10/08/2016

Chronique ta mère! (Réponse à Jonas Schneiter)

Mardi 9 août, le chroniqueur Jonas Schneiter signait dans Le Temps un article intitulé « Dans tes Chambres! » Les parlements de jeunes sont inutiles! (lisez-le avant de poursuivre ici).

 

Si son texte était destiné à susciter la perplexité, c'est réussi: de quoi parle-t-il?? Il y décrit une assemblée fictive composée de "jeunes carriéristes" qui, sous l'illusion de révolutionner la société, se contenteraient de disserter futilement dans le seul intérêt d'un jeu de rôle d'imitation de vieux politicards. M. Schneiter ne donne pas un seul exemple de parlement de jeunes (PJ) qui, en Suisse en tout cas, corresponde à la définition qu'il en donne. En fait, il ne cite pas d'exemple du tout.

 

Une exemplification est pourtant nécessaire, car qui s'intéresse réellement aux PJ se rend immédiatement compte de leur hétérogénéité. Certains PJ naissent spontanément à l'initiative d'un groupe de jeunes, d'autres sur impulsion des autorités. Certains revêtent la forme d'une association de droit privé, d'autres celle d'une commission administrative qui conseille directement l'exécutif. Certains sont composés uniquement de jeunes politiciens (très rare en Suisse romande), d'autres pas. Il n'existe pas une seule forme unique de PJ, ce qui n'aurait pas échappé à M. Schneiter s'il avait simplement pris la peine de comparer hâtivement deux PJ au hasard sur Google.

 

Il affirme, également sans illustrer son propos, qu'à de rares exceptions près, les idées débattues au sein des PJ ne dépassent jamais le stade du bavardage. Au fond, cette critique est toute aussi pertinente s'agissant de ses propres chroniques, "bavardages" dont l'utilité reste purement idéale (si l'on suit son raisonnement). Je n'irai pas jusqu'à affirmer que "le journalisme" est inutile, bien qu'il pourrait aisément partager les défauts du "PJ unique" imaginé par M. Schneiter, c'est-à-dire un bavardage qui ne change rien à la société. On sait très bien que tout bavardage n'est pas forcément inutile à la société, bien au contraire; selon la formule de Grégoire Barbey, « ces structures permettent aux jeunes de se familiariser avec le fonctionnement et les principes d'un parlement, c'est-à-dire hisser la discussion et le débat comme prérequis à toute décision ».

 

Mais la seule manière de donner tort à M. Schneiter réside dans l'exemplification qu'il n'a pas souhaité faire. Il faut donc relever que c'est grâce aux Parlements de jeunes de Meyrin et de la Ville de Genève qu'on trouve des Noctambus dans le canton de Genève, un grand pas vers des nuits plus animées et des routes plus sûres. C'est aussi grâce à eux qu'on trouve des distributeurs de préservatifs dans les collèges genevois, une mesure concrète pour lutter contre les MST. C'est grâce au Conseil des jeunes de la ville de Lausanne que la loi vaudoise interdit explicitement la discrimination fondée sur l'orientation sexuelle. C'est grâce au Parlement des jeunes genevois que les réfugiés mineurs non-accompagnés (MNA) du canton ont pu tenir l'hiver dernier, suite à la récolte de plus de six tonnes de vêtements chauds. Ces quelques exemples suffiront assurément à démontrer que les PJ sont bel et bien utiles à la société, et que la représentation que M. Schneiter s'en fait ne correspond pas à la réalité.

 

Soyons fair-play: il ne me semble pas que M. Schneiter soit particulièrement mal-intentionné sur ce coup. Son plaidoyer contre les structures-alibi est pertinent dans l'absolu, mais très maladroit dans les faits. On pouvait raisonnablement attendre de lui qu'en invitant "les jeunes" à ne pas imiter "les vieux", il ne commettrait pas une erreur fréquente chez ces derniers: critiquer les actes de la jeunesse sans avoir cherché à les comprendre.

 

Diego Alan Esteban
Parlement des Jeunes Genevois
Vice-Président

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31/10/2014

Musulmans, criminalité et paranoïa.

Mercredi, l'institut Ipsos Mori a publié la dernière édition de son "Index de l'ignorance." L'objectif de cette étude était d'opposer certaines croyances générales aux faits, en lien avec un certain nombre de sujets "chauds" pour la plupart des 14 pays dans lesquels elle a été menée. Elle a permis de constater une disproportion manifeste entre l'idée que les gens ont d'une situation et la situation elle-même.

 

Sur sa page facebook, la RTS a relayé la nouvelle en mettant l'accent sur un paradoxe des plus flagrants issus de l'étude: alors que la France compte 8% de musulmans, les participant-e-s français-e-s au sondage de l'institut Ipsos Mori ont globalement estimé à 31% la proportion de résident-e-s de confession islamique dans leur pays. Soit une différence de 23% entre la croyance et la réalité.

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De nombreux facteurs peuvent expliquer cette disproportion, à l'image de la médiatisation importante dont a bénéficié (le mot est sciemment choisi) le terrorisme islamiste depuis le début du siècle. Les attentats menés au nom d'Allah ont reçu un tel écho, qu'ils ont placé la communauté musulmane (pourtant très majoritairement opposée aux violences commises au nom de leur religion, comme l'ont notamment relevé le Figaro et le Temps) dans une situation invivable, qui assimile la confession de ses membres à une preuve de leur supposée violence inhérente.

 

Dans ce contexte, on aura pu voir le site ultraconservateur lesobservateurs.ch tenter de prouver la connexité entre islam et criminalité en reprenant un article de l'association anti-musulmane française "riposte laïque", dont le titre est déjà une preuve de la stupidité de son auteure: "Prison de Champ-Dollon: 7% de détenus suisses, 53% de musulmans!" En effet, si la vocation scientifique autoproclamée de cet article se résume à une opposition d'amateurs entre une nationalité et une religion, on n'est pas sortis de l'auberge, car il faut confronter des données sur la base de critères identiques si l'on veut tirer des conclusions exactes.

 

Sans parler des petits détails qui trahissent l'ignorance crasse de la situation par l'auteure (à l'image de la mention d'une "votation [...] gagnée par l'UDC", alors qu'en Suisse c'est le peuple qui vote et non pas l'UDC), il y a des affirmations qui sont tout bonnement inacceptables. Les statistiques en lien avec la prison de Champ-Dollon portent sur le nombre total de détenu-e-s, sans distinction aucune entre les personnes qui purgent une peine et celles qui sont en attente d'un jugement. Des personnes seulement accusées d'un crime (par opposition à celles qui en ont été reconnues coupables) et détenant la nationalité suisse sont moins susceptibles de s'enfuir avant le jugement que les autres, il est donc logique que ces dernières soient plus nombreuses à être incarcérées en préventive. Partir du principe que les chiffres placent sur un même pied d'égalité Suisses et étrangers est une faute de raisonnement.

 

André Kuhn, Professeur de criminologie aux universités de Genève, Lausanne et Neuchâtel, énumère de façon très claire les critères qui entrent en ligne de compte quand il s'agit d'expliquer la criminalité. Il y a tout d'abord le sexe, l'âge ensuite, puis le niveau socio-économique, enfin le niveau de formation. L'origine peut être pertinente quand il s'agit de ressortissants d'un lieu en guerre, ce qui a pour effet psychologique de les désinhiber par la confrontation à la violence, mais c'est exceptionnel.

 

"Si l'on compare le taux de criminalité des étrangers à celui des nationaux du même sexe, de la même classe d'âge, de la même catégorie socio-économique et du même niveau de formation, la différence entre les nationaux et les étrangers disparaît."

(André Kuhn, dans "comment s'explique la surreprésentation des étrangers dans la criminalité")

 

Et la religion dans tout ça? La criminalité ayant existé dans chaque lieu peuplé par l'être humain et à tout moment dans son histoire, il est ignorant et dangereux de faire croire aux gens que la criminalité est indépendante de la nature humaine. Chercher à convaincre que la religion a un rôle majeur dans la criminalité (mais étrangement, seulement en ce qui concerne les musulmans) déresponsabilise en effet les criminels de leurs actes et ignore la réalité sociologique de la criminalité.

 

Mais le mal est fait: l'islam est devenu un mot-clé qui fait tiquer, stimulant une paranoïa latente qui ne demande qu'à pouvoir se défouler sur des boucs-émissaires. Il est donc capital de la rejeter à chaque occasion qui se présente, afin de rétablir une nécessaire santé mentale dans les débats de société portant sur des questions sensibles. Non, la religion n'est pas une caractéristique qui invite à commettre des crimes. En revanche, la pauvreté et le manque de formation le sont. Luttons contre la criminalité, battons-nous pour l'éducation et la qualité de vie, battons-nous contre l'ignorance et l'exclusion sociale!

Écrit par Diego Esteban dans Air du temps | Lien permanent | Commentaires (10) |  Imprimer |  Facebook |

06/05/2014

Vous avez intérêt à voter oui, sinon...

Article publié sur politeia.ch

 

Sinon vous êtes un pédophile. C'est une sacro-sainte évidence que l'on voit répétée en boucle sur les réseaux sociaux depuis longtemps: toute personne osant nuancer, voire - quelle horreur - s'opposer à l'initiative populaire "pour que les pédophiles ne travaillent plus avec des enfants" souhaite forcément son contraire. En gros, celles et ceux qui voteront NON souhaitent en réalité encourager le viol d'enfants en remettant une médaille aux pédophiles qui ont réussi à commettre leur dixième abus.

 

Maintenant que j'ai poussé mon coup de gueule contre ce hold-up émotif dont font preuve nombre de personnes soutenant l'initiative de la marche blanche, on peut passer à un raisonnement plus sérieux. Car en effet, même si l'absolutisme est remis au goût du jour depuis que George Bush ("if you're not with us, you're against us") a réussi à rendre coupables de complicité de terrorisme tous les pays ne se rangeant pas derrière l'armée US dans son invasion de l'Irak en 2003, il n'y a aucune raison d'abandonner toute argumentation réfléchie et honnête.

 

Plus sérieusement:

 

L'origine de cette initiative remonte à 2004, à Bienne, où un enseignant condamné pour actes d'ordre sexuel avec des enfants (infraction réprimée aux articles 187 et 188 du Code Pénal) avait été engagé dans une école comprenant des enfants du même âge que ceux qu'il avait abusés. L'association marche blanche avait lancé un mouvement d'indignation fortement soutenu par la population, mais qui n'avait pas réussi à provoquer de véritable remue-ménage. C'est pourquoi la voie d'une initiative populaire avait finalement été retenue pour appuyer une revendication simple et justifiée, qui tient en trois mots: plus jamais ça.

 

Comme pour toute initiative populaire, le simple lancement du texte (celui de la marche blanche était au final muni de 111'681 signatures) a provoqué des remous au sein des autorités politiques de la Confédération. Deux mois avant le dépôt de l'initiative par ses auteurs, le Conseil Fédéral lança un projet de loi destiné à être le contre-projet indirect à l'initiative. Un contre-projet est censé intervenir quand les autorités rejettent une initiative, mais souhaitent malgré tout sauver les parties du texte qui valent la peine d'être sauvées, mais sous une forme qui leur convient davantage: le contre-projet est direct quand il est présenté au peuple et aux cantons en même temps que l'initiative, il est indirect quand il n'est soumis qu'au référendum facultatif.

 

Une idée, deux textes, des incompatibilités:

 

Au lieu d'expliquer ce que demande l'initiative, je vais d'abord parler de ce que demande le contre-projet. De mon point de vue, je n'ai jamais vu le Conseil Fédéral être autant à l'écoute de la population. En effet, le contre-projet reprend l'idée de base de l'initiative (c'est-à-dire le fait d'empêcher des personnes ayant abusé d'enfants et de personnes dépendantes de continuer à côtoyer leurs victimes) en l'appliquant intelligemment à notre système juridique, mais surtout en allant bien plus loin que la marche blanche.

 

Concrètement, l'idée des initiants et du Conseil Fédéral est d'améliorer une mesure relativement méconnue, celle de l'interdiction d'exercer une profession (articles 67 et suivants du Code Pénal). Tous les spécialistes du droit sont d'avis que cet article est mal conçu, et c'est sur la base de leurs arguments que le gouvernement a élaboré cette proposition de modification de l'article. Le contre-projet du Conseil Fédéral ne s'arrête pas à la simple interdiction d'exercer une profession, mais rajoute à celle-ci la possibilité notamment de prononcer une interdiction de pénétrer dans un certain périmètre géographique (par exemple une école). Pour le reste, l'initiative et le contre-projet sont essentiellement identiques: mais l'initiative comporte certains défauts dont les conséquences ne sont pas voulues par ses auteurs, ni souhaitables pour la population.

 

Des conséquences inutiles:

 

Il s'agit surtout à la base d'un problème de vocabulaire: en effet, l'initiative utilise les termes "d'atteinte à l'intégrité sexuelle d'enfants" ou de "mineurs". Ici, tout semble indiquer que "enfant" et "mineurs" sont des termes équivalents. Or, la définition légale d'un mineur est celle d'une personne âgée de moins de 18 ans (selon l'article 1 de la Convention européenne sur les droits de l'enfant). Sachant que la majorité sexuelle est fixée à 16 ans, l'initiative risque en réalité d'augmenter ce seuil, en condamnant toute "atteinte à l'intégrité sexuelle" sans distinction pour les moins de 18 ans. Si l'on prend l'hypothèse des amours juvéniles, on peut s'imaginer une jeune fille de 19 ans, étudiante en première année de sciences de l'éducation dans le but de devenir enseignante au collège, et qui vit une relation amoureuse avec son compagnon de 15 ans. Condamnée pour atteinte à l'intégrité sexuelle d'un mineur, il lui est assorti une interdiction à vie de travailler avec... des "enfants" qui ont presque son âge!

 

Le contre-projet évite ce résultat absurde. En effet, le Conseil Fédéral a anticipé les difficultés liées aux imprécisions vocabulaires des auteurs de l'initiative et a opté pour une sanction à degrés. Actuellement, l'interdiction d'exercer une profession va jusqu'à 5 ans. Le contre-projet propose non seulement de relever le maximum "ordinaire" à 10 ans, mais également de mettre un minimum de 5 ans, voire une interdiction à vie (c'est la grande nouveauté voulue par le contre-projet, en accord avec la volonté de la marche blanche), dès qu'il s'agit d'une infraction en lien avec l'intégrité d'enfants ou de personnes dépendantes. Ainsi, les initiants obtiennent exactement ce qu'ils recherchent, à savoir un renforcement des sanctions contre les pédophiles, et en particulier une interdiction à vie contre des coupables dont on peut forcément craindre un risque de récidive, comme cet enseignant de Bienne qui est à l'origine de cette initiative. Et de l'autre côté, on évite une initiative qui veut frapper "dans le tas" tout en pénalisant inutilement d'autres personnes.

 

L'inapplicabilité d'une partie de l'initiative:

 

Un problème sérieux dont souffre actuellement la démocratie suisse est le détournement du droit d'initiative pour le transformer en bête support à slogans. L'exemple de l'initiative contre la construction de minarets est édifiant, car ses auteurs ont fait croire fallacieusement au peuple que cette initiative pouvait réellement être appliquée, ce qui ne sera pourtant jamais le cas (techniquement, il est impossible d'appliquer cette initiative). Ici, on est à peu près dans le même cas: sachant que les droits de l'homme garantissent une protection contre les abus de la justice constatés dans des états totalitaires, afin d'aboutir à des procès équitables dont le jugement est légal et juste, on voit que l'initiative de la marche blanche propose une interdiction d'exercer une profession, à vie, dans tous les cas. Cette intransigeance va à l'encontre de principes fondamentaux: nul n'est infaillible, ni la loi, ni les juges, et on n'est jamais à l'abri d'une peine excessive. Notre système juridique se fonde justement sur la proportionnalité: on punit en fonction du cas précis, en pondérant sérieusement toutes les circonstances, car si on ne rigole pas avec l'intégrité sexuelle d'enfants, on ne rigole pas non plus avec les peines pénales, et leur prononcé nécessite une justification mûrie. Cette initiative frappe au contraire sans discernement, et va ainsi à l'encontre de plus d'un demi-siècle de jurisprudence de la cour européenne des droits de l'homme, car elle ne laisse pas un millimètre de marge aux criminels repentants (si, si, ça existe).

 

Là encore, ce problème est réglé par le contre-projet, qui prouve qu'il donne sur toute la ligne son efficacité à l'idée de la marche blanche, sans reprendre sa formulation défectueuse.

 

Voter NON pour mieux voter OUI:

 

Très concrètement, le véritable choix auquel l'électeur-trice sera confronté-e le 18 mai sur son bulletin de vote sera le suivant:

  • Acceptez-vous le renforcement de la prévention anti-pédophilie de manière bancale et en sanctionnant sans aucun discernement? (solution de l'initiative)
  • Acceptez-vous le renforcement de la prévention anti-pédophilie de manière efficace et détaillée? (solution du contre-projet)

 

Il convient de rappeler ici la réalité de la votation sur cette initiative: si elle est rejetée, le contre-projet est considéré comme accepté. Il n'y aura dans tous les cas plus de statu quo, plus d'immobilité sur cette question, un progrès est inévitable: mais dans ce cas, ayons l'intelligence de choisir la voie la plus avantageuse et optons pour le contre-projet en votant NON à l'initiative. Lire au-delà du titre quelque peu démagogique permet de se rendre compte qu'un refus de l'initiative de la marche blanche ne veut pas dire que l'on tolère la situation actuelle, mais simplement qu'une meilleure solution existe, et que cette solution, c'est le contre-projet. Mais si je vous invite à glisser un NON dans les urnes, je tiens quand même à féliciter sincèrement la marche blanche pour avoir réussi à faire bouger les choses, et que, même si son initiative a de nombreux défauts, l'idée de base a réveillé nos autorités sur la question de la prévention contre les abus sexuels.

 

Cependant, il faut que la marche blanche cesse de prendre la voie de l'émotivité et de la culpabilisation pour faire campagne. De telles méthodes ne grandissent pas les initiants, elles ne sont pas dignes d'une société démocratique, et elles sont malhonnêtes: personne ne défend les pédophiles, voilà la seule évidence qui doit surgir de ce débat.

 

Diego Esteban

 

Pour lire le contre-projet indirect, cliquez ici

Pour lire l'initiative, cliquez ici

Pour lire le message du Conseil Fédéral (long à lire, mais très bien argumenté), cliquez ici

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24/06/2013

Du libre choix du mode d'expression de la bêtise

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Mardi dernier, les Verts genevois ont lancé une initiative visant à donner la priorité aux transports publics dans l'ensemble du trafic routier. Partant du constat que les bouchons sont un vrai problème de mobilité à Genève, ils ont ainsi présenté la pierre qu'ils comptent apporter à l'édifice. Mais dès l'annonce du lancement de l'initiative, les critiques n'ont pas tardé à pleuvoir, venant quasi-exclusivement de la part de ceux qui ne proposent actuellement aucune réelle solution à ce problème, c'est-à-dire ceux dont la politique de mobilité se limite dans les faits à la critique et au blocage des projets de Michèle Künzler.

 

Cela fait depuis environ cinq ans que je ne me déplace qu'en vélo et en transports publics, et je ne souffre jamais des bouchons fréquents, sauf lorsque le nombre important de voitures présentes sur la route empêche le bus ou le tram dans lequel je me trouve de se déplacer à une vitesse digne de ce nom. Ce dernier cas de figure me fâche, car je conçois assez mal qu'un automobiliste seul dans sa voiture soit mis sur un même pied d'égalité avec un tram contenant presque 400 places. En effet, ce n'est pas du tout une forme d'égalité, bien au contraire! 

 

Cette initiative va de mon point de vue dans le bon sens, car elle permettrait de renforcer le rôle même des transports publics, qui est de décharger les routes du plus grand nombre possible de transports individuels en proposant une alternative convenable afin d'éviter la surcharge du trafic. Mais les opposant à cette mesure proclament faussement qu'elle porte atteinte au libre choix du mode de transport. Ce qu'ils omettent sciemment, c'est que jusqu'à preuve du contraire, "donner la priorité" n'est pas synonyme de "donner l'exclusivité". Si l'initiative des Verts aboutit, tout le monde aura le droit de choisir la moto ou la voiture pour se déplacer, même si la tendance sera de privilégier les transports publics. 

 

Mais ceci dit, l'initiative lancée par les Verts est une question qui doit être débattue pour elle-même. C'est pourquoi il faut tenter de dépolitiser au maximum le débat, car il est assez désolant de voir que chaque question touchant aux transports publics genevois est discutée en fonction des rapports de force entre partis politiques et de la seule existence de Michèle Künzler. Cette initiative soulève une question de fond qui doit transcender le seul critère des partis qui la soutiennent (ou la rejettent) et la guéguerre des transports que se livrent pêle-mêle le cycliste qui manque régulièrement de se faire écraser par un automobiliste, le piéton qui n'en peut plus des cyclistes qui roulent sur le trottoir, le motard fâché de ces piétons qui traversent la route n'importe où, et l'automobiliste qui voit des motos occuper les rares places de parking disponibles.

 

La mobilité est une thématique au sujet de laquelle tout le monde peut avoir un avis. C'est pourquoi il est important de se faire sa propre opinion sur la question, et de rester imperméable à des arguments désinformateurs, comme celui de dire qu'une voiture doit être traitée de la même manière qu'un tram.

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