25/03/2014

La définition de la responsabilité selon Olivier Jornot

La campagne de Me Pierre Bayenet, auquel tous présageaient une défaite écrasante en vue de l'élection du Procureur général le 13 avril prochain, vient de recevoir un soutien inattendu, celui de l'actuel Procureur général Olivier Jornot lui-même.

 

Ce dernier a livré une interview au quotidien Le Temps, dans un contexte où les stratégies du magistrat sont cassées les unes après les autres par le Tribunal Fédéral (concernant sa politique pénitentiaire). L'ancien Député PLR, élu en 2012 par le Grand Conseil (grâce notamment à sa propre voix, en violation manifeste de l'article 24 LRGC concernant l'obligation de s'abstenir lorsqu'un intérêt personnel est en jeu relativement à un vote), désormais chargé de faire appliquer la loi et de diriger l'action de l'Etat dans le domaine de la justice, a tenu des propos pour le moins curieux:

 

"Je ne me sens pas responsable des lacunes de l'Etat en matière pénitentiaire. [...] Je ne suis pas responsable de l'outil carcéral."

 

La réponse à cette déclaration, on peut la trouver dans l'institution du protocole. Il s'agit de l'introduction indispensable à toute apparition publique des autorités: l'ordre d'appel des titulaires de fonctions étatiques majeures est la première indication donnée sur l'importance de ces fonctions. Or, le Procureur général occupe le troisième rang dans la liste, après le Président du Conseil d'Etat (actuellement, il s'agit de François Longchamp) et le Président du Grand Conseil (actuellement, il d'agit d'Antoine Droin). Dans les processions officielles, les chefs du cortège sont ainsi les trois personnes représentant chacun des trois pouvoirs traditionnels. Dans ces cortèges, le Procureur général représente la justice dans son ensemble et précède les autres magistrat-e-s, devant même les six autres Conseillers-ères d'Etat, les 99 autres Député-e-s et toutes et tous les magistrats du pouvoir judiciaire.

 

En connaissant donc la fonction capitale de représentation qui réside dans le rôle de Procureur général, comment l'actuel titulaire de ce rôle peut-il valablement nier toute responsabilité des actions prises par l'appareil judiciaire à la tête duquel il se trouve justement? Cette attitude de l'autruche est inadmissible, et j'avoue qu'elle me surprend: la notion de responsabilité étant chère aux libéraux-radicaux, je me demande si c'est en tant que PLR, ou en tant qu'ancien militant du parti d'extrême-droite Vigilance, que le chef de la justice genevoise tient ces propos... Dans tous les cas, il est clair que si le poste de Procureur Général ne sied pas au sens des responsabilités d'Olivier Jornot, il est grand temps que celui-ci trouve une fonction qui lui corresponde davantage.

 

"Face à des délinquants inexpulsables, souvent originaires du Maghreb, l'Etat est démuni. J'ai donc décidé de lutter contre ce phénomène en utilisant la condamnation pénale pour leur rendre le séjour inconfortable et leur montrer qu'ils n'ont pas d'avenir ici. Cela prendra le temps qu'il faut. C'est avant tout une politique de protection de la population et pas de résolution des problèmes."

 

Je suis sans doute sur le point de me lancer dans le débat le plus ancien de la politique judiciaire, mais il me faut le dire: les violations du droit dans leur ensemble constituent toujours un échec pour la société, en raison du fait que celle-ci n'a pas su les prévenir avant qu'elles surviennent. Cet échec est réparable, et la réaction adéquate réside dans une pesée équilibrée entre prévention et répression, soit entre le fait d'empêcher la survenance d'une infraction, et la sanction infligée à toute personne qui en commet.

 

S'agissant du volet répressif, il ne doit pas constituer une simple mise à l'écart des délinquants ou criminels dans une boîte de conserve loin des regards, car ces condamnés n'en ressortiraient pas davantage enclins à suivre les règles légales et morales qui prévalent ici et ailleurs. Au contraire, soulignons que la délinquance, cas échéant la criminalité, ne sont pas des caractéristiques irréversiblement ancrées chez une personne y succombant à un moment donné: ce n'est pas une fatalité génétique; même pour la pédophilie, les psychologues s'accordent pour dire que cette maladie n'est pas forcément inguérissable. Ainsi, derrière la sanction, il doit y avoir un but de réinsertion de la personne au sein de la société. Ma conviction est que seul un tel fonctionnement de la condamnation judiciaire peut aspirer à véritablement régler les problèmes de délinquance et de criminalité.

 

Mais rien de tout cela chez Olivier Jornot, qui ne cherche nullement à résoudre des problèmes, comme il l'affirme ci-dessus. Il affirme vouloir utiliser la condamnation pénale contre des délinquants "pour leur rendre le séjour inconfortable et leur montrer qu'ils n'ont pas d'avenir ici." Outre le fait que l'Etat a certainement d'autres chats à fouetter que de s'acharner à rendre le séjour de délinquants et de criminels inexpulsables "inconfortable", cette déclaration est inquiétante, car elle révèle le désir du Procureur général de pousser la punition le plus loin possible, quel qu'en soit le coût: la Tribune de Genève a récemment rapporté le cas d'un homme ayant été emprisonné plusieurs fois pour le motif de séjour illégal, avec pour seul élément notable dans son casier judiciaire une amende en lien avec la loi sur les stupéfiants. Drogue ou pas, il ne s'agit que d'une simple amende, mais, malgré l'absurdité de cette situation, Olivier Jornot ne voit aucune objection au fait de mettre - plusieurs fois - en prison un homme au motif qu'il a été condamné - une fois - à une amende. De mon point de vue, un tel acharnement est incompréhensible et inadmissible. Je ne donnerai jamais ma voix à un homme qui donne dans l'ultra-répressif aveugle, rappellant les heures sombres de la justice, lorsque le pouvoir de répression de l'Etat était davantage utilisé comme arme contre la population, en particulier contre les minorités.

 

Et si Olivier Jornot croit que sa politique de répression à relents autoritaires (probablement issus de son passage à Vigilance) est une politique de "protection de la population", qu'il aille le dire aux habitants de Puplinge, Choulex, Vandoeuvres, Thônex, et d'autres communes avoisinantes, aux gardiens de la prison de Champ-Dollon ainsi qu'à leurs familles, à toutes les personnes directement menacées par la survenance d'un très probable point de rupture dans le tristement célèbre pénitencier. Le jour où la surpopulation de Champ-Dollon aura conduit à son explosion, jamais la population n'aura été aussi menacée: Oliver Jornot garnit continuellement une bombe à retardement avec davantage d'explosifs, en affirmant inconsciemment que cela va garantir la sécurité de la population...

 

L'actuel Procureur général n'a qu'une volonté très sélective d'assurer le triomphe de la loi, et ne veut pas endosser la responsabilité de ses faits et gestes. En ce qui me concerne, j'opte clairement et sans hésiter pour l'avocat Pierre Bayenet dans l'élection qui approche, car il est évident qu'il assumera pleinement et fidèlement son rôle. Ses détracteurs le qualifient d'angélique sans se douter que ce qualificatif lui va très bien, puisque ce spécialiste des droits de l'homme est le seul à s'opposer à Olivier Jornot, qui les viole, et que l'on peut sans gêne qualifier de diabolique. Le candidat du PLR ne mérite pas une victoire-fleuve, vu la taille de ses manquements, vu le nombre croissant de condamnations du Tribunal Fédéral, vu son idéologie nauséabonde. Pierre Bayenet mérite sa chance pour plusieurs raisons, notamment car il n'a jamais eu de mandat électif (contrairement à Olivier Jornot, qui fut Député juste avant d'être élu Procureur général - notamment par lui-même) et garderait une certaine indépendance vis-à-vis des partis politiques, ou encore car il ne prône pas une application différenciée de la loi. C'est pourquoi je vous invite à voter pour lui le 13 avril prochain.

 

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Pour lire l'interview en entier, avec des commentaires de William Rappard, avocat et membre du Parti Vert'libéral, cliquez ici: http://lespetitsdiagnosticsdukrappard.blog.tdg.ch/

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20/11/2013

Pagani et Barazzone, un cul entre deux chaises

Le 6 octobre dernier, Rémy Pagani, déjà Conseiller administratif en ville de Genève, fut élu député au Grand Conseil du canton de Genève. Nombre d'observateurs se sont demandés comment l'ancien maire de Genève pourrait assumer simultanément ses deux fonctions, tant la charge de membre de l'exécutif communal genevois est exigeante, et celle de député chronophage. Le 12 novembre dernier, suite à l'élection du Conseiller national Luc Barthassat au Conseil d'Etat, Guillaume Barazzone fut soumis au même interrogatoire: en effet, Conseiller administratif en ville de Genève également depuis un an, il a annoncé qu'il accepterait de remplacer l'agriculteur Bardonnésien aux Chambres dès la prochaine session de l'Assemblée fédérale. Alors que la Ville de Genève est un des plus grands centres urbains de la Suisse, il est surprenant de voir deux des cinq membres de son exécutif prendre des responsabilités politiques conséquentes en sus de celles qu'ils assument déjà. Le choix de ces deux hommes pose des questions de principe, mais également d'autres - très concrètes - sur leur capacité individuelle à siéger.

 

Sur le plateau de Léman Bleu mardi soir, Rémy Pagani affirmait qu'il ne siégerait "que" dans deux commissions parlementaires du Grand Conseil (dont la commission de l'enseignement supérieur, qu'il présidera pendant un an), en sus de sa charge de Conseiller administratif. Ses détracteurs lui reprochent sa volonté de s'accrocher désespérément au pouvoir et de tromper ses électeurs: partant du principe qu'il est impossible pour lui de réellement prendre le temps d'exercer pleinement toutes ses fonctions politiques en même temps, ils prédisent qu'une telle dispersion de son travail ne pourra aboutir qu'à un engagement diffus et insuffisant, péjorant tant le travail du canton que celui de la ville. Ils sous-entendent également que ce cumul de mandats procède de la cupidité, puisqu'il toucherait les jetons de présence du Grand Conseil en plus de son salaire de Conseiller administratif. A cet argument, les soutiens politiques de Rémy Pagani répondent que ce dernier reversera de toutes façons 75% de ses jetons de présence à son parti (SolidaritéS) et n'en encaissera qu'une petite partie. Ils relèvent aussi qu'il a déjà siégé en tant que député entre 1997 et 2005, son expérience lui permettant parfaitement d'assumer son mandat en maîtrisant tous ses aspects. Cependant, ils ne disent rien du fait que si Rémy Pagani avait refusé de siéger au Grand Conseil, il aurait ainsi laissé sa place à Vera Figurek, une jeune femme qui représente la relève d'un parti vieillissant et peinant à se renouveler.

 

Dimanche 4 novembre 2012, le député PDC Guillaume Barazzone fut brillamment élu au Conseil administratif de la ville de Genève (il attendit cependant près de trois mois avant de quitter son siège au Grand Conseil). Désormais, il siégera tant au Conseil national qu'à l'exécutif communal genevois, un cumul pour le moins ambitieux, sachant qu'il débute dans chacun de ses deux rôles. En effet, Guillaume Barazzone n'a jamais siégé au niveau fédéral, et achève sa première année dans un exécutif (communal) après une dizaine d'années passées au législatif communal, puis au Grand Conseil. Cherchant à témoigner de sa bonne volonté, il annonçait mardi son intention de reverser une partie conséquente de ses jetons de présence à la ville de Genève: de la poudre aux yeux, selon ses opposants. Sachant qu'il faut plusieurs années avant de maîtriser la fonction de parlementaire fédéral et les dossiers thématiques y relatifs, certains doutent de la capacité de Guillaume Barazzone à remplir ses fonctions de manière proactive: si toutefois il devait y arriver, n'oublions pas qu'au moins quatre sessions fédérales de trois semaines consécutives chaque année, entrecoupées de plusieurs séances de commissions, constituent l'agenda de base de l'élu national. Dans quelles commissions siégera-t-il? A quelle fréquence participera-t-il aux séances? A ma connaissance, le principal intéressé n'a pas encore été amené à répondre à ces questions.

 

Sur la base des éléments présentés ci-dessus, il est difficile de voir d'un bon œil le cumul des mandats qu'effectueront Rémy Pagani et Guillaume Barazzone. Ces cumuls mettent cependant en avant l’ambiguïté de l'engagement politique des deux hommes: lors des élections administratives (2011) et cantonales (2013), respectivement lors des élections fédérales (2011) et partielles (2012), les Conseillers administratifs susmentionnés ont pris des engagements différents envers des électeurs différents. Pour être crédibles, Rémy Pagani et Guillaume Barazzone vont donc devoir jongler habilement entre deux rôles souvent antagoniques (même si l'élu de SolidaritéS n'adopte qu'une seule et même attitude d'opposition, qu'il se trouve dans un législatif ou dans un exécutif). La partie n'est de loin pas gagnée d'avance, tant la frontière entre la polyvalence et la posture de celui qui se trouve avec le cul entre deux chaises, assis que d'une fesse sur chacune d'entre elles, est maigre. 

 

Et vous, que pensez-vous du cumul de mandats, particulièrement entre des mandats parlementaires, respectivement gouvernementaux?

Écrit par Diego Esteban dans Genève | Lien permanent | Commentaires (6) |  Imprimer |  Facebook |

15/02/2013

L'initiative au titre populiste

L'AVIVO (association de défense des retraités) a lancé une initiative populaire nommée "Stop aux hausses des tarifs des Transports Publics Genevois", qui sera soumise au vote du souverain genevois le 3 mars prochain. En tant que jeune intéressé par la politique, cette initiative me touche particulièrement, et je sens qu'il faut réagir, faute de quoi cette initiative, qui repose à l'ombre des autres sujets chauds du moment, à savoir l'initiative Minder, la LAT et les caisses de pension, pourrait bien connaître un sort qu'elle ne mérite pas.

 

Le Contexte


Les Transports Publics Genevois (TPG) sont une des nombreuses entreprises de transports publics actives dans le bassin franco-valdo-genevois. Il y en a environ une dizaine qui sont présentes dans la région du canton de Genève, y compris des françaises, vaudoises et suisses. Elles sont toutes membres ou collaboratrices au sein de la communauté tarifaire UNIRESO.

 

Comme le font toutes les autres communautés tarifaires en Suisse, UNIRESO suit les directives de l'Union des Transports Publics (UTP), qui ne sont pas juridiquement contraignantes. Ainsi,on trouve partout les mêmes règles de base, comme la répartition des tarifs en catégories d'âge:

  • Enfant (jusqu'à 16 ans)
  • Junior (de 16 à 25 ans)
  • Senior (à partir de l'âge de la retraite)
  • Adulte (tous les autres)

 

Cette uniformisation nationale répond aux besoins des utilisateurs, surtout ceux qui habitent des régions rurales et isolées, qui préfèrent avoir accès à plusieurs moyens de transports, plusieurs routes, sur plusieurs zones, et cela munis d'un seul billet. Sans accord entre les entreprises, il ne pourrait y avoir de titres de transports qui permettraient à la fois (par exemple) de prendre:

  1. Un bus pour aller à Nyon avec les TPN
  2. Un train pour aller de Nyon à Genève avec les CFF
  3. Un bus pour aller de Genève-Gare à Moillesulaz avec les TPG
  4. Un bus pour aller de Moillesulaz à Annemasse avec les TAC
(et ceci n'est qu'un exemple parmi tant d'autres)
 
 
Les TPG sont moins un entreprise qu'ils ne sont un service offert par le canton de Genève, en raison de leur régulation par plusieurs lois et règlements, dont la LTPG (Loi sur les Transports Publics Genevois). Celle-ci autorise le Conseil d'État genevois à statuer sur les modifications de prix proposées par les TPG.
 
 
Le canton de Genève et les TPG se sont mis d'accord pour développer massivement l'offre des TPG dans les années à venir, ce qui implique nécessairement un équilibre prudent en matière de subventions. Selon la pratique actuelle, l'État rembourse les dépenses que les TPG n'arrivent pas à couvrir avec les gains liés à l'achat de billets et d'abonnements (par exemple), avec le but d'approcher le plus possible une situation "moitié gains-moitié subventions".
 
 
Le canton de Genève attend des TPG, en échange de son soutien financier, qu'ils offrent un service de qualité. Dans cette optique, afin également d'adapter leur réseau à leur développement, les TPG ont procédé à une restructuration complète de leur réseau. Afin de financer l'offre accrue, les tarifs ont augmenté deux fois en 10 ans. Bien évidemment, cela a suscité un mécontentement certain, mais qui ne s'est pas illustré dans les chiffres: la fréquentation a augmenté sans cesse.
 
 
C'est pour contrer la dernière hausse des prix que l'AVIVO a lancé une initiative législative modifiant la LTPG, dans le but de transférer la compétence de statuer sur les modifications de tarifs au Grand Conseil et d'y fixer les prix des billets (comme avant les deux dernières hausses, avec l'ajout d'un billet "junior" et d'un billet "senior") et des abonnements (tous étant frappés d'une diminution de coût non négligeable). Seuls trois partis politiques représentés dans les communes genevoises la soutiennent: le Mouvement Citoyen Genevois, SolidaritéS et le Parti du Travail (mais ils ne lui ont pas donné la priorité dans leurs campagnes respectives pour les votations du 3 mars).


Les Jeunes


Actuellement, comme partout en Suisse, les jeunes bénéficient de réductions jusqu'à leurs 16 ans (les enfants de moins de 6 ans voyagent gratuitement, et les jeunes de 6 à 16 ans voyagent gratuitement s'ils sont accompagnés par un adulte et ont payé une carte famille à 30.- par an), et aussi jusqu'à leurs 25 ans en ce qui concerne les abonnements. Ils bénéficient de très bon prix, en-dessous de la moyenne suisse, et représentent environ 30% du marché des abonnements. 

 

L'initiative modifie la pratique actuelle en définissant une catégorie "junior" de 6 à 18 ans (les moins de 6 ans bénéficiant de la gratuité), ce qui implique que les 18-25 ans passeront subitement du tarif jeunes au tarif adultes. Cette conséquence rend absurde le titre de l'initiative, puisque ces jeunes payeraient jusqu'à 56% plus cher qu'avant, alors que l'initiative cherche à stopper les hausses.

 

La raison d'exister des transports publics, dans une agglomération de grande taille, est de décharger les rues d'automobiles, polluantes et encombrantes, de réduire le nombre de bouchons et de fluidifier le trafic. Il faut ainsi chercher à favoriser l'utilisation des transports publics et de la mobilité douce, en les rendant attractifs. Cette stratégie est capitale en ce qui concerne les jeunes, surtout ceux qui franchissent l'âge de la majorité, car c'est à ce moment-là que s'établissent les habitudes en matière de mobilité. Les discriminer subitement, alors que toute la Suisse en fait autrement, est absurde et nocif pour le bon fonctionnement des TPG et pour la lutte contre la surcharge de trafic routier.

 

À l'inverse, les retraités (que représente l'AVIVO), qui bénéficient déjà des meilleurs prix de Suisse, loin en-dessous de la moyenne nationale, sachant que les plus pauvres d'entre eux (ceux qui détiennent des rentes complémentaires AVS/AI) peuvent avoir un abonnement annuel à 60 CHF, payeraient encore moins cher qu'actuellement, selon l'initiative. Il semble ahurissant de demander à l'électeur de financer les caprices des retraités, déjà très favorisés, par des concessions de la part des jeunes. Ceux-ci sont le plus souvent encore en formation et n'ont pas de source de revenus, alors que les retraités en ont une.


UNIRESO


Grâce à UNIRESO, le voyageur de la région genevoise ne se trouve pas dans un système comme au Royaume-Uni par exemple, où il y a un grand nombre d'entreprises de transports publics pour un même lieu et pour un même trajet, impliquant, faute d'accords entre elles, l'achat de plusieurs billets pour un simple déplacement. 

 

UNIRESO rassemble les TPG, les CFF et les mouettes genevoises, et a conclu des accords avec de nombreuses autres entreprises (SNCF, TPN...). Ce système repose sur une adaptation constante aux besoins de chacun des membres et des utilisateurs, ainsi qu'à l'évolution toujours croissante de la cherté de la vie. Ainsi, les hausses de tarifs sont inévitables, mais elles doivent être effectuées avec modération, ce qui semble être le cas actuellement.

 

Vous l'aurez compris, l'initiative modifie une loi cantonale qui vise les tarifs TPG uniquement. Le Département de l'Intérieur, de la Mobilité et de l'Environnement (DIME) a déjà expliqué que la présence de la notion de tarifs TPG dans la LTPG était un oubli de sa part, puisque cette notion désigne une chose véritablement inexistante. En effet, depuis la création d'UNIRESO, il n'y a que des tarifs UNIRESO. L'initiative exploite cet oubli juridique en créant une différence au sein de la communauté, puisque les TPG la contraindraient à revoir entièrement la fixation des tarifs. 

 

La situation actuelle en matière d'organisation des transports publics satisfait les utilisateurs. Mais sans une véritable coordination des aspects aussi fondamentaux que les tarifs, UNIRESO ne saurait survivre longtemps. Les CFF ont d'ores et déjà annoncé vouloir se retirer de la communauté si l'initiative était acceptée, car celle-ci rend nuls les rabais CFF sur le réseau genevois. 

 

Enfin, la LTPG étant une loi cantonale, elle ne pourrait avoir d'effets sur la région (importante) franco-vaudoise du "territoire" UNIRESO. Au fond, tout indique que l'AVIVO considère les transports publics comme étant les seuls TPG du centre-ville. Un tel manque de connaissance, d'information, et donc de compétence de la part des initiants explique la piètre qualité de leur initiative, qui ne prend en compte qu'un nombre réduit de facteurs, mais suffisant pour remplir (certains juristes pensent le contraire) les conditions légales de validité d'une initiative populaire.


Des arguments pour?


Les défenseurs de l'initiative partent immédiatement du principe que les prix sont trop chers par rapport au service offert. En ce qui me concerne, Genève est un lieu privilégié en matière de transports publics. En effet, par exepmle, rien qu'entre les arrêts "Museum" et "Rieu", on trouve quatre arrêts de bus sur à peine 600m! La fréquence des transports, particulièrement au centre-ville, est tout ce qu'il y a de plus acceptable, sauf si 5 minutes représente une quantité de temps inacceptable en cas de retard (ce qui est bien capricieux, à mon sens). Les véhicules sont relativement luxueux, surtout pour les nouveaux modèles.

 

En ce qui concerne les tarifs, ils sont plus élevés qu'avant, il est vrai. Mais qu'en serait-il si le billet représentait le coût réel du service? Le prix serait clairement dissuasif. L'AVIVO souhaite diminuer les prix des TPG, comme si l'état actuel des choses représentait du vol: Genève propose au contraire des tarifs le plus souvent en-dessous de la moyenne nationale, avec des réductions nombreuses pour les personnes âgées, les jeunes, les familles, les employés de certaines entreprises... Plus cher qu'avant ne veut pas forcément dire trop cher.

 

Les initiants souhaitent lancer un message politique, qui manifesterait leur mécontentement général envers les TPG. Soit, mais pourquoi écrire une aussi mauvaise initiative? Un des billets qui figure dans les tarifs proposés est intitulé "Carte journalière Tout Genève 1h". Je vous laisse contempler le manque de relecture de la part des initiants. 

 

J'ai recueilli, de la part de défenseurs de l'initiative, l'argument selon lequel le Grand Conseil pourra, suite à l'acceptation (éventuelle) de l'initiative, la corriger si elle est acceptée. Jamais je n'avais entendu aussi peu de considération pour le droit d'initiative... Tout d'abord, le texte de l'initiative prend le dessus sur les intentions des initiants, car il est attendu de leur part de clairement les exprimer à l'intérieur de celle-ci. On ne peut pas exiger du peuple qu'il vote sur l'initiative et l'accepte-mais-pas-sur-les-parties-moins-bonnes-parce-qu'on-accepte-que-le-Grand-Conseil-les-modifie. C'est impossible, car les seules réponses sont "oui" ou "non". Il est contraire à l'idée de la démocratie directe suisse que de suggérer que le parlement pourrait modifier une initiative acceptée par le peuple: il n'a pas la compétence de trahir la volonté de celui-ci (qu'il est d'ailleurs chargé de représenter!).

 

Selon ces mêmes défenseurs de l'initiative, le Grand Conseil aurait déjà pu voter les modifications demandées par l'AVIVO, comme s'il existait une solution toute faite. S'il en existait une, on le saurait depuis un moment. Le Grand Conseil n'a pas pensé aux propositions de l'AVIVO auparavant car elles ne permettent pas forcément de résoudre le problème visé. Il n'a pas non plus opposé de contre-projet, ce qui est un message fort de la part du parlement cantonal, plus habilité que l'AVIVO à voter des dispositions législatives, indiquant que l'initiative serait très mal insérée dans l'ordre juridique, tant formellement que matériellement.


Conclusion


Si les initiants affirment vouloir empêcher la hausse des tarifs, cela n'est assurément pas le cas. Christian Grobet, membre du comité d'initiative, a balayé du revers de la main le fait que son initiative sanctionne les jeunes par des tarifs plus élevés, comme si c'était une bagatelle! 

 

Il est clair que les initiants, puisqu'ils n'ont pas recherché leur sujet, exprimaient plutôt un coup de gueule que la volonté de répondre à un besoin fondé à l'aide de mesures appropriées; en effet, il n'y a rien de moins approprié que les propositions de leur initiative. En voulant baisser radicalement les tarifs, mais en refusant les conséquences que leur initiative aurait sur la situation actuelle, ils veulent le beurre et l'argent du beurre!

 

Ainsi, en tant que jeune qui, contrairement à ce que dit le titre même de l'initiative, verra les tarifs brusquement augmenter, je vous invite à refuser cette initiative mal rédigée, mal fondée, mal orientée, et mal défendue.

 

Dans le cas contraire, comme le dit Daniel Zaugg: "Vous êtes vieux et n'aimez pas les jeunes? [...] Alors votez oui sans hésiter le 3 mars à l'initiative de l'AVIVO" (Le blog de Daniel Zaugg)

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