant), mais les personnages qui l'inspirent dans son engagement sont tout d'abord Xavier Schwitzguébel, son "binôme politique" avec lequel elle est d'accord sur de nombreux points: "je suis admirative qu'il y croie si jeune, et soit déjà si excellent. Je crois en lui." Elle nomme aussi Yvan Perrin, en lequel elle voit un homme d'une humilité incomparable, et Yves Nidegger, dont elle aime énormément l'humour et le sens de l'ironie.

 

Valérie Cuenca-Berger pense être capable de proposer des changements surtout dans les domaines de la sécurité, de l'emploi et de la formation, mais elle n'est pas fermée aux problématiques qui touchent à d'autres domaines. Elle considère qu'en matière sécuritaire, il n'y a pas assez de rigueur alors que c'est justement ce qui manque au canton. Du côté de l'emploi et de la formation, elle voit un besoin urgent d'assurer une formation certifiante, duale (il n'y a pas que l'université, il faut revaloriser les CFC par exemple), pour les jeunes, en améliorant la communication parents-enfants et en favorisant un taux plus élevé d'apprentis et d'apprenants que les entreprises devraient intégrer en leur sein. Sa mesure prioritaire serait cependant d'obliger les bailleurs propriétaires à lutter contre les cambriolages en installant des barres de sécurité dans tous leurs appartements: "les locataires forment la majorité de la population, et ce n'est pas à eux de le faire."

 

Interrogée sur sa vision de la vie politique, elle répond tout d'abord "oh mon Dieu..." avant de regretter le manque d'intérêt pour la politique en général, principalement à Genève. Il y a selon elle trop de partis, ce qui se ressent dans des discours trop similaires: "il y a trop de votes contestataires [...] on vote actuellement contre les partis parce que nous, les partis gouvernementaux, n'avons pas su convaincre, fédérer et rassurer." Elle déclare également que ses principaux adversaires politiques ne se trouvent pas à l'extérieur, mais au sein même de son parti.

 

Pour Valérie Cuenca-Berger, Genève est tout d'abord une ville internationale et cosmopolite. "C'est la ville française en Suisse par excellence, un petit Paris." Selon elle, nous serions victimes de notre succès: pris de court, nous n'avons été ni proactifs, ni réactifs face aux défis du moment. Les gens seraient donc tentés de résoudre leurs problèmes en partant dans les extrêmes. De ce fait, Valérie Cuenca-Berger craint la dégradation de l'état de la sécurité à Genève: les difficultés à protéger la frontière et un code pénal peu décourageant s'ajoutent à la publicité dont "bénéficie" le canton, concernant la faible sanction des cambriolages, bien plus faible qu'ailleurs.

 

Malgré les quelques jours qui restent avant l'élection, vous pourrez encore suivre Valérie Cuenca-Berger sur Facebook lors de sa campagne, qu'elle mène sous le slogan "vous devez être le changement que vous voulez voir dans ce monde", une citation de Gandhi.