10/08/2016

Chronique ta mère! (Réponse à Jonas Schneiter)

Mardi 9 août, le chroniqueur Jonas Schneiter signait dans Le Temps un article intitulé « Dans tes Chambres! » Les parlements de jeunes sont inutiles! (lisez-le avant de poursuivre ici).

 

Si son texte était destiné à susciter la perplexité, c'est réussi: de quoi parle-t-il?? Il y décrit une assemblée fictive composée de "jeunes carriéristes" qui, sous l'illusion de révolutionner la société, se contenteraient de disserter futilement dans le seul intérêt d'un jeu de rôle d'imitation de vieux politicards. M. Schneiter ne donne pas un seul exemple de parlement de jeunes (PJ) qui, en Suisse en tout cas, corresponde à la définition qu'il en donne. En fait, il ne cite pas d'exemple du tout.

 

Une exemplification est pourtant nécessaire, car qui s'intéresse réellement aux PJ se rend immédiatement compte de leur hétérogénéité. Certains PJ naissent spontanément à l'initiative d'un groupe de jeunes, d'autres sur impulsion des autorités. Certains revêtent la forme d'une association de droit privé, d'autres celle d'une commission administrative qui conseille directement l'exécutif. Certains sont composés uniquement de jeunes politiciens (très rare en Suisse romande), d'autres pas. Il n'existe pas une seule forme unique de PJ, ce qui n'aurait pas échappé à M. Schneiter s'il avait simplement pris la peine de comparer hâtivement deux PJ au hasard sur Google.

 

Il affirme, également sans illustrer son propos, qu'à de rares exceptions près, les idées débattues au sein des PJ ne dépassent jamais le stade du bavardage. Au fond, cette critique est toute aussi pertinente s'agissant de ses propres chroniques, "bavardages" dont l'utilité reste purement idéale (si l'on suit son raisonnement). Je n'irai pas jusqu'à affirmer que "le journalisme" est inutile, bien qu'il pourrait aisément partager les défauts du "PJ unique" imaginé par M. Schneiter, c'est-à-dire un bavardage qui ne change rien à la société. On sait très bien que tout bavardage n'est pas forcément inutile à la société, bien au contraire; selon la formule de Grégoire Barbey, « ces structures permettent aux jeunes de se familiariser avec le fonctionnement et les principes d'un parlement, c'est-à-dire hisser la discussion et le débat comme prérequis à toute décision ».

 

Mais la seule manière de donner tort à M. Schneiter réside dans l'exemplification qu'il n'a pas souhaité faire. Il faut donc relever que c'est grâce aux Parlements de jeunes de Meyrin et de la Ville de Genève qu'on trouve des Noctambus dans le canton de Genève, un grand pas vers des nuits plus animées et des routes plus sûres. C'est aussi grâce à eux qu'on trouve des distributeurs de préservatifs dans les collèges genevois, une mesure concrète pour lutter contre les MST. C'est grâce au Conseil des jeunes de la ville de Lausanne que la loi vaudoise interdit explicitement la discrimination fondée sur l'orientation sexuelle. C'est grâce au Parlement des jeunes genevois que les réfugiés mineurs non-accompagnés (MNA) du canton ont pu tenir l'hiver dernier, suite à la récolte de plus de six tonnes de vêtements chauds. Ces quelques exemples suffiront assurément à démontrer que les PJ sont bel et bien utiles à la société, et que la représentation que M. Schneiter s'en fait ne correspond pas à la réalité.

 

Soyons fair-play: il ne me semble pas que M. Schneiter soit particulièrement mal-intentionné sur ce coup. Son plaidoyer contre les structures-alibi est pertinent dans l'absolu, mais très maladroit dans les faits. On pouvait raisonnablement attendre de lui qu'en invitant "les jeunes" à ne pas imiter "les vieux", il ne commettrait pas une erreur fréquente chez ces derniers: critiquer les actes de la jeunesse sans avoir cherché à les comprendre.

 

Diego Alan Esteban
Parlement des Jeunes Genevois
Vice-Président

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31/03/2015

Un nouvel hymne national?

Il nous est proposé de modifier l'hymne national. Ayant chanté le cantique suisse à de nombreuses reprises, notamment lors d'une inoubliable tournée musicale au Japon, je suis convaincu que la seule chose dont j'aurais de la peine à me détacher, c'est la mélodie. Pour le reste, je veux bien discuter. La proposition de modifier l'hymne national (qui n'a ce statut que depuis 1981, soit il y a 34 ans) se heurte à un mur sourd. Comme s'il était proposé de l'abolir ou de le faire chanter les vertus du Rivella, ce qui serait effectivement une véritable abomination!

 

Discutons-en, on est en démocratie quand même. Les paroles (en français) actuelles comportent à peine deux thèmes: la beauté de la Suisse et la gloire de Dieu. J'aime croire que la Suisse a suffisamment d'éléments pouvant être vantés pour ne pas se borner aux Alpes et à un être mystique en lequel un tiers de la population - dont votre serviteur - ne croit pas. L'objectif général de la SSUP, organisatrice du concours (il s'agit d'une association dont les décisions n'ont dans tous les cas pas force obligatoire pour les paroles de ce que vous choisissez de chanter le premier août, si jamais), est louable: il faut faire en sorte que l'hymne national reflète la nature et les buts de la Confédération helvétique, tels que décrits par le préambule de la Constitution fédérale:

"Au nom de Dieu Tout-Puissant! Le peuple et les cantons suisses, conscients de leur responsabilité envers la Création, résolus à renouveler leur alliance pour renforcer la liberté, la démocratie, l’indépendance et la paix dans un esprit de solidarité et d’ouverture au monde, déterminés à vivre ensemble leurs diversités dans le respect de l’autre et l’équité, conscients des acquis communs et de leur devoir d’assumer leurs responsabilités envers les générations futures, sachant que seul est libre qui use de sa liberté et que la force de la communauté se mesure au bien-être du plus faible de ses membres, arrêtent la Constitution que voici: [...]"

 

Vis-à-vis du préambule de la Constitution, il y a manifestement trop de lacunes dans le texte du cantique suisse, qui dans sa teneur actuelle ne saurait prétendre refléter fidèlement ce qu'est la Suisse. J'ai écouté, du coup, les différents finalistes, et je vous laisse vous faire une idée de mes deux préférés:

- contribution 1: https://www.chymne.ch/fr/contribution

- contribution 3 (couplet 1): https://www.chymne.ch/fr/contribution-c

 

Il faut savoir tout remettre en question: les paroles du cantique suisse, qui fait intimement partie de l'image que renvoie notre pays au monde, sont-elles vraiment meilleures que ce qui nous est proposé par la SSUP? Peut-on déjà considérer un hymne - qui n'en est un que depuis 34 ans - intouchable et sacré en toutes circonstances? Dans tous les cas, je constate que c'est lorsque l'on touche aux symboles que les débats sont les plus intéressants, sauf lorsque les intervenants refusent le débat.

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02/06/2013

Election du Conseil Fédéral par le peuple: oui mais...

Pour cette première publication depuis longtemps sur ce blog, je souhaite m'arrêter un moment sur l'initiative pour une élection du Conseil Fédéral par le peuple, qui sera soumise au vote dans une semaine.

 

Dans des pays se réclamant démocratiques, il va en général de soi que le peuple élise la tête de son exécutif. La Suisse y fait exception: le citoyen n'élit que les parlementaires qui représenteront son canton et qui éliront les sept Conseillers Fédéraux (les élus du peuple et des cantons sont d'ailleurs tous éligibles au Conseil Fédéral, et le citoyen doit s'attendre, en élisant les Conseillers Nationaux et les Conseillers aux États de son canton, à ce que l'un d'entre eux puisse être élu au gouvernement). Cette manière de procéder a permis la représentation plus ou moins équilibrée de plusieurs composantes du pays et de sa population: les partis les plus importants (UDC, PS, PDC, PLR; 80% de l'électorat) et les deux premières régions linguistiques (88.4% de la population) y sont représentés, donnant à la Suisse une stabilité politique exemplaire. En 2007, le Conseiller Fédéral Christoph Blocher ne fut pas réélu par ses collègues de l'Assemblée Fédérale, qui lui avaient préféré sa camarade de parti Evelyne Widmer-Schlumpf, à caractère plus collégial (la collégialité du Conseil Fédéral est une exigence légale qui figure à l'art. 4 LOGA). À l'UDC, ce fut un véritable séisme, qui amena le parti à expulser cette dernière de leurs rangs. De ce fait, l'idée d'une élection du Conseil Fédéral par le peuple s'est rapidement concrétisée, et la question sera donc à l'ordre du jour lors du scrutin du 9 juin 2013.

 

L'UDC propose une élection au système proportionnel intégral des sept ministres de l'exécutif suisse (ôtant ainsi cette tâche à l'Assemblée Fédérale), en réservant deux sièges au moins à la "minorité latine". Le problème est que cette proposition néglige entièrement la tradition fédéraliste de l'élection des autorités nationales (en créant une unique circonscription portant sur l'intégralité du territoire) et trahit un état d'esprit condescendant parquant les minorités linguistiques "non-germaniques" dans deux sièges. Là où un meilleur contrôle populaire de la composition du Conseil Fédéral est une bonne idée, c'en est une mauvaise de l'instituer au détriment de la diversité culturelle et fédéraliste de la Suisse. Il me semble possible, raisonnable et même souhaitable de permettre un contrôle populaire accru sur la composition du Conseil Fédéral, sans pour autant passer par des sacrifices inutiles du système actuel, qui fait ses preuves. Et a priori, un extension des droits politiques, même pour la démocratie la plus directe au monde, est toujours nécessaire (tant qu'elle n'aboutit pas à une dictature du peuple).

 

Mais les critiques à l'endroit du Conseil Fédéral existent. Elles se rapportent principalement à la personnalité des ministres, jugée terne, et aux tractations obscures entre partis en vue de l'élection. Si des ministres mous sont a priori incapables de gouverner efficacement en temps de crise, des "grandes gueules" sont davantage propres à diviser plutôt qu'à rassembler. Quant aux "magouilles" partisanes, il faut garder à l'esprit que les partis doivent forcément se mettre d'accord sur ceux qu'ils vont élire s'ils veulent garantir l'équilibre entre partis politiques et régions linguistiques. Je pense cependant qu'il existe une meilleure solution que celle proposée par l'UDC: les électeurs de chaque canton devraient pouvoir élire, en plus de leurs parlementaires fédéraux, un "candidat à la candidature au Conseil Fédéral", choisi parmi les candidats (élus). En effet, les citoyens cantonaux, sans directement nommer les Conseillers Fédéraux, comme le propose l'UDC, au terme d'une super-campagne coûteuse, auraient le pouvoir de déterminer qui est éligible.

 

Actuellement, tous les 246 élus du peuple et des cantons sont automatiquement éligibles au Conseil Fédéral, et c'est pourquoi chaque parti filtre les candidatures internes jusqu'à trouver son "ministre idéal". Avec la nuance que je défends, il n'y aurait que 26 candidats potentiels, ayant tous récolté le plus de voix chez eux, ce qui devrait en soi être garant de leur popularité. Ainsi, la légitimité populaire des ministres s'en trouverait augmentée. La question peut se poser de savoir comment la représentation partisane et féminine pourra être assurée, si, lors d'une élection, les plus populaires des cantons (statistiquement très majoritairement masculins) ne sont issus que de deux partis. 

 

En conclusion, l'élection du Conseil Fédéral par le peuple n'est pas nécessaire dans sa forme absolue, tant le système actuel fonctionne bien. Il est en revanche justifié de demander à ce que la légitimité des sept sages soit renforcée. Par ces quelques réflexions, je défends de légères modifications au niveau de la procédure du vote cantonal, dans le but de restreindre la marge de manoeuvre des partis, en limitant le nombre d'élus susceptibles d'être nommés au Conseil Fédéral, au profit de ceux qui arrivent à rassembler une majorité à leur endroit, déjà au niveau de leurs cantons respectifs. L'initiative de l'UDC, elle, prend malheureusement trop la forme d'un passage en force pour être acceptable, même si l'idée de base, quels que soient les motifs qui ont abouti à son lancement, est pertinente.

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12/03/2013

Cap sur le PSG!

C'est fait! J'ai maintenant rejoint le PSG, une équipe formidable qui vise très haut avec de grandes chances d'atteindre son but, grâce à l'aide de fans incroyables qui font preuve d'un soutien inconditionnel et d'excellents dirigeants. Il ne s'agit pas du Paris Saint-Germain, mais du Parti Socialiste Genevois. Pour ceux d'entre vous (je m'adresse surtout à des proches) qui s'interrogeraient sur ce choix, voici les raisons de mon adhésion.

 

Chronologie

 

Je crois que mon intérêt pour la politique a véritablement débuté avec la votation sur l'initiative contre la construction de minarets, du 29 novembre 2009. À l'époque, j'avais 16 ans, j'étais en 2e année du collège, et j'avais toutes les peines du monde à comprendre comment 1.5 million de personnes d'un pays d'environ 6 millions d'habitants pouvaient participer à l'adoption d'une courte disposition constitutionnelle certes, mais contenant tant de messages d'intolérance.

 

Par la suite, mon intérêt s'est porté sur l'actualité internationale, où j'appris à quel point la lutte pour la garantie des droits humains est difficile. J'ai compris que rien n'est simple, que tout problème comprend un grand nombre de facettes, dont il est impossible de faire abstraction, et que tout ce qui paraît facile à comprendre l'est rarement. De ce fait, je me suis mis à haïr l'extrémisme dans toutes ses formes: le terrorisme fondamentaliste islamiste, le nationalisme radical européen, la dictature communiste nord-coréenne, les dictatures militaires africaines, le patriotisme impérialiste américain, la xénophobie, les sectes évangéliques, le racisme, la pédophilie, le féminisme à tendance amazoniste...

 

La géopolitique devenait progressivement la science qui me passionait le plus; très tôt, j'ai commencé à viser la profession de diplomate (la politique me paraissait être une alternative non-constructive), dans le but naïvement idéaliste de pouvoir modérer les conflits mondiaux en tentant de glisser de la raison dans ces mouvements de folie: personne n'est obligé à recourir à la violence pour faire valoir son point de vue, et ceux qui le font ne peuvent s'attendre à le faire impunément.

 

Ce n'est qu'en rejoignant le Parlement des Jeunes de Thônex en 2010 que j'ai commencé à m'intéresser aux institutions suisses, au niveau organisationnel et associatif. En contribuant à fonder, en compagnie d'une vingtaine d'autres jeunes, le Parlement des Jeunes Genevois, je me suis découvert un engagement citoyen d'une grande ampleur. En 2012, pour sa première année d'existence, le PJG s'en tenait qu'à l'organisation de projets peu coûteux, et le premier d'entre eux, une table ronde sur les votations du 11 mars, marqua certainement le début de mon intérêt pour la politique suisse et genevoise.

 

Les autres évènements du PJG, principalement des débats, furent tout aussi passionants, notamment un débat entre les différents candidats à l'élection complémentaire au Conseil d'État, c'est-à-dire Pierre Maudet, Anne Emery-Torracinta, Laurent Seydoux, Alexis Roussel et Manuel Acevedo (Eric Stauffer et Paul Aymon étant absents). C'est à partir de ce moment-là que je voulais comprendre le fonctionnement des pouvoirs étatiques. Je me suis donc inscrit à la faculté de droit de l'Université de Genève.

 

Les partis

 

Je me suis rendu compte, au bout d'un moment, que les Parlements des Jeunes ne pourraient un jour plus suffire pour mon intérêt grandissant pour la politique. Après avoir longtemps refusé la voie d'un parti politique, j'ai changé d'avis en assistant à des séances du Grand Conseil et des Conseils Municipaux de Thônex et de la Ville de Genève. 

 

Je savais que je pouvais d'emblée exclure la voie de l'UDC. Ce sont ses messages haineux qui avaient à l'origine stimulé mon intérêt pour la politique, et la politique du bouc-émissaire, favorisant la maxime "les fins justifient les moyens", ne me convainc pas, et je m'en méfie. De ce fait, je pouvais également écarter le MCG, un parti sans idéologie précisement définie (afin de pouvoir réunir le plus de personnes de tous bords) qui stigmatise les frontaliers (1 sur 3 d'entre eux est suisse...) ou donne la priorité aux Genevois (ce qui a pour conséquence inévitable d'opposer des groupes entiers de la population les uns contre les autres).

 

Passant à des mouvements plus modérés, j'ai tout de même reconnu avoir été agacé par l'attitude du PLR dans de nombreuses votations, telle que le durcissement de la loi sur les manifestations, mais au moins, je sentais qu'il était possible de discuter constructivement avec ses membres. Cependant, sachant que la force de l'économie suisse est une priorité et la fierté de ce parti, je ne pouvais m'y identifier en raison de mon désintérêt pour les questions financières. Enfin, j'avais l'impression que pour eux, stratégie et image étaient les vraies priorités, contrairement aux idées, rappelant de bien tristes attitudes qui font légion aux USA et en France.

 

Le PDC est toujours resté une énigme pour moi. Je n'ai jamais réussi à prendre en compte ce parti en tant que tel, car il fait toujours campagne avec le PLR, qui l'écrase par sa force médiatique infiniment supérieure. Cependant, lorsque j'ai suivi la campagne de Didier Bonny, paradoxalement ex-PDC, pour remplacer Pierre Maudet au Conseil Administratif de la Ville de Genève, j'ai été intrigué: il se revendiquait de l'une des mouvances internes au parti, les chrétiens sociaux, tendance illustrée par son souci des conditions d'enseignement, tant pour les élèves que pour les enseignants, de la prévention avant l'action et son combat contre l'homophobie, et je partageais ces idées. Étaient-elles assez pour me convaincre? Assurément non, car les chrétiens sociaux sont minoritaires au PDC, comme le montre la désignation de Guillaume Barazzone pour l'élection précitée, plus proche du PLR.

 

Récemment, toute une série de petits mouvements sont arrivés à Genève, où ils tentent d'implanter des problématiques innovantes. Puisque je suis déjà engagé dans deux parlements de jeunes, quoi de mieux que de jeunes partis? Sachant que les actions illustrent mieux les idées que les discours, je ne pouvais encore me faire un avis quant au PBD ou aux Vert'Libéraux. En revanche, le Parti Pirate, parti "atypique", ne représentait pas vraiment la structure que je recherchais.

 

Il restait encore la gauche et l'extrême gauche. Cette dernière avait déjà le défaut d'être "extrême", même si souvent ce degré ne concerne que le discours (il arrive que les idées exprimées soient saines et non-stigmatisantes). Je reste convaincu que le ton relativement aggressif des argumentaires électoraux du Parti du Travail (par exemple), l'absolutisme inflexible du GSsA (par exemple) et la stigmatisation des classes sociales "riches" (car malgré l'argent accumulé parfois de manière douteuse, ce sont aussi des êtres humains dignes de respect) distinguent ces mouvements de mes idées.

 

Nous vivons comme si nous n'avions pas qu'une terre: la biodiversité et le climat sont des notions universelles, fondamentales, qui impliquent des défis qu'il revient à la communauté humaine entière de relever. Ce sont les raisons pour lesquelles j'ai longtemps hésité à rejoindre les Verts, car il s'agit du mouvement le plus capable de résoudre ces problèmes, urgents depuis des décénnies!

 

Mais la balance a penché davantage vers les Socialistes, principalement parce que leurs actions, leurs prises de position correspondent très souvent avec les miennes, contrairement aux autres. Je me suis senti d'emblée en phase avec les Socialistes, il ne me restait qu'à vérifier si mes idées étaient compatibles avec celles de ce parti.

 

Mes idées

 

La démocratie fonctionne selon l'expression de la volonté populaire. Mais celle-ci est-elle vraiment légitime si environ 44% (ou même 26% fin 2012) d'électeurs votent ou élisent? Les droits politiques des citoyens doivent être "revitalisés": il faut rappeler la valeur de ces droits démocratiques, puisque la Suisse fait figure d'élève modèle en la matière. Dans ce but, il convient de se concentrer sur la lutte contre l'abstentionnisme des jeunes, d'une part parce que ceux-ci sont connus pour voter très peu souvent, d'autre part parce que ceux-ci sont les adultes de demain, dont on attend également qu'ils exercent leurs fonctions étatiques à l'avenir.

Au niveau genevois, je m'engage pour la réduction du quorum de 7% pour les élections au Grand Conseil. En effet, une exigence si élevée ne se justifie pas, surtout lorsque le résultat de ce système est la domination d'une coalition aux dépens des autres partis. Moins de quorum apporte plus de petits partis et plus d'incertitude, vitale pour éviter de tomber dans une logique de pure stratégie politique.

Enfin, je n'ai jamais formellement tranché en ce qui concerne le droit de vote et d'éligibilité des étrangers sur les plans cantonal et communal. Si j'estime injuste que des sujets de droit n'aient pas l'occasion de se prononcer sur les règles qui leur sont imposées, on peut se poser la question de savoir comment est-ce que l'Etat différencie ses citoyens du reste de la population, si tous deux ont l'exercice des droits civiques.

 

Quand je pense à des problématiques de société urgentes à reésoudre, plusieurs d'entre elles me viennent à l'esprit: parmi elles, il y a le suicide, première cause de mortalité des jeunes suisses. Afin de faire en sorte que la prévention et la prise en charge puissent se faire plus efficacement, et afin de mieux tirer les leçons des différents cas particuliers, il faut cesser de maintenir le tabou sur ce sujet grave. En effet, un suicide ne représente pas qu'un échec personnel, mais aussi un échec de la société en entier.

Cette problématique est étroitement liée à l'homophobie, qui en est un moteur important. Les jeunes homosexuels recourent au suicide ou y songent bien plus souvent que les hétérosexuels, car cette orientation sexuelle reste dans une certaine mesure encore un interdit dans l'inconscient collectif. L'homophobie est clairement l'expression de l'ignorance, cas échéant d'une haine injustifiable contre des personnes qui sont dans le libre exercice de leur sexualité. Il faut la combattre, en commençant par déjouer la mauvaise foi qui voit dans cette lutte - à tort - une promotion fictive de l'homosexualité.

En parlant de phobies, parlons de xénophobie et de racisme: ce sont des maux qui n'ont aucune justification raisonnable, pourtant ils s'expriment avec succès en Suisse, comme le montre l'initiative sur le renvoi des étrangers "criminels". Ces fléaux tentent de nous faire croire que les hommes sont, selon leur ethnie (plus récemment, leur culture), différents en leur qualité d'être humain. Un grand merci à la presse qui se fait très souvent l'écho de ces élans de haine, en mentionnant systématiquement l'origine des délinquants, s'ils ne sont pas suisses, et ce malgré le fait que cette donnée n'instruit pas particulièrement le lecteur sur l'affaire en question. Il convient de mentionner que l'islamophobie est rangée dans ce chapitre, car elle induit une méfiance à l'égard d'une religion dont on ne veut parler que des pires éléments, condamnés d'ailleurs par nombre de ses représentants.

 

Un autre combat, plus délicat, en raison du fait qu'il doit s'effectuer au niveau individuel, est de dimension écologique. Un comportement bienveillant à l'égard de l'environnement (dont fait partie l'homme) est aujourd'hui forcément constitué de petites actions (les exemples sont nombreux) qui seules peuvent contribuer à rendre efficace la protection de la nature. Dans ce sens, il s'agit davantage d'un travail d'information que de mesures contraignantes, sans exclure celles-ci dans certains cas précis, comme les produits toxiques et les gaz à effet de serre.

 

Je suis un ferme opposant à la logique du tout-sécuritaire. En effet, la politique de sécurité effectuée jusqu'ici montre progressivement ses défauts. On ne parle que de durcissements du système existant, ce qui est clairement contre-productif. Un changement radical de vision devrait être effectué, par des actions comme la légalisation des drogues douces, l'abandon de la vidéosurveillance "dissuasive" (les autorités de police dépassent en effet souvent les limites des droits de la personnalité) ou encore un travail davantage tourné vers la police de proximité et la prévention. Genève n'est pas en état de siège, mais le discours de certains donnent l'impression du contraire.

La thématique du service militaire obligatoire est depuis longtemps un problème, qui est sujet à des discussions entre opposants et soutiens qui s'apparentent davantage à un discours de sourds. La situation actuelle ne satisfait pas, et un changement doit être provoqué. Je ne propose pas ici de solution concrète, mais il m'est avis qu'un service civil obligatoire serait déjà une meilleure solution; cependant, le problème central selon moi est le caractère obligatoire du service, soutenu par des arguments pour le moins douteux, surtout ceux qui ont trait à une soi-disant "tradition".

 

Aujourd'hui, il semble clair que l'idéal de la vie parfaite dans une villa avec sa famille et un emploi de chef d'entreprise est dépassé. En matière de logement, il faut davantage d'habitations pour les plus démunis (y compris, par exemple, les étudiants), au lieu de créer systématiquement des solutions hors de portée d'une importante partie de la population, comme le projet de quartier des Cherpines, qui nous montre un magnifique éco-quartier en grande partie totalement inefficient, en ce sens que le nombre d'habitations par rapport à l'espace disponible est faible, et que le choix d'y caser deux terrains de sport est insensé, sachant qu'à deux pas de là se trouve celui du Grand-Lancy. 

Aussi, m'arrêtant sur la vaste et très complexe thématique de l'emploi, je suis d'avis qu'une logique malsaine est en train de gagner du terrain: les emplois tendent de plus en plus souvent vers le 100%, ce qui a pour conséquence la diminution de leur nombre, alors qu'il faudrait garder une part importante de "petits emplois" moins qualifiés, destinés aux jeunes, aux personnes sans formation et aux sans-emploi, afin que tous puissent avoir un emploi, même peu rémunéré.

 

S'il y a une chose que je puis affirmer au sujet de l'économie, une thématique qui me tient peu à coeur et dont je ne connais que peu de choses, c'est que je m'oppose à des baisses systématiques dans l'éducation et la culture à chaque fois que nos chères autorités ont des problèmes de sous: un moyen d'éviter cela est de se détacher le plus possible du mécanisme de la dette, qui fait que l'Etat dépense de l'argent qu'il n'a pas, et faisant subir les conséquences au peuple.

Quant au domaine de l'éducation, il existe une kyrielle d'aspects que je pourrais développer ici, mais celui que je veux souligner a trait à cette détestable notion de branches "utiles": il faut sortir de cette logique de cours utiles/inutiles, car en principe, chacune d'entre elles a un apport également important pour les élèves. En ce qui me concerne, je suis sorti plus instruit des cours de musique ou de latin que de ceux de mathématiques et de biologie.

 

Conclusion

 

Tous les points développés ci-dessus révèlent que mes idées pour l'amélioration de notre société ne sont pas fondamentalement incompatibles avec celles du Parti Socialiste, en tout cas pas autant qu'avec celles des autres partis. C'était une bien longue démonstration du fait que mon adhésion était mûrement réfléchie, dans le but de pouvoir agir concrètement. 

 

Enfin, j'espère que les non- ou anti-socialistes d'entre vous (je m'adresse toujours à des proches) n'y verront pas une déclaration de guerre: je reste un être humain, tout comme vous. Au fond, mon adhésion n'illustre pas un changement radical de direction de ma part: elle s'inscrit dans une évolution continue de ma conscience politique de la société. Bref, je n'exigerai pas soudainement que l'on m'appelle "camarade Diego".

 

Bonne soirée.

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